Et congnoit bien que moult vous tarde
Certes que je ne vous declaire
La nature de ce repaire
Ouquel nous sommes en present
Et croy que voustre cueur s'i fent
De bien content et fort joieux
Car il y fait melodieux
Or mectez pene a bien entendre
Et retenir et bien comprendre
Ce que je vous remonstreray
Et vivement declaireray
Pour voustre moult grant joye et preu
Et je voys desnouer le neu
De mon plushault secret et sens
Que j'aie/ ne qu'avoir me sens
Touchant a noustre present fait
Qui fort esmerveillier vos fait
J'apparçoy bien ainsi m'aist dieux
Qu'en riens vous ne gectez voz yeulx.
Fors en l'arbre qui la fleurist
Et de tant belles fleurs nourist
Lequel certes pour tout voir dire
Est bien digne qu'on le remire.
Et qu'on enquiere de son estre
Veu qu'a nulle rien terrestre
Ne naturelle. il ne ressemble
Ains/ et plus surpasser il semble
Le cours de commune nature
Tant est belle la floriture
Pourtant prenez le sainement
Et je vous diray plainement
De l'arbre la signifiance
Qui en vertu et en substance
Tresmerveilleusement habonde
Jadis. le createur du monde
Quant le ciel et le firmament
Avoit mis en leur mouvement
Et eust creé toute autre chose
Qui en terre ou en l'air repose
Et qu'il ne restoit mais a faire
Rien pour le monde tout parfaire:
Alors comme ung ouvrier tressage
Au derrenier de son ouvrage
Il fist cest arbre: et le forma
Tout tel qu'a present sa forme a
Lequel il fist par excellence
Sy beau si digne en corpulence
Et de si grant prerogative
Que sa vertu suppellative
Surpassa. vous soit bien notoire
Toute autre chose transitoire
Car puis qu'il fault que tout vous euvre
Dieu en fist le chief de son euvre
A qui sur toute autre doulceur
Il donna s'amour et son cueur
Vertu. grant dignité. puissance
Discretion. sens. congnoissance
Comme qui de son fruit et germe
Vouloit avoir/ je vous afferme
Louenge et grace plusparfaicte
Que de nulle rien que fust faicte
Et lors en ce mesme moment
Dieu vint a moy. ne sçay comment
Qui me va commander ainsy
Nature. prens cest arbre icy
Et tressougneusement le garde
Je t'en donne maistrise et garde
Jusqu'au diffinement du monde
Si vueil aussi/ qu'a toy responde
Toute autre naturelle chose
Qui s'engendre et que se compose
Par la vertu des elemens
Et donneras nourissemens
Forme. complexion. figure
A chescune une creature
Selon son genre et son espece
Itelle en france comme en grece
Et te donne la seigneurie
De terre qui sera fleurie
Pour toy. et pour ta gouvernance.
Mais j'en reserve l'ordonnance
Sur toy et sur tout ton ouvrage
Or convient il que ce langage
Vous soit plus au cler exposé
Et de sentences si glosé
Qu'en fin vous puissiez concevoir
Ce que vouz desirez savoir
Parquoy noble cueur. je vous dis
Cest arbre qui fluerist tousdis.
Et est de si plaisant umbrage
Est l'arbre dont l'humain lignage
Sourdist/ et sourd de jour en jour
Par quantité telle et vigour
Comme au jourd'uy pouez veoir
Dont adam et eve de voir
Jadis ung corps et une eschine
Furent le boys et la racine
Dont tout l'arbre tel comme il est
Se croist. se fleurist. et se naist
Gectant deux branches contremont
Sans plus. que bien a noter sont
Et est bien de necessité
Car la gist la diversité
Du sexe. qui est masculin.
A celui qui est feminin
Lesquelles sans nulle doubtance
Sont d'un estre. d'une substance
Et d'une mesme dignité
Sans quelconque difformité
Fors sans plus/ une accidentale
Que l'une est feme et l'autre masle
Or est ceste arbre o sa racine
Si vert/ et sa vertu si fine
Que tousjours rend germe nouveau
Et n'est plus foible ne moins beau
De tout le temps que l'ay hanté
Que le jour qu'il y fut planté
Si a ja six mil ans. ou plus
Et doit fleurir en ses vertus
Que lez cieulx que nul ne peut rompre
Fors dieu il conviendra corrumpre.
Quel temps: combien il durera
Ame ne vous asseurera
Car la providence divine
Seule/ de ce point determine
Les fleurs dessus la branche destre
Sont les hommes/ qu'on a veu naistre
Depuis adam. jusqu'au jourd'uy
Lesquelz quant ilz partent d'icy
Leur fleur y remaint toute telle
Comme ilz ont vertu corporelle:
Parquoy/ entre les fleurs la sus
L'une est belle/ l'autre encor plus
L'autre est tresclere. une autre mains
Tout ainsi que les corps humains
Mais la cause pourquoy les fleurs
De tous les corps predecesseurs
Demeurent sur cest arbre icy
Certes je le vous diray cy:
Une foys quant il adviendra
Que toute rien sa fin prendra
Et que la divine justice
Vouldra tenir son excercice
Especialement sur l'omme
Dez lors plus fruitz ne fleur ne gomme
De cest arbre ne saillira:
Ne plus avant ne fleurira
Mais luy/ comme ung roy de grant compte.
Viendra me demander le compte
Quoy que mes fleurs sont devenues
Grosses moyennes et menues
Car il luy fauldra le veoir
Et de leurs affaires savoir
Lors il les ira regardant
Comme ung en grant justice ardant
Mais telles que sont entachees
Seront erramment arrachees
D'entre les belles et mourront
Et les nectez demeureront
En joie et beauté conformees
Plus qu'oncques ne furent formees.
Et sera l'arbre o sa sentence
Exaulcié. par telle excellence
Qu'a jamais sera fleurissant
Sans aller en amendrissant:
Et sans gecter nouvelles flours
Mais ung/ et en ung point tousjours
Assis en vergier honnorable
De melodie pardurable
Qui sera lors vous certifie
Comme ung arbre o le fruit de vie
Mais pource que point nous ne somens
En voie de traicter des hommes
Fors de la dignité des femmes
Qui est toute une chose mesmes
Sachiez que la senestre branche
Que semble tant belle et tant franche
Est celle dont les femens naissent
Et se nourrissent et se paissent
Qui est pour le vous faire entendre:
Ung peu plus doulcette et plus tendre
Que n'est telle du costé dextre
Pour sa plusgrant perfection
Car dieu la voulu itelle estre
Or ay je grant affection
De vous apprendre et demonstrer
S'il vous pouoit au cueur entrer
Comment en toute femme et homme
Se font et naissent d'une gomme
D'une terre d'une matiere
Et se font tous par une ouvriere
Par moy qui tous les corps humains
Ay fait et formé de mes mains:
Droit cy en verité certaine
Au milieu de ceste fontaine
Par quelque quoy/ elle est mal clere:
S'entend le ventre de la mere
Ou quel/ le fruit se fructifie
Et prent force/ et forme et vie
Et vous diray quoy et comment
Il est vray/ qu'en chescun moment
Il croist la sus boutons nouveaux
Par cens/ par milliers/ et trouppeaux
De moult diverse qualité
Et d'un pareil egalité
Lesquelz tout ainsi comme ilz s'euvrent
Et que leur germe ung peu desceuvrent
Il chet de chescun une graine
Cy en bas/ en ceste fontaine
Lors moy/ qui ay la congnoissance
Apres dieu/ seule et la savance
De tous les boutons. quelz ilz sont
Et quelle dignité ilz ont
Me vien bouter emmy ce bain
Et prens la graine emmy la main
Lui donnant la forme et figure
Selon la vertu et nature
Du bouton dont elle est saillie
Car selon lui/ est sa taillie:
Puis se nourist ceans grant temps
Par l'espace de trois quars d'ans
Mais aprés il convient sans faille
Que par l'un des tuyaux il s'aille
Prendre sa vie et nourriture
En une nouvelle paisture
Et sachiez. que je vous afferme
Que se de l'arbre chet nul germe
Il lui convient droit cy se rendre
Et par ma main sa vie prendre
Mais la cause vous diray voir
Pourquoy ce baing est trouble et noir:
Et le vous vueil notifier
Certes. ce veult signifier
Le vil et orgueilleux pechié
Dont l'humain gente est entachié
Tant qu'il convient grant et menu
Estre en sa tache conceu
Princes. princesses. saints et sainctes:
Tous en sont prins/ et saincts et sainctes
Sans en exempter ame aucune
Que fut. ne qui sera: fors une
Que ne fut oncques conceue
Ou je suis forment deceue
Si vous diray ce que je vis
Une foys par tresvray advis
Jadis ou temps des anciens
Je vy sur ces arbres ceans
Tout a plus hault ung bouton croistre
Lequel pour verité congnoistre
Estoit le tresplus gratieux
Que j'eusse onques veu de mez yeulx
Le mieulx flairant et le plus beau
Le plus doulx et le plus nouveau
Qui oncques fut ne qui sera
Tant que le monde durera
Sy vy comme a dieu il plaisoit
Que ce bouton espanissoit
Ung jour par la vertu divine
Mais avant que sa graine fine
Se laissa cheoir en la fontaine
Je suis tresseure et trescertaine
Que l'eau qui estoit obscure
Devint tresclere et necte et pure
Et changea sa couleur umbreuse
Qui est chose bien merveilleuse
Puis le germe de ce bouton
Qui par sur tous flairoit si bon
Si laissa cheoir icy dedens
Et y print ses nourrissemens
Complexion. figure. et forme
Comme les autres que je forme
Si en formay creez a lors
Le plusgent et le plusbeau corps
Le plus vertueux et parfait
Que jamais pourroit estre fait
Ou avoit esté fait devant.
De puis adam ça en avant
Si pert bien que je y prins delis
Par celle noble fleur de lis
Que porta le vray testmoignage
De son estre et de son coursage
Laquelle fleur. nous represente
La glorieuse et excellente
La benoiste vierge marie
Qui la divinité marie
Sur humain genre est coronnee
A radoulcee et rapaisee
Or est ainsi qu'aucunes gens
Qui sont mal duis et negligens
Vont murmurant contre les dames
Pour les chargier et faire infames
Disans. que femme en sa nature
Est une fraisle creature
Et occasion tresgreveuse
De mainte chose dangereuse
Mais pour garder l'onneur d'icelles:
Je m'oppose contre eulx pour elles
Disant. qu'en l'omme a tant de vices
Qu'en la femme de malefices
Une haultesse en dignité
Et pareille fragilité
Si vous demonstreray comment
Vous veez comme au firmament
Les estoilles illecques pendent
Et sur les fleurs leur clarté rendent:
Diversement/ que pour tout vray
Il semble qu'a ung petit ray
Une chescune fleur deppent
D'une estoille du firmament
Dont chescune estoille conduit
Celle fleur. sur qui elle luit
Et la dispose et la gouverne
Et a sa vie o elle yverne
Mais icy gist ung point secret
Que tout le monde point ne scet
Et se les hommes fussent sages
Ilz changeroient leurs usages
Et la femme ne blasmeroient
Jusqu'a tant que informez seroient
Pour quel cause se fait blasmer
La femme/ ou penser ou amer
Et dequel lien los luy eschiet
Ou que son honneur luy deschiet
Car langue d'ignorance esprise
Ne scet ce qu'elle blasme ou prise
Pourquoy savoir il vous convient
Que la fragilité que vient
Sur la Femme et sur l'omme aussy
Eschiet/ par ces estoilles cy
Qui envoyent leurs influences
Sur ces fleurs. et leurs differences
Telles/ que dieu leur a donnees
De sa franchise et ordonnees
Entre lesquelles. les aucunes
Donnent ennuiz. douleurs. fortunez
Les autres joyes et richesses
Honneurs. sciences. et prouesses.
Les tiers. bonne et sainte vie
Autres: barat et tricherie
Les quintes/ vie detestable
Luxurieuse abominable
Si fraudulent et decevese
Qu'a tout le monde elle est doubteuse:
Les sixtes bon courage et net
Autres. ou nulle bonté. n'est
Ainsi. par les conditions
Et diverses impressions.
Que chescune a de sa nature
Il eschiet a la creature
Devenir tout d'icelle mine
Qu'est celle. que sur luy domine
Et quant lez vertuz des planettes
Ont leurs influences secretes
Et une seigneurie mesmes
Sur les hommes et sur les femmes.
Arguer fault donc. s'elles donnent
Vertu aux hommes et ordonnent
Les causes qui les esvertuent
Que aussi bien elles distribuent
Par raison. leur vertu aux dames
Veu qu'eulx deux ont unes ames
Comme en mon cueur le conçoy
L'omme n'a pas nul bien de soy
Non a la feme plus que l'omme
La moindre graine d'une pomme
Mais toute vertu et constance
Toute bonté toute chevance
Vient a la femme tant qu'au masle
Par la grace celestiale
Laquelle n'est pas curieuse
Que d'estre a l'omme avantageuse
Et a la femme defraudable
Nuisant et prejudiciable
Bien sçay que dieu ne daigneroit
Et aussi peu le souffriroit
Sa irreprenable justice
Qui en ce faisant feroit vice
Car l'on diroit pour causes bonnes
Qu'il fut excepteur des personnes
D'avoir fait l'omme noble et digne
Et la femme meschante indigne
Qui sont d'une forme et figure
D'un ouvrage. d'une nature
Et au regard de l'ame aussy
Qu'elle a tant noble comme luy
Parquoy donc/ s'en ces basses isles
Femmes aucunes sont fragiles
Ordes et mal conditionnees
Et a vices habandonnees
Dont me desplaist qu'il en est tant
Las. il ne s'ensuit pas pourtant
Que toute femme de nature
Soit partissant de telle ordure
Ne que tel grief deslos on donne
A mainte/ qui est belle et bonne
Aussi vertueuse aussi ferme
Qu'onques fut homme: et plus l'afferme
Car femme de soy pour tout dire
Ne peut estre de l'omme pire
Mais elle est bien ung peu plus molle
Parquoy s'elle veult estre folle
Pechié. qui tout bon renom tue
L'aura pluslegier abatue
Mais celle molleur que je y mectz
N'est pas pour son mal vous promectz
Ains dieu le m'ordonne ainsi faire
Veu qu'elle y est necessaire
Se le fruit humain qui y entre
Doit croistre. et se nourrir ou ventre
Si donc par accident qu'elle a
Et que je y mectz. tel qu'il est la.
Pour humaine necessité
Elle a ung peu fragilité
En complexion de corsage
Non pourtant/ se l'omme estoit sage.
Ne la doit blasmer ou despire
Ou de sa nature mal dire
Veu qu'en accident celui
Elle est pour le prouffit de luy
Mais ung point y est qu'on oblie
Qu'en tant que Nature assaillie
Est trop d'une part et pressee
Que d'autant elle est reconfortee.
Peut estre/ en vigueur spiritable
Et en vertu celestiale
Car dieu qui bien le veult comprendre
Ce qu'il prent cy/ la le peut rendre
Ainsi par le don des planettes
Des estoilles et des comectes
Qui se font merveilleux et mains
Et divers/ sur les corps humains
Aucunes femmes sont mauvaises
Et meschantes comme punaises
Mais ung point y voys adjoustant
Si sont les hommes/ et plus. ou tant
S'il est des hommes tresparfaiz
Si en est il de tresmauvais
Vilains pervers et decevables.
Et pires que ne sont les diables
Bons ne sont pas trestous lez maslez
Ne les femelles toutes malles
Tout pechié qui est soubz la lune
Est aussi pres a l'un. qu'a l'une
Et vertu et toute euvre belle
Est aussi pres a luy. qu'a elle
Et tant a elle/ comme a lui
Pourquoy je conclu au jourd'ui
Qu'en femme a aussi grans vertus
Comme en l'omme ou tant au plus.
Et s'aucunes ont aucuns vices
Destinees et malefices
Si ont les aulcuns ce me semble
Autant ou plus. quant tout s'assemble.
Car ung corps est leurs deux personnez
Et ung. qui bien et mal leur donnes
Si vous certifie pour voir
Comme qui bien le puis savoir
Que j'ay formé de mez mains mesmes
Autant de corps de vaillans femmes
Dignes d'honneur. de pris et los
Comme d'hommes. bien dire los
Comme c'est arbre bien testmoigne
Se verité dis ou mensongne
Car les fleurs portent testmoignage
De la vertu de leur courage
Si lez regardez une a une.
En jugeant toutes et chescune
Puis acomparagez ensemble
Les deux branches. se bon vous semble
Mais je croy point ne trouverez
Quant bien vous les aviserez
Se voz memoires sont entieres
Que l'une passe l'autre en guieres
Car si dela voyez les saintz
Qui ont esté beaucop et maintz
Si sont deça aussi les sainctes
Qui on esté beaucop et maintes
Et se dela sont les martirs
Qui par leurs vigoreux desirs
Ont voulu morir pour la foy
Aussi sont pardeça je croy
Maintes glorieuses martires
Qui ont souffert maintz griefz martires
Et si sont trop plus a louer
Que martir qu'on sache advouer
Car leur nature est precieuse
Et pour endurer dangereuse
Toutesfois nonobstant foiblesse
Et leur naturelle tendresse
Elles ont nature vaincue
Contre son cours et desrompue
Tant qu'amour soubz torment les mist
Dont tout fort homme se fremist
Plus est d'un foible vaincre ung fort
Qu'a ung fort vaincre ung fort aufort
En oultre. de la sont pluseurs
Saints preudommes et confesseurs
Et pardeça religieuses
Sainctes vierges de dieu espeuses
Nonnains recluses et cloistrieres
Et gentilz femmes seculieres
Que pour l'amour de dieu tresmonde
Ont renoncié a tout le monde
Et fuy majesté royalle
Pour estre amie a dieu loyalle
Si vous arguez des prophettes
Qui ont les visions secretes
Des philosophes des docteurs
Qui sont de la foy instructeurs
Voyez cy les propheteresses
Et les sages devineresses
Que maintesfois en leur publicque
Ont eu le sens angelicque
Tant qu'il sembloit que leur science.
Passast humaine sapience
Mais pour changier propos dez saints
Parlons de ceulx qui sont mondains
Des loyaux des preux des vaillans
Des vertueux et des sçavans
Des beaux dez bons dez fortz dez sage
Et de tous vigoreux courages
Et vous trouverez sans cautelle
Que chescun tel/ aura sa telle
Et qu'il en est ainsi m'aist dieux
Autant de telles/ que de cieulx
Lesquelles bien nommer sauroie
Quant forment pressee en seroie
Dont les histoires anciennes
Tant des juyfves que payennes
Et des crestiennes encoire
Font tresglorieuse memoire
Tant que bien doit leur renomee
Estre exaulcee et renommee
A jamais. tant que oeil pourra lire
Ou main et plume en parche escrire.
Mais une. qui a moins d'encombre
Et qui est la non per du monde
N'est pas encor mise en compte
Que seule plus vault et plus monte
Et est plusdigne en tous eschanges.
Que mille millions des anges
Ne que saint tant soyt de grant fame
Toutesvoyes sy est elle fame
La qui clarté. la qui haultesse
Toutes autres aveugle et abasse
Comme le soleil vainct la nue
D'une estoille clere et menue
Laquelle. tout le genre humain
Sert et honneure soir et main
Et pour sa grace deservir
Tousjours est prest de la servir
Non pas seule nature humaine
Mais aussy bien la plus haultaine
Sorte/ des anges de la sus
Si s'en travaillent mieulx ou plus
Que s'aucuns hommes qui fouloient
D'aventure/ arguer vouloient
Disans que la divinité:
S'est vestue d'humanité
Et que dieu a forme acceptee
De l'omme pour plus exceptee
Non pas de femme/ et par ainsy
Vouldroient nyer tout cecy
Certes je respons a ce point
Que cela ne m'arguent point
Ne ne revallent mon party
Ne eulx n'en sont ja mieulx party
Car le filz dieu. quant j'en commence
Ne fut oncques d'humaine semence
Ne homme nul ne l'engendra
Combien que part en son gendre a
Mais la paternité puissante
Legendra pur et fleurissant
En sa tresglorieuse mere
Sans semence venant de pere
Et pur et net fut conceu
Du saint esperit/ qui sceu
Estoit en ses dignes entrailles
Sans corrumpre veines ne trailles.
Mais moy/ quant tout se fait se fist
Je croy qu'a lors dieu me deffist
Ou m'endormit ou aveugloit
Ou congnoissance me tolloit
Car je vous jure et vous desceuvre.
Je ne steuz oncq rien de ceste euvre
Et suis forment esmerveillee
Comment moy que tant esveillee
Me suis laisser embler ce fait:
Qui sur mon cours a esté fait
Au fort/ j'ay bien la congnoissance
Que riens n'est hors de la puissance
De la deité invincible
Ne riens devers elle impossible
Mais par ceste solution
L'en peut mectre a conclusion
Tous ceulx qui pour l'omme exaulcer.
Veullent dieu avec eulx tauxer
Car je ne mectz en mes querelles
Fors creatures naturelles
Naturellement engendrees
Mais dieu n'est pas de telz ventrees
Mais trop plus d'honneur eternel
Et los. trop plus perpetuel
Est a la glorieuse vierge
La pure incorrumpue cierge
D'avoir esté choisie digne
Par sa pure doulceur divine
A porter ce que ciel et terre
Ne peurent prendre ne conquerre
Et le fermer tout et entier
En son doulx virginal sentier
Que n'est a l'omme: qui veult estre
Seigneur par sur la femme et mestre
Que le filz de dieu: que je nomme
Ait accepté la forme d'homme
Veu que autre ne devoit prendre
Quant il luy pleust icy descendre
Car celle forme est plusparfaicte
Et toute a sa semblance faicte:
Or convient il que je recours
Ung petit: par briefz motz et cours
Vous declairer ung petit point
Dont parlé n'ay encores point
Pour vous faire ung petit plus sage
Comment au feminim corsage
Eschiet aucunesfois le bon
D'estre mauvais. ou bel ou bon
Bien avez retenu je pense
Comment le germe et la semence
En la fontaine se nourissent
Et la se forment et fleurissent
Le temps qui leur est ordonné
Et par naturel cours donné
Et comment il fault que dehors
Ou temps nommé ilz saillent lors
Par le tuyau qui les envoie
En une bien diverse voie
C'est a dire en ce divers monde
Ou maint dangier sourd et redonde
Lors aussi tost que de la partent
Et que de l'air du monde ilz partent.
Si va venir par grant ardure
Ma chamberiere nourriture
Et prent les corps en gouvernance.
Pour nourrir a son ordonnance
De tel laict. comme il luy plaira
Et que l'enfant besoing aura
Laquelle en esté et yvers
Donne nourissemens divers
Et de vertu beaucop diverse
Le laict que des tetines verse
Et plus souvent le mue et change
Q'un changeur son argent au change
Certes vez cy celle en partie
Par qui maintefoys est partie
La femme en vertu ou en vices
Et en tous itieulx exercites
Car selon la prime paisture
Leur donnee par nourriture
Il convient que chescun ne prengne.
Complexion. qui leur remaigne
Vie meurs vertu et conduicte
Car nourisson fait forte luicte
Et la fille d'un roy nourrie
D'une viande orde et pourrie
Entre gent vile et deshonneste.
Quant nee seroit aussi necte
Q'un ymage en toute fasson
Sy lui feroit la nourisson
Changier nature primeraine
Et devenir orde et villaine
Veu que usance et nourriture
Sont nommees autre nature
Or vous ay declairé assez
La chose que vous pourchassez
C'est de savoir et de congnoistre
Cil arbre que l'on voit la croistre
Chargié de mainte fleur losee
Par quel je vous ay exposee
En amour et benignité
La feminine dignité.
Tant sy avant et sy au large
Que le bien le mectez en marge
Et voustre cueur aussy l'entent
Vous en devez estre content
Si nous convient changier propos.
Et prendre ailleurs ung peu repoz
Sans plus parler de tel matiere
Qui est treshaulte et trop entiere
¶ Icy parle Nature a noble cueur/ et l'enorte luy donnant courage de
vengier le desconfort de noblesse feminine
[Illustration]
Nature.
¶ Vous avez ouy la complaincte
De ceste dame que cy est
Que s'est et dolosee et plaincte
Tremblant comme fueille en forest.
Lequel ennuy/ s'il vous deplaist
Monstrez qu'estes bien enseignez
Et de son mal sans faire arrest:
La confortez et l'en vengez
Vous y pouez sur tous servir
Dieu et sa grace y acquerir
Et plusgrant honneur deservir
Que vous n'oseriez requerir
Car elle que bien peut merir
Tout le travail qu'on prent pour elle
Assez bien a. pour vous cherir
En tant que portez sa querelle
Pourtant vous prie et vous conseille
Que vous entreprenez la queste
Et que voustre corps se traveille
En ceste emprise a ma requeste
Vous y ferez double conqueste
En bien. en gloire. en joie. en fame
Quant l'amour dieu vous sera preste
Et la grace de toute dame
Soyes hardis sy n'ayés peur
D'homme que vous veulle assallir
A la fin vous serés vainqueur
Du tout a voustre bon plaisir
Sy viendrés a voustre desir
D'avoir fait sy noble victoire
Pourquoy vous pourés pervenir
A felicité et a gloire
C'est belle chose que de user
Jeunesse en euvre meritoire
Et soy de telz faiz delecter
Dont l'on acquiert honneurs et gloire
Des vaillans/ fault avoir memoire
De leur prudence et noblez fais
Car se le corps est transitoire
Le bon renom ne meurt jamaix
Ravallez les faulses coustumes
De vilain cueur et malle bouche
Et les mectez en amertumes
Sans pité. nes que d'une souche
Gent qui est plaine de reprouche
Chescun la devroit traynner
Car dieu les maldit de sa bouche
Et les commande de vanner
En fleur de voustre jeune aage
Esprouvez voustre corps en guerre
Monstrez se vous avez visage
De voulenté d'honneur acquerre
Vous en pouez icy conquerre
Plus qu'oncques ne fist alexandre
Mais s'il vous fault beaucop enquerre
Vous craignez voustre sang espandre
Mal fustes baptisé de fait
Noble cueur. comme vous savez
Se vous ne monstrez par effect
Q'un noble cueur en vous avez
Se vous ces faitz ne relevez
Ne sçay qui les relevera
Et se la pene en eschevez
En qui plus l'on se fiera
Sus a cheval. armez le corps
Prenés pays: je vous supplie
Faites ce dont je vous recors
Car l'eure est plus que paremplie
Dieu vous doint sa grace acomplie
Bonne aventure en briefve adresse
Priant celle que nul oblie
Qu'elle vous garde et vous adresse.
¶ Icy Noble cuer prent congié de Dame Nature
[Illustration]
Noble cueur.
Ma dame tout mon bien ma joie
Tout la plushault desir que j'aie
Je vous mercie
Ma treschoisie.
Mille foys plus que ne pourroie
Des biens que voustre cueur m'octroie.
Et vous affie
Comme a m'amie
Et a ma dame ou que je soie.
Que refuser je ne sauroie
Ma povre vie
D'estre exploictie
En tous lieux ou je penseroie
Qu'aucun service vous seroie
Ou courtoisie
Si vous supplie
Par vous je suis formé et fait
Mené a vie et a effect
Par voustre affaire
Si doy bien faire
Pour vous que seule avez defait
Mon cueur mon corps paré et fait
Tel qu'a refaire
Ny a que faire.
Combien que point ne fuz parfait
Ne en grace le mieulx refait
Car au parfaire
A ung grant faire
Mais de voustre don et bien fait
Que j'ay sur ung plus imparfait
Pour satisfaire
Mercier vous doy ou meffaire
Des dames dont parlé avez
Craindre certes vous ne devez
Ou que je tende
Que je n'entende
Que leur honneur soit eslevez
Et tous leurs malvaillans grevez
Car c'est la bende
Que plus me bende
Les entrailles bien le savez
Car de long temps suis aggravez
De leur legende
Qui crie amende
Entre tous ses amis privez
Si vous pry que plus n'estrivez
De leur esclande
Qui est trop grande
Et chescun a moy s'en actende
A dieu vous dy dame Nature
Et a dieu ma tresnoble et pure
Celle que j'ame
Doubte et reclame
Sur toute vive creature
A dieu mon mirouer ma figure
Mon corps mon ame
Mon fruit mon balsme
Ma viande ma nouriture
A dieu le seul rabat d'ordure
Adieu la dragme
Contre la flame
De vilains et puant ordure
A dieu ma dame
Je m'en voys vengier voustre blasme
Dieu vous doint sa grace et s'amour
Santé confort espoir vigour
Repos liesse
Qui ne vous cesse
Jamais. jusques au dernier jours
Ny aprés. mais dure tousjours
Helas princesse
Fleur de noblesse.
Eslongnier me fault voustre atour
Priez dieu que joyeux retour
Me face adresse
Vers la jeunesse
De vous ma souveraine fleur.
Que me paissez de la doulceur
De vo haultesse
A dieu vous dy: et je vous lesse
¶ Icy se parte Noble cueur: en prenant congié de Noblesse Feminine.
[Illustration]
Qui lors le piteux partement
Veist/ quant noble cueur fut party
Je croy/ que tout apertement
Son cueur se fust parmy party
On ne veist oncq en tel party
Faicte si plourant departie
Et force fut que je party
Oeulx. leur doleur et partie
Acolemens entrebaisiers
Undes de larmes et rivieres
y avoit/ plus que par milliers
Et de tristes piteuses chieres
Gratieux motz. doulces manieres
Maintz durs souspirs maintez astraintes
y vey. qui sont tresmal legieres
A porter long temps par contraintes
En fin par ung piteux souspir
Noble cueur montoit a cheval
Et comme honteux va ferir
D'esperons courrant contreval
Mais dieu scet en quel piteux mal
La pouvre dame demouroit
A qui le cueur fist sy tresmal
A pene qu'elle n'en mouroit
Et tout acop vecy venir
Le beau levrier ferme et delivre
Parquoy il me va souvenir
Que noble cueur me failloit suivre.
Et lors/ ou comme fol ou yvre
Je me gectay sur ses espaules
Deliberé de le poursuvire
Fust en irlande ou en gaules
Acop le levrier me rendoit
Emprés le fortuneux errant
A qui le cueur d'ardeur fondoit
De trouver ce qu'aloit querant
Qui mainte laude aloit ferant
En traversant boys et passages
Et en chescun lieu enquerant
Des coustumes et des usages
Tousdis ramentevoit sa dame
Et pensoit que homme ne l'oist:
Car je ne fuz apparceu d'ame
Non plus q'un qui s'esvanoyst
Courist saillist trotast fuyst
Tousjours luy fuz emprés la coue
Homs qui d'un tel varlet joyst
Fait que tel s'il le desavoue
¶ Comment noble cueur arriva en une Isle ou il y avoit ung chasteaulx
merveilleux ouquel y avoit ung pillier de marbre/ sur lequel estoit une
ymaige d'argent tenant ung escuisson et y avoit grant escripture dedans
la quelle il lut
[Illustration]
En fin de compte il arriva
Au bout de troys jours en une ysle
Ou ung tresfort chasteau trouva
Qui a prendre estoit difficile
Ouvré estoit par main habile
En lieu si tresavantegeux
Que combatans jusqu'a dix mille
Ny eussent esté dommageux
Boys y avoit riviere pree
Qu'a ung chasteau ne doit fallir
Sy estoit toute la contree
Forte a entrer dure a saillir
L'on ne la pouoit assaillir
De quel costé qu'on se virast
Ne homme en faire tressaillir
Qui trop dehors ne se tirast
Ainsy donc tout seul et sans paige
Fortune le fit la venir
Toutesvoyes: il quist passage
Tout par tout pour y avenir
Qui par aler et par venir
Parmy la forest en la pree
Tant cercha. qu'il va survenir
Ou estoit la certaine entree
L'entree estoit ung fort portal
De bastille tresbien garnie
De coulevrines de metal
Et de tous engins bien fournie
Assise en place tresplaine
Sur la riviere au bout d'un pont
Qui par droicte voie et unie
On milieu du chasteau respont
Hors avoit ung pilier de marbre
Dessus une ymage d'argent
Soubz l'ombre d'un tresplaisant arbre
Merveilleusement bel et gent
Autour n'y avoit nulle gent
Dont l'on se peust apparcevoir
Mais j'en estoie negligent
Car il fut bien gardé de voir
L'image tenoit en ses mains
Ung escu/ d'autrepart ung cor.
Et en l'escu y avoit maints
Escriptz. de finez lettres d'or
Et droit a pié du sicanor
Avoit ung nain. qui y couchoit
Qui brayoit comme fait ung tor
Quant estrangier y approuchoit
¶ Icy est le contenu de l'escripture qu'estoit en l'escu que l'idole
tenoit.
L'escript disoit. Cy est la place
De deux forts geants exillés
Qui ne craingnent homme qu'on face
Tant soit des armes bien stilez
Reboutez sont et avilez
Des femmes pour vray testmoignier
Mais ceulx qui rompront noz filez
Trouveront a qui besongnier
C'est cueur vilain/ et malle bouche
Qui gardent icy le passage
Si hardy. Que homs a l'escu touche
S'il ne veult acomplir l'usage
Ou qu'il n'y laisse pour truage
Ung membre tel que nous vouldrons
Lequel. pour le mectre en servage
De noz espeez luy touldrons
La coustume sy est ytelle
Qu'il fault se combatre a eulx deux
Et que tant treuve en sa cautelle
Qu'il maistrie la force d'eulx
Mais avant que combatre a ceulx
Il fault que devers eulx se tire
Et aucuns motz injurieux
Leur oser reprouchier et dire
Parler y fault la teste nue
A nous sans espee ou baston
Affin que mieulx nous soit congnue
La furte. qu'a le champion
Lors s'il nous dist qui ne soit bon
Sans avoir dequoy soy vengier
S'il nous plaist nous le tueron
Qui a peur/ fuye le dangier
L'acteur.
Quant noble cueur avoit leu
Tout ce qui estoit en escript
Lors dist/ mal luy est escheu
Ha qui t'a cy mis en escript
Le cueur luy crevoit de despit
De l'orgueil des vilains bossus
Mais encor il donna respitz
A l'estu sans frapper dessus
Lors se tiroit apart ung poy
Vers ung buisson qui la estoit
Et ne pensoie pas pourquoy
Que de la place il s'esloignoit
Lors sur terre s'agenoilloit
Comme ung. qui point ne se varie
Es ses mains vers lez cieulx joignoit.
Disant a la vierge marie
[Illustration]
O glorieuse inestimable
Dame des cieulx et tresnotable
Souveraine dame et princesse
O tresglorieuse haultesse
O clarté pure irregradable
O beaulté jamais deffaillable
O des cieulx la gouverneresse
O des anges commanderesse
O royne incomparable
O habundant fons de richesse
O tresor de toute liesse
O pure vierge inviolable
O doulceur tresinenarrable
Je te pry trespuissant maistresse
Prens la clameur que je t'adresse
O precieux et digne armaire
O miraculeux sanctuaire
Remply par seule affinité
De toute la divinité
O tresmelodieux repaire
Temple sacré/ ou quel repaire
Par singuliere dignité
La divine benignité
O tabernacle salutaire
Vers qui les anges se vont traire
Pour louer la propinquité
Que tu as a la trinité
O cierge qui lez cieulx esclaire
Mirouer impossible a pourtraire
Luisant jusqu'en infinité
Au dextre de la deité
Dame j'ay immortel desir
D'aucun plaisir
Te faire/ et avec ce d'escrire
Motz. dont ta tresdigne haulteur
Puist avoir los gloire et honneur
Car autre que toy ne desire.
Jamais eslire
Ne servir quelque part que tyre
Qui est la plus belle et meilleur
Dont dieu ait esté formateur
Mais las/ or fault mon cueur gesir.
A deloisir
Et ma langue ne scet que dire
Veu que terrestre doulceur
N'est pas ung grain a ta valeur
Parquoy il me couvient gemir
Trembler fremir
De desplaisir de dueil et d'ire
Que je ne puis vuyder mon cueur
Comme vers toy me prent ardeur
Tu seule es de plus honneur digne
Vierge benigne
Que ne sont toutes les substances
Des anges/ les plus glorieux
Ne les plus haulx trosnes des cieulx:
Et as par la grace divine
Que t'enlumine
Tant d'honneurs gloires et plaisances.
Que le plusparfait de tous eulx
Se rompt et aveuglist les yeulx
Helas. quant tel haultesse fine
Ploie et s'encline
Devant toy/ et pert congnoissances
Par ton regard tant merveilleux
Qui est par sur eulx vigoreux
Comment pourray je moy indigne.
Plus que vermine
Trouver en moy les suffisances
Pour louer ton corps precieux
Quant le fait est bien grant pour eulx.
Mais pource que tu fuz humaine
Jadis mortelle creature
Subgecte aux euvres de nature
Fors a celle qui est villaine
Moy comme humain
De desir plain
Vueil louer ta plaisant figure
Selon la vertu corporelle.
Car selon que nature amaine
Ton corps. et ta grant beauté pure
Si est plusaise ta figure
A comprendre vierge haultaine
A qui a fain
Et vouloir sain
Vers toy. tresdoulce floriture
En cest vie temporelle
Tu es la seule saincte et saine
Qui as le criminel injure
D'adam. mis a desconfiture
Et as l'umanité insaine
Par propre main
Remise au bain
De sa nation et de cure.
Malgré sathan et sa querelle
Et recouvree la fontaine
De vie/ que en forclosure
Estoit par noustre grant ordure
Maint an/ maint jour/ mainte septmaine
Quant en ton sain
Portas le pain
Qui nous a fait ouverture
Par mort de son corps naturelle
O glorieuse jouvencelle
Tu as restauree la vie
Laquelle Eve/ par sa folie
Et par sa voulenté rebelle
Avoit forfaicte
Et soubzstraicte
A toute humaine lignie
Par le diabolicque enort
C'est grant honneur pour toy pucelle
Qui es sy tendre et sy dougie
D'avoir desrompu la maistrie
De l'ennuieux diable felle
Dont est deffaicte
La mort infecte
Et joye a chescun restablie
Qui jamais n'esperoit que mort
Tout se perdit par la femelle
Les cieulx clos/ gloire forbannie
Et toy femme de grace emplie
As recouvert l'onneur de celle
Povre imparfaicte
Vers dieu meffaicte
La relevant plus la moitié.
Que faicte ne s'estoit de tort
Parquoy toy riche dame belle
Dois bien estre amee et servie
En tout honneur et melodie.
Car oncques euvre ne fut telle
Ne sy parfaicte:
Par femme faicte
Sy parfaicte ne sy prisie
Ne ne sera jamaix au fort
Bien te doivent priser louer
Harper jouer et advouer
Toutes les generations
Pour belle et bonne
Plus que rien qui soit soubz le tronne
Et par especial amer
Honnorer servir reclamer
Femmes en persuasions
Car ta personne
Est leur richesse et leur coronne
Ta bonté qui n'a point d'amer
Lez fait exaulcer et famer
Et avoir supportations
Raison l'ordonne
Car leur nature a toy consonne
Et lez a fait plus renommer
Que ne font par Eve a blasmer
Quant par tes consecrations
Rompis la bonne
Que plantee avoit la felonne
Pour l'onneur qui est deu a toy.
Dame/ j'ame tout le conroy
Des femmes que sont en ce monde
Car m'est advis
Que vous honnorer leur soit duis
Et je vouldroie par ma foy
Que pour ung povre petit doy
Que d'honneur sur elles redonde.
Ou d'aucun pris
Qu'il leur en fust dix tout acquis
Mais or ay je grant dueil en moy
Et me desplaist bien que je voy
Par feu de mainte langue immonde.
Leur beau pourpris
Estre tout chargié de mespris.
Qui nulle part ne m'apparçoy
D'homme. qui ait honneur en soy
Ne qui aujourd'uy les responde
Dont mez escripts
Vous font complainte en piteux cris/
Or ay je la querelle emprise
Contre la guise
De vilain cueur et sa semence
Qui violence
Et toute injure par faintise
Leur a chargié dessus le dos
Sy te supply dame incomprise
Et bien aprise
Qu'il plaise a ta grant excellence
Secourir en ce
Ma povre et fraisle couardise
Qui en tout honneur faire l'os
Et me preste de ta franchise
La langue esprise
De sy vive et belle eloquence
Que par science
Leur dignité qui est soubmise
Puisse lever et sourdre en los:
Car pour leur droit et libertise
Que moult je prise
Et en tout los et reverence
Mon corps commence
Une forte et dure entreprise
Pour me faire toucher les os
O vigoreuse batailliere
Puissante et fiere
Qui le grant sathan reboutas
Et le gectas
Soubz tes piez. par ta vertu chiere
Sans glaive et espee ne baston
Porte en ce jour cy ma baniere
Te pry ma chiere
Donne moy qui puissance en as
Pouoir es bras.
Vigoreux corps et main legiere
Au jourd'uy. a ton champion
Soye moy telle deffensiere.
Targe et baviere
Que mon corps ne se sente las
Ne au bas
Je te pry vierge tresentiere
Plaisante sale de syon
Et mon espoir estre avant quiere
Que la croupiere
Du vilain ne se loue pas
De mon pourchas
S'yl ne s'en fuyt en sa taniere
Comme ung chien devant le lyon
¶ Icy devise l'acteur comment noble cueur frappa de son espee sur l'escu
pour trouver bataille/ et Comment Cueur vilain et mallebouche et beaucop
de leurs gens saillirent dehors.
[Illustration]
Ceste oraison finee et dicte
Noble cueur d'ilec se leva
Enflé/ comme louve despite
Que par fam a sa proie va
Et aussi tost qu'il arriva
Dessoubz l'arbre ou l'ymage fu
Il print l'espee et l'esprouva
D'un cop terrible sur l'escu
Le cop estoit sy tresorible
Et le son de l'escu sy hault
Que ce sembloit tonnoire orible
Qui se fait par temps d'esté chault
Mon cueur encores s'entressault
Quant je pense au son de l'idolle
Qui comme enragie autant vault
Leur escria ceste parolle