Dans la voiture, ils se taisaient.
Tout à coup, elle lui dit:
--J’ai toujours pensé que l’amour qui lie deux êtres n’est si admirable
que parce qu’il les rattache à la loi commune, à la loi de Dieu!
Elle n’était pas bien sûre que ce fût là une pensée. Mais ça pouvait
passer pour en être une.
Il avait perdu tout sens critique... Il lui prit la main vivement:
--Je vous adore! murmura-t-il.
Elle se tut longtemps.
--A quoi pensez-vous? dit-il.
--Je regarde en moi attentivement.
--Et qu’y voyez-vous?
Elle leva vers lui le bleu limpide de son regard d’enfant. Une humidité
de larme y brillait...
--Oh!... oh!... fit-elle... Oh! mon Dieu!
Du reste, elle était troublée. Elle ne le trompait pas en lui montrant
ce trouble, mais, comme toujours, en laissant imputer son émotion à une
cause tout autre que la vraie. Elle était émue réellement, de se voir
tout à coup, par la volonté de cette mère dévouée à son fils, en face
d’une destinée nouvelle; de sentir que cette seconde décidait d’une
longue suite de choses graves, inconnues.
Si ce mariage ne lui apportait pas l’amour, du moins il lui apportait la
fortune, et peut-être la liberté!
Allait-elle connaître enfin la passion et la vie?...
... Une rapide vision lui montra la figure de Léon Terral.