Femme est la cremeur des dyables

La dompteresse des enfers

Le tourment des inagreables

La main qui les a mis en fers

Femme est delivrance des serfs

Relievement du dolant monde

Phisicienne des desers.

La fleur ou toute grace habonde

Femme est de paradis l'eschelle

La porte de beatitude

Recouvrement de vie belle

Destruction de servitude

Femme et le pont de gratitude.

L'ouverture de tout bon eur

Le sauvement de multitude

Et du monde l'espoir plus seur

Femme est la voie de concorde

Riviere de prosperité

Fontaine de misericorde

Montaigne de felicité

Femme est mur contre aduersité

L'estoille qui en mer conduit

Vallee de jouyeuseté

Et le soleil qui tousjours luit

Femme est le tresor de tous biens

De chasteté soleil luisant

L'abondance des terriens

L'escarboucle d'amour cuisant

Le puis ou tout homme est puissant

Benignité et courtoisie

Qui oncques ne fut refusant

Personne qui l'avoit choisie.

Femme est d'humilité l'abisme

Le don de divine promesse

Le feu de charité sublime

L'espargne de toute richesse

Femme est le ruisseau de largesse

Mine de pierres precieuses

Paradis de gloire et liesse

Sourse de doulceurs merveilleuses.

Femme est qui aveuglist nature

Las d'admiration mondaine

Monstre sur toute creature

Quant mere elle est et vierge saine

Femme est qui grace souveraine

A selon nature impossible

Qu'oncques ne fut comprise en vaine

Tant est son merueil invisible

Femme est l'espoir des consolez

Premier reclain de tous prescheurs.

Le reconfort des desolez

Le doulx recueil de tous pecheurs

Impetresse de noz doulceurs

Refuge a toutes gens meffaiz

Medicine de leurs douleurs

Vraie advocate en tous leurs faitz

Femme est. a qui tout homs s'encline

Vive refection des saints

Vigueur et vitesse benigne

Pilier soustenement des vains

Ung desir insolable aux sains

Le vray repos des travailliez.

L'escu de tous perilz souldains

La clarté des cueurs desvoyez

Femme est la vie des malades

Vray secours et refection

Solas et reconfort des fades

Impetrant leur salvation

Femme est qui exaltation

A/ es cieulx sur nature humaine

Et gloire et exultation

Sur toute haulteur souveraine

Femme est a qui ange ne peult

Assez d'onneur ne grace rendre

Ne homme tant y penser veult

Qui peust sa dignité comprendre

Car se chescune herbette ou cendre

Fust clere. comme saint augustin

Et tous y voulsissent entendre

Se n'y pourroient ilz trouver fin

Femme est qu'oncques cueur ne comprint

Ne ne cessa d'esmerveillier

Que jamais pechié n'entreprint

Ne pensement fol ne legier

Femme est l'incorrumpu vergier

Qui de venin n'eust oncques dragme

Ne tache/ qui la peust chargier

Tant en dy pour la vierge dame

Dames sont le jardin fertile

Racine d'umaine nature

L'arbre couvenable et utile

De terrienne nourriture

Dames sont la doulce pasture

Ou il convient tout homme paistre

Et toute humaine creature

Croistre fructifier et naistre

Dames sont entretenement

Du monde/ et ung plaisant secours

Ung pilier ung soustenement

Ung tresmelodieux recours

Elles sont fleuves de doulçours

Une mer de toute plaisance

Ung tresor de riches amours

Et le vivier de souffisance

Dames sont le solas la joie.

Des hommes et tout leur plaisir

Le miroir qui leurs yeulx esjoie

Le ray qui lez mect en desir

C'est ce qui fait homme saisir

En espoir de grant bien avoir

Et que trop fait meilleur choisir

Que nulle richesse ou avoir.

Dames sont le deduit des princes

La regle des bons chevaliers

Et l'onneur des toutes provinces

L'espoir aux vaillans batailliers

L'enseignement des seculiers

La discipline de noblesse

Vergoigne des irreguliers

Et crainte de cil qui honneur blesse

Dames sont enhort de vaillance

Richesse et tresor des vaillans

L'arche de toute bien vueillance

Humble repos des travaillans

Force et vigueur des deffaillans

Cause de toute haulte emprise

Ferme eschellon aux assaillans

Confort en leur blessure et brise

Dames sont cause des bienffais

Du monde et de tout leur affaire

Confusion des imparfaiz

Et qui n'ont vouloir de bien faire

Dames ont pouoir de refaire

Et redrecer tout cueur meffait

Et de tout imparfait parfaire

Et l'anoblir d'euvre et de fait

Dames sont ung throsne d'honneur.

Rabat de toute vilenie

Instruction de belles meurs

La verge de noblesse unie

Le cry de toute baronnie

Reboutement de toute ordure

Chastiement de felonnie

Et de tout qui tend a laidure

Dames sont la doulce rosee

Qui toute ire et fureur estaint

Une pluye bien composee

Dont de mieulx vault quant qu'elle actaint

Dames sont la doulceur ou maint

Toute bonté qui amollist

Par qui le feu de courroux maint

Se radoulcist et abolist

Dames sont cause de tous jeux

En jeunesse et d'abilité

Ravallement des orgueilleux

Instruction d'humilité

Le rosier de fertilité

L'odeur de flourissant olive

La forme de stabilité

Et le vray fruit de saveur vive

Dames sont ung appuy dez fermez

Rochier de toute loyauté

Fontaine d'amoreuses lermes

Parfonde mine de pité

Palais de toute necteté

Cler luminaire de vertus

Plain de doulceur et de beauté.

Mais de bonté encores plus

Dames sont doulceur immortelle

Une richesse inestimable

Chief de plaisance temporelle

Une liesse incomparable

Ung avoir chier et delictable

Ung tresmelodieux tresor

Ung parement plus honnorable

Que precieuse pierre en or

Dames sont ung soleil rayant

Dont tout cueur d'homme s'esclarcist

Ung miroer/ les bons actrayant

Ung ray. qui lez mauvais occist

Une estoille que dieu assist

Icy au monde tenebreux

A fin que lumiere en issist

Pour l'esjoyssement des preus

Dames sont l'ombre des seigneurs

L'esbat de toutes creatures

Reclain dez longtains voyageurs

Ressort des bonnes aventures

Reconfort des fortunes dures

Le doulx recueil des estrangiers

L'espargne de richesses pures

Ung vray solas en tous dangiers

Dames sont ung patron en terre

De toutes mondaines doulceurs

Le pourpris ou chescun peut querre

Perfection de bonnes meurs

Parfonde mer de tous honneurs

Fleuve dont toutes vertus issent

De tant de haulx biens gardiennes

Ou toutes vertus se nourrissent

Dames sont anges de visage

En leur maintien celestiennes

Deesses en fait de corsage

En parler plus que terriennes

En leurs euvres cottidiennes

Doulces plus que chant de seraine

Tant soient jeunes ou anciennes

Que chescune vault d'estre royne

Dames sont ung ciel de liesse

Ung paradis de courtoisie

Ung droit abisme de largesse

Ung doulx vergier de noble vie

Ung manoir plain de melodie

Ung mur de ferme contenence

La vigne de pite fleurie

La foy d'amour et d'abstinence

Dames sont plus que nulle rien

Conduisant leur vie et sobresse

Adressans leur courage en bien

Et leur vie a parfaicte humblesse

A devotion et simplesse

Et a compassion piteuse

Vers ceulx qui vivent en destresse

Par sort de fortune doubteuse

Dames sont d'un sçavant parler

D'un nect penser ung doulx courage

Ung beau maintien sans chanceler

D'un amoureux et doulx langage

Ou nature par heritage

Honte et cremeur a fait logier

Et hardiesse et cueur volage

Sur tout d'entr'elles alongier

Bouche ne peut monstrer ne dire

Entendement ne sens comprendre

Ne cueur penser ne main escrire

Ne parchemin ne livre prendre

Ne nul hault engin entreprendre

Sentement ne science dame

Ne tous les clercs du monde apprendre

La valeur d'une vaillant dame

Elle vault mieulx cent mille foys

Que tulles. o son beau langage

Ne que hector le troyennoys

Ou hercules au vasselage

Ne que absalon en son corsage

Ne que priam en sa richesse

Ne qu'en sens salomon le sage

Ne que alexandre en sa largesse

S'un homme avoit la loyauté

De david et magnificence

Et de narcisus la beauté

Et d'abraham l'obedience

Et de saint job la pacience

Et d'achilles le hault vouloir

Pour avoir sa benivolence

A pene la peut il avoir

Dames sont ung tresor itel

Que se dieu qui est immortel

Et en toute puissance habonde

Avoit creé/ ce mortel monde

Mille foys plusbel en son estre

Que n'est le paradis terrestre

Tant que tout l'element de terre

Qui soubz le ciel s'amasse et serre

Et est gros rude vil et dur

Fust tout vermeillon ou asur

Et tout quant qu'il y a dessoubz

Ou dedans/ pierres et caillouz

Fussent rubiz ou diamens

Et perles tous les elemens

Gros escarboucles et saphirs

A chescun. selon ses desirs

Et chescune menue herbette

Portast ou rose ou violette

Sans jamais sechier ne fenir

Palir destaindre ne grevir

Et toutes roses et espines

Puantes herbes et peu dignes

Orties et le jonc marin

Fussent muguet ou romarin

Et pour plus joyeusement vivre

Tout metal fer estaing et cuivre

Fust tout converty en or fin

Durans en leur estat sans fin.

Et tous arbres dont fueilles issent

Que fruit portent/ et sy fleurissent

A plume de paon semblassent

Et fruit de couleur d'or portassent

Qui sentist et savourast mieulx

Que la manne que pleust des cieulx

Et chescune meschant vermine

Fust une martre ou une hermine

Et tous busars gays ou corbeaux

Fussent devenuz papegaux

Les couque pies et chouettes.

Beaux rossinolz et allouettes

Et trestout le fien qui en ist

Mieulx que muscq ou balsme sentist

Et tout le bestiail du monde

Fust de beauté plusclere et munde

Qu'onc ne fut couleur cramosine.

Qu'en rien ressamblast leur peau fine

Et leur sang leur char et leur corne

Fust digne comme une unicorne.

Et tous les moutons qui sont or

Portassent une toison d'or

Comme celuy qui jason prist

En colcos. ou il le conquist

Et tous les loupz et les renars

Qui sont parmy le monde espars

Fussent blancs cerfs privez et doulx

A cornes de courail trestons

Et ours et pourceaux et tessons

Fussent trestous privez lyons.

Coronne d'or dessus leur teste

Et toute s'elle et meschant beste

Que va par boys et par chemin

Fust ung lievre ou ung blanc connin

Et tous asnes fussent destriers

Et tous meschans chevaulx coursiers.

Et tous mastins et chiens errans

Fussent tous beaux levriers courrans

Et les mousches et papillons

Fussent gentilz esmerillons

Et tout oyseau que dieu a fait

Fust plus luisant et plus parfait

Que le fenis/ o tout sa plume

Dont il n'en est q'un par coustume

Ou comme le paon et au mains

Qui est bel entre les humains.

Et chantassent incessamment

Trop plus melodieusement

Que ne fait la seraine en mer

Ainsi les feroit bon amer

Et la pluye ne fust que balsme

Pour refreschissement de l'ame

Et la nege rien fors que soit

Et la glace que or et monnoie

La grelle qui les gens effronte

Toutes grosses perles de conte

Et l'eau qui en mer se repose

Fust trespure et clere eau rose

Et leans tous meschans poissons

Fussent daulphins et esturgeons

Et les rivieres rien que vin

Ou ypocras jusqu'a la fin

Et les estans que sont es plaines

Fussent sourses et grans fontaines

A gros tuyaux d'or et d'argent

Par tout pour arouser la gent

Et que par toute region

Ny eust que paix et union

Et qu'il n'y eust en nulles isles

Que grans chasteaux et grossez villez

De jaspe toutes maçonnees

Et de rubis environnees

Toutes maisons d'un pris egal

D'un cler bericle ou d'un cristal

A tieulles de fin or pavees

Ou toutes histoires gravees

Du monde fussent entaillees

Painctes escriptes esmaillees

Et jamais ne fist trop grant chault

Ne trop grant froit qui autant vault.

Ne vent tonnerre ne tempestes

Ne jours ouvrables. fors que festes.

Et jamais ne fust povreté

Fors toute habundance a planté

Ne fortune ne maladie

Mais tout bon eur et melodie

Autant et plus qu'en paradis

Et que le jour durast tousdis

Sans faire nuit ne obscurté

Et tout cueur d'homme sans durté

Sans cruaulté sans tricherie

Et tous vestuz d'orfaverie

De drap d'or et d'argent aussy

Ou de pourpre ou de cramoisy

De damas de toutes couleurs

A chescun selon ses valeurs

Et tous lez litz dessoubz les cieulx

Fussent de paremens itieulx

Tout linge fust toille de rains

Tous coffres de richesses plains

Et tout fust bon qui est mauvais

Et toute hayne vraie paix

Et tous gros air toutes nuees

Sentissent comme lez fumees

D'encens fondu/ ou d'autre gomme

Et que jamais n'en vieillist homme

Toutes estoilles reluisassent

De jour. et toutes se monstrassent

Sy bien comme fait le soleil

Et chescun vesquist sans traveil.

Sans ennuy. sans soucy sans soing

Et tout ce qui luy fist besoing

Luy venist tantost par souhait

Quant dieu auroit tout cecy fait

Pour enrichir l'omme et complaire.

Et femme luy voulsist soubtraire

Ou qu'esloingnee trop luy fust

Trestout ne vouldroit pas ung fust

L'omme despiteroit sa vie

Et plustost luy prendroit envie

De la mort/ et de n'avoir riens

Que d'estre roy de tant de biens

Sans avoir femme en sa jeunesse

Qui est la fleur de sa richesse

Car son corps vault mille foys plus

Que tout ce qui est dit dessus

[Illustration]

¶ Icy cesse noble cueur de parler et devise l'acteur le couroux. que

cueur vilain et mallebouche prindrent vers noble cueur pour lez

replicquemenz qu'il leur fist/ et devise la maniere de leurs batailles.

L'acteur

Lors veist on groignier ces gens

Comme vieil mastin de village.

Et escumer autour des dens

Comme fait ung sangler sauvage

Palir destaindre en leur visage

Et flambe et feu saillir des yeulx

Et comme gent qui toute enrage

Se demener ainsy m'aist dieux

Lors monterent sur leurs chevaulx

Et virent tant voler la pouldre

Qu'il sembloit par montz et par vaulx

Que descendist tempeste et fouldre

Ilz menassoient fort de couldre

Ce gentil corps de point en point

Ou comme la farine mouldre

Plus menu qu'oncques n'en fut point

Mais noble cueur. qui ne craignoit

Ne eulx ne toute leur puissance

Son escu print et l'empoignoit

Comme ung homme plain de vaillance

Et puis sur eulx coucha sa lance

Et laissa courre son coursier

Vers eulx. qui en toute semblance

Fort menassoient son corps chier

D'autrepart. vilain cueur baissa

Erramment son boys qu'il tenoit

Et son cheval courre laissa

Vers noble cueur tant qu'il pouoit

Mais quant a joindre se venoit

Vous vessiez sans point faillir

Du harnois que chescun pourtoit

Le feu en voler et saillir

L'escu de cueur vilain fendit

Plus d'un quartier de point en point

Qui vaillamment se deffendit

Mais noble cueur ne blassa point

Lors chescun son cheval repoint

Et esperant de recouvrer

Ung cop assit sy bien a point

Que mire n'y eust plus que ouvrer

Comme deux dragons moult horriblez

Fort enragiez et furieux

Vindrent ces champions terribles

De s'entretuer curieux

Lesquelz par la grant force d'eulx

Sy durement s'entrecontrerent

Que les lances je croy des deux

Parmy leurs forts escuz entrerent

Leurs lances toutes sy rompirent

Et les tronçons en l'air voloient

Mais s'aucune angoisse en sentirent

Semblant monstrer ilz n'en vouloient

Et ainsy qu'ilz s'entreveilloient

Ilz choquerent leurs corps ensemble

Sy tresdurement que sembloient

Deux tours que malencontre assemble

La meslee estoit treshideuse

Tresaigre tresmortelle et fiere

Et a vilain cueur sy crueuse

Que plus n'a pouoir qu'il refiere

Comme l'eaue d'une goutiere

Ainsy ruissoit son sang aval

Et plus luy fust mestier de biere

Me semble/ que d'estre a cheval

Car il estoit sy bien actaint

Ou costé qui luy demangeoit

Que tout le camp si estoit taint

Du doloreux sang qu'il segnoit

Ouquel son cheval se baignoit

Qui estoit bon et duit de guerre

Lors telle douleur l'ataingnoit

Que cheoir le convint a terre

¶ De la venue de mallebouche contre noble cueur.

[Illustration]

Quant mallebouche la serpent

Son frere ainsi voit laidangié

A qui la mort en la char pent

Dont il fut moult descouragié

Lors comme ung dragon enragié

Vers noble cueur s'en vint volant

Lequel il eust endommagié

Se le cop n'eust esté coulant.

L'espee branloit en sa main

Comme s'il eust voulu confondre.

A ung cop tout le sang humain.

Et le faire en abisme fondre

Mais noble cueur/ qui bien respondre.

Savoit a qui qui l'assaillist

Luy pensoit bien la barbe tondre

Avant que leur combat faillist

Comme deux furieux lyons

Qui s'entremordent et dessirent

Tout ainsi ces deux champions

Des espees s'entressaillirent

Tant que les gros esclaz saillirent

De leurs escuz espez et forts

Et leur char toute descouvrirent

Jusqu'a tirer le sang dehors

Chescun sur l'un l'autre mailloit

Comme ung forgeur sur une enclume

Et char decoppoit et tailloit

A sy bon marchié que de plume

Dequoy douleur et amertume

Noble cueur print et enduroit

Par quoy son sang ainsy lui tume

Dequoy l'autre tant s'y duroit

Ilz firent joindre lez destriers

Et noble cueur moult s'efforça

Et se dressoit en ses destriers

Comme ung homme en qui grant force a

Son cop print bien et renforça

Si aigrement sur mallebouche

Que du cop. dont il le troussa

Jamais ne peust avoir reprouche.

Le cop estoit sy trespuissant

Et mene de si bonne destre

Que comme d'un rasoer trenschant

Luy coppa tout le bras senestre

Et ainsi demeura le mestre

Noble cueur de ces deux gloutons

Qui s'en aloient a l'umbre pestre

Sur terre/ comme deux moutons

Quant les autres virent gesir

Leur maistre pres desvanouyr

Creez que leur plusgrant desir

Estoit. d'en leur place fuyr

Mais noble cueur. les va suyr

Si radement l'espee traicte

Qu'a plus de dix/ a poursuyr

Il a deffendu la retraicte

Tandis qu'il combatoit aux ungs

Trestous les autres eschapperent

Ainsi il en entra aucuns

En la place/ qu'ilz recouvrerent

Lesquelz aprés eulx retirerent

Hastivement le pont levis

Et sy grant desconfort menerent

Qu'oncques tel. ne si grant ne vis

Quant noble cueur vit ceste gent

En la place ainsi se bouter

Et que son travail diligent

Sur eulx ne pouoit prouffiter

Lors fist serment/ que se habiter

Devoit dix ans en celle plaine

Il les en feroit hors gecter

Ou il y mouroit en la pene

Lors luy qui estoit fort et rades

Viroit bride tant qu'il pouoit.

Et retourna vers ces malades

Pour savoir comme il leur estoit.

Lesquelz si prez de mort trouvoit

Que rien n'y avoit entredeux

Mais avant que l'ame en sailloit

En ce point il parla a eulx

Icy noble cueur/ depuis la poursuite qu'il fist aprés les complices de

mallebouche et cueur villain. retourna sur le camp. et dist.

O vilain cueur/ puant yvroingne

Creature deffiguree

Plus vile que ver ne charoigne

Plus orde et plus desnaturee

De la grant diablesse engendree

Ou fons d'enfer tout ou dessoubz

Que maldicte soit la ventree

Quant elle n'avorta de vous.

Tant estes vous abhominable

Et de vile ordure amassez

Que pour estre frere au grant diable.

Voustre corps n'est pas digne assez

Car en tant vous le surpassez.

De puantise et de laidure.

Que par horreur vous le chassez

Et va fuyant de voustre ordure

Il a trop plus de dignité.

Que vous vilain cueur deshonneste

Car la haulte divinité

Le fist/ et donna forme iceste.

Non fist pas a vous/ orde beste

Car les plus ors deables infames

Vous ont engendré corps et teste

Ou puant ventre de leurs fames.

A malle heure vous fustes nez

Mais vous morez encor a pire

Voz engendreux sont tous dampnez

Sy serez vous sans contredire

Tournez vous envers voustre empire

Qui estes ennemis de pais

L'enfer vous fist. ce ay je ouy dire

Or y allés a tousjamais.

Et vous mallebouche envieuse

Aspic mordant/ dragon murtrier

Lesarde faulse et venimeuse

De toute plaisance encombrier

Infernal furieux sorcier

Dont pire n'est trouvé par rolles

Maleureux et maldit ouvrier.

D'euvre de fait et de parolles

Alez a trestous les grans diables

Faire vous tours. et voz supplesses

Car la serez vous bien seables

Pour couchier avec les diablesses

Et quant avec ces deesses

Vous serez en plaisant requoy

Faites escriptz sur leurs jeunesses

Vous trouverez assez sur quoy

A ces parolles proprement

Que nobles cueur a eulx parloit

Leur ame fist departement

Et les maleureux corps laissoit

Mais qui les prist ne ravissoit.

Je n'en vueil rien mectre en mez ditz

Car leur logis je croy qu'il soit

Tout au rebours de paradis

Alors il ouvrit cueur vilain

Et luy tira le cueur dehors.

Et de sa propre et vaillant main

Coppa la langue a l'autre corps

Et en despit des vilains ors

Il les donna mangier aux chiens

De leur fait/ plus ne me recors

Ne je en ay trouvé plus riens.

Ceste euvre faicte et acomplie

Qui est haulte et historieuse

Et bien digne qu'on la publie

Pour noble et tresvictorieuse

Par reverence curieuse

Noble cuer se mist a genoulx

Rendant a la tresglorieuse

Les graces qui sont cy dessoubz

Comme noble cueur rend graces a noustre dame de la victoire qu'il a eu

contre malle bouche Et cueur vilain

[Illustration]

Eternelle dame des cieulx.

Luminaire des humains yeulx

Glorieuse beauté parfonde

Fille et mere du dieu des dieux

Espoir confort de tous mortieux

Rose lis violette munde

A ceste heure. je me presente

Devant voustre face excellente

Que cueur ne oeil ne peut comprendre

Pour prier vierge precellente

Que voustre doulceur voie et sente

Les graces. que je vous vueil rendre

Nonobstant que vierge benigne

Je suis trop vil et trop indigne

Pour rien vous requerir. helasse

Et n'ay en moy vertu ne signe

Pour quoy je puisse estre condigne

De m'offrir devant voustre faice

Synon par grace

Dequelle je vous croy plus large

Que ciel et terre n'ont de large

Ne que la mer n'a de parfont

Pourtant se pechié trop me charge

Quant je me rens soubz voustre targe

Voz doulceurs esperés me font

Princesse des cieulx glorieuse

Batailliere victorieuse

Tresor de toute courtoisie

Noble digne tresvertueuse

Plus que nulle rien merveilleuse

O seule fleur de dieu choisie

Je vous mercie

De cueur de sens de voix et dame

Qui aujourduy benigne dame

M'avez donné force et puissance

Sur ceste gent vile et infame

Plaine d'ordure et de diffame

Et de toute mauvaise usance

Reluisant vierge doulce et tendre

Vueilliez je vous requier comprendre

De quel amour de quelle ardeur

Mon cueur a voulu entreprendre.

Ceste querelle/ pour deffendre

De corps de sens et de vigueur

En voustre honneur

Helas dame. ne desdaignez

Ma bonne amour. ne malignez

Voz plaisans yeulx de mon service

Car pour y estre meshaignez.

Et en mon sang taint et baignez

Se my mectray je fleur sans vice

Mon cueur mon corps mez braz mes mains

Et quant que j'ay ains plus que mains.

Tout est a vous/ et le vous donne

Et tant qu'au monde je remains

En long travail. en perilz maints

A morir pour vous je m'ordonne

Et m'abandonne

Tant vous honnoure et tant redoubte

Que se d'une chescune goutte

De mon sang. servir vous pouoie

Et du corps et de l'ame toute

Et de quant que nature y boute

Je le desire et le vouldroie.

Fontaine de piteuses larmes

Miroer clarté de toutes ames

ymaige de riche apparence

Voustre sy petit homme d'armes

Se rend a vous. et lance et armes

Vous offre en humble obedience

De reverence

Priant comme a vous actenu

Que je puisse estre retenu

Ung de voz servans a voz gaiges

Et se par vous suis soustenu

Voustre los sera maintenu.

En moy par euvre et par langages.

Benoiste dame entre les dames

Relievement de mortes ames

Rose de toute grace emplie

Souef flairant sur tous lez balsmes

Doulce et courtoise sans nulz blasmez

En toutes vertus acomplie

Je vous supplie

Haulte maistresse et tresseable.

Que se mon euvre est agreable

A vous aucunement. ou chiere

Comme dame trespiteable

Humble benigne et consolable

Il vous plaise ouyr ma priere.

C'est qu'a tousjours et en tout aage

Le noble feminin lignage

Vous plaise sauver et garder

De deshonneur de faulx langage

De mauvais et de fol ouvrage

Et de tout ennemy pregarder

Et regarder

Vous plaise noble creature

Sur leur vie et sur leur nature

Sy bien et sy songneusement

Que leur honneur regne et perdure

Et durer puisse sans laidure

A jamais sans deffinement

Souviengne vous pour mes prieres

De l'onneur de voz chamberieres

Qui ont de voustre corps semblance.

Et se faulte a. en leurs manieres

Par estre fraisles et legieres

Vueilliez y de voustre puissance

Mectre actrempance

Car selon que raison contrent

A vous seule il en appartient

De les doctriner et parfaire

Et s'aucun blasme leur advient

Ou d'aventure leur mesvient.

Advis m'est qu'il vous doit desplaire

Aux haultes dames et princesses

Il vous plaise de voz largesses

Leur donner foy sens et pité

Aux dames et aux baronnesses

Crainte et ressoing en leurs richessez

Et tendre a leur felicité

Par charité

A toutes jeunes damoiselles.

Lyees/ vefves et pucelles

Cueur net loyal/ constant et ferme

Et a toutes les jouvencelles.

Les meurs et les vertuz sy belles

Que dieu en grace les conferme

Le chevalier des dames du dolent fortuné · 第 5 / 6 段