Deux ans après, aux Bormettes, le comte Paul d’Aiguebelle, mari de
Pauline, Albert de Barjols, mari d’Annette, veillaient, sous la lampe
paisible.
Les hommes lisaient. Les deux jeunes femmes, attentives et souriantes,
se montraient de mignonnes dentelles et des rubans à orner de petits
bonnets d’enfant.
--Tiens, regarde ça, dit à voix basse Paul à Albert, en lui passant son
journal et en lui désignant du doigt la rubrique: _Échos des deux
mondes_.
Le journal disait:
«La princesse Rita Tcherniloff vient d’arriver à Spa. On prétend ici
qu’elle n’avait jamais épousé le prince, et qu’elle a été naguère
expulsée de Pétersbourg, après des aventures tout à fait cosaques. On
dit encore qu’elle serait espionne aux gages de plusieurs puissances
qu’elle trahirait également les unes pour les autres. Mais rien de
tout cela n’est prouvé. On calomnie tant aujourd’hui, que la médisance
en devient suspecte. Quoi qu’il en soit, tout le monde s’accorde à
admirer cette femme, illustre par la beauté, par l’intelligence, par
la fortune, aussi bien que par la bizarrerie éclatante de ses
aventures, vraies ou fausses. A Spa, son arrivée a fait sensation.
Comme le disait, l’autre jour, M. X de Z, secrétaire de l’ambassade de
France à Rome: «C’est une des reines du monde.»
Paris, 24 février 1894.