Que les toits étaient beaux! De larges gouttières les bordaient,
exhalant des senteurs délicieuses. Je suivis voluptueusement ces
gouttières, où mes pattes enfonçaient dans une boue fine, qui avait
une tiédeur et une douceur infinies. Il me semblait que je marchais
sur du velours. Et il faisait une bonne chaleur au soleil, une chaleur
qui fondait ma graisse.
Je ne vous cacherai pas que je tremblais de tous mes membres. Il y
avait de l'épouvante dans ma joie. Je me souviens surtout d'une
terrible émotion qui faillit me faire culbuter sur les pavés. Trois
chats qui roulèrent du faîte d'une maison, vinrent à moi en miaulant
affreusement. Et comme je défaillais, ils me traitèrent de grosse
bête, ils me dirent qu'ils miaulaient pour rire. Je me mis à miauler
avec eux. C'était charmant. Les gaillards n'avaient pas ma stupide
graisse. Ils se moquaient de moi, lorsque je glissais comme une boule
sur les plaques de zinc, chauffées par le grand soleil. Un vieux matou
de la bande me prit particulièrement en amitié. Il m'offrit de faire
mon éducation, ce que j'acceptai avec reconnaissance.
Ah! que le mou de votre tante était loin: Je bus aux gouttières, et
jamais lait sucré ne m'avait semblé si doux. Tout me parut bon et
beau. Une chatte passa, une ravissante chatte, dont la vue m'emplit
d'une émotion inconnue. Mes rêves seuls m'avaient jusque-là montré ces
créatures exquises dont l'échine a d'adorables souplesses. Nous nous
nous précipitâmes à la rencontre de la nouvelle venue, mes trois
compagnons et moi. Je devançai les autres, j'allais faire mon
compliment à la ravissante chatte, lorsqu'un de mes camarades me
mordit cruellement au cou. Je poussai un cri de douleur.
--Bah! me dit le vieux matou en m'entraînant, vous en verrez bien
d'autres.