[255] Dépêche officielle déjà publiée.
«Londres, le 27 juin 1831.
»Monsieur le comte,
»J'avais remis au prince Léopold deux ou trois phrases qui devaient
être placées dans sa réponse aux députés belges et qui, je crois,
auraient produit un bon effet. Il m'avait promis de les y insérer, et
cependant, je ne les y ai pas trouvées.
»J'en ai été fort mécontent, et j'ai écrit immédiatement au prince
Léopold la lettre dont j'ai eu l'honneur de vous envoyer hier une
copie. Ce matin, j'ai reçu une réponse que je joins ici parce qu'elle
contient des explications dont on pourra tirer parti dans un temps ou
dans un autre.
»La question belge me paraît aujourd'hui posée aussi bien qu'elle peut
l'être, et je pense que le gouvernement du roi sera à portée de
repousser les attaques qui pourraient être faites à ce sujet. Quand
des écrivains de parti viendront maintenant comparer la conférence de
Londres à la Sainte-Alliance, ils seront de mauvaise foi, car la paix
de l'Europe et l'indépendance de la Belgique ont été les résultats de
cette conférence, et il n'y a rien de commun entre ces résultats et
ceux qu'a obtenus la Sainte-Alliance.
»Les députés belges sont partis cette nuit. M. le baron de Wessenberg
qui, ainsi que je vous l'ai mandé hier, va se rendre à La Haye,
quittera Londres ce soir. J'ai l'honneur de vous envoyer copie du
protocole numéro 26[256] dont il sera porteur et des instructions qui
lui sont remises. Elles sont confidentielles et doivent être secrètes.
J'ai cru devoir écrire au chargé d'affaires de France à La Haye, pour
qu'il contribuât, en tout ce qui pourrait dépendre de lui, au succès
de la mission de M. de Wessenberg, et pour qu'il agît de concert avec
lui, afin que la France ne parût pas étrangère aux démarches qui vont
avoir lieu. Vous jugerez sans doute à propos de lui donner des
instructions à ce sujet.
[256] C'est le protocole du 26 juin qui renfermait les
18 articles que la conférence proposait comme préliminaires de
paix à la Hollande et à la Belgique.
»Les motifs du voyage de l'empereur dom Pedro, à Londres, ne sont pas
encore connus; il est logé en hôtel garni et prend le titre de duc
de Bragance.
»Je crois devoir encore inviter le gouvernement du roi à tenir
extrêmement secrets les arrangements auxquels on s'est arrêté pour les
affaires de la Belgique. Il ne faut pas que les ennemis de la paix
puissent agir auprès de la population belge et des membres du congrès,
pour empêcher l'adoption des articles que les députés portent à
Bruxelles[257]...»
[257] C'est avec cette lettre que se termine le premier
volume de M. Pallain sur l'ambassade de Talleyrand à Londres, le
seul qui soit encore publié. Notre travail de comparaison des
deux textes doit donc forcément prendre fin.