II

Que les toits étaient beaux! De larges gouttières les bordaient,

exhalant des senteurs délicieuses. Je suivis voluptueusement ces

gouttières, où mes pattes enfonçaient dans une boue fine, qui avait

une tiédeur et une douceur infinies. Il me semblait que je marchais

sur du velours. Et il faisait une bonne chaleur au soleil, une chaleur

qui fondait ma graisse.

Je ne vous cacherai pas que je tremblais de tous mes membres. Il y

avait de l'épouvante dans ma joie. Je me souviens surtout d'une

terrible émotion qui faillit me faire culbuter sur les pavés. Trois

chats qui roulèrent du faîte d'une maison, vinrent à moi en miaulant

affreusement. Et comme je défaillais, ils me traitèrent de grosse

bête, ils me dirent qu'ils miaulaient pour rire. Je me mis à miauler

avec eux. C'était charmant. Les gaillards n'avaient pas ma stupide

graisse. Ils se moquaient de moi, lorsque je glissais comme une boule

sur les plaques de zinc, chauffées par le grand soleil. Un vieux matou

de la bande me prit particulièrement en amitié. Il m'offrit de faire

mon éducation, ce que j'acceptai avec reconnaissance.

Ah! que le mou de votre tante était loin: Je bus aux gouttières, et

jamais lait sucré ne m'avait semblé si doux. Tout me parut bon et

beau. Une chatte passa, une ravissante chatte, dont la vue m'emplit

d'une émotion inconnue. Mes rêves seuls m'avaient jusque-là montré ces

créatures exquises dont l'échine a d'adorables souplesses. Nous nous

nous précipitâmes à la rencontre de la nouvelle venue, mes trois

compagnons et moi. Je devançai les autres, j'allais faire mon

compliment à la ravissante chatte, lorsqu'un de mes camarades me

mordit cruellement au cou. Je poussai un cri de douleur.

--Bah! me dit le vieux matou en m'entraînant, vous en verrez bien

d'autres.

Nouveaux Contes à Ninon · 第 38 / 78 题