Je me l'imagine volontiers sur un coteau. Il est là, si discret dans
les arbres, que, de loin, on le prendrait pour un champ de rochers
écroulés et couverts de mousse. Mais des fumées sortent des branches;
dans un sentier qui descend la pente, des enfants poussent une
brouette. Alors, de la plaine, on le regarde avec une envie jalouse;
on passe, en emportant le souvenir de ce nid entrevu.
Non, je le crois plutôt dans un coin de la plaine, au bord d'un
ruisseau. Il est si petit qu'un rideau de peupliers le cache à tous
les yeux. Ses chaumières, pareilles à des baigneuses chastes,
disparaissent dans les oseraies de la rive. Un bout de prairie verte
lui sert de tapis; une haie vive le clôt de toutes parts, comme un
grand jardin. On passe à côté de lui sans le voir. Les voix des
laveuses sonnent, semblables à des voix de fauvettes. Pas un filet de
fumée. Il dort dans sa paix, au fond de son alcôve verte.
Aucun de nous ne le connaît. La ville voisine sait à peine qu'il
existe, et il est si humble que pas un géographe ne s'est soucié de
lui. Ce n'est personne. Son nom prononcé n'éveille aucun souvenir.
Dans la foule des villes, aux noms retentissants, il est un inconnu,
sans histoire, sans gloires et sans hontes, qui s'efface modestement.
Et c'est pour cela sans doute qu'il sourit si doucement, le petit
village. Ses paysans vivent au désert; les marmots se roulent sur la
berge; les femmes filent dans l'ombre des arbres. Lui, tout heureux de
son obscurité, s'emplit des gaietés du ciel. Il est si loin de la boue
et du tapage des grandes cités! Son rayon de soleil lui suffit; sa
joie est faite de son silence, de son humilité, de ce rideau de
peupliers qui le cache au monde entier.