II

Dans la voiture, ils se taisaient.

Tout à coup, elle lui dit:

--J’ai toujours pensé que l’amour qui lie deux êtres n’est si admirable

que parce qu’il les rattache à la loi commune, à la loi de Dieu!

Elle n’était pas bien sûre que ce fût là une pensée. Mais ça pouvait

passer pour en être une.

Il avait perdu tout sens critique... Il lui prit la main vivement:

--Je vous adore! murmura-t-il.

Elle se tut longtemps.

--A quoi pensez-vous? dit-il.

--Je regarde en moi attentivement.

--Et qu’y voyez-vous?

Elle leva vers lui le bleu limpide de son regard d’enfant. Une humidité

de larme y brillait...

--Oh!... oh!... fit-elle... Oh! mon Dieu!

Du reste, elle était troublée. Elle ne le trompait pas en lui montrant

ce trouble, mais, comme toujours, en laissant imputer son émotion à une

cause tout autre que la vraie. Elle était émue réellement, de se voir

tout à coup, par la volonté de cette mère dévouée à son fils, en face

d’une destinée nouvelle; de sentir que cette seconde décidait d’une

longue suite de choses graves, inconnues.

Si ce mariage ne lui apportait pas l’amour, du moins il lui apportait la

fortune, et peut-être la liberté!

Allait-elle connaître enfin la passion et la vie?...

... Une rapide vision lui montra la figure de Léon Terral.

Fleur d'Abîme · 第 16 / 56 题