Sire[22]

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Il se continue icy que le duc d'Alve partira en mars pour s'en

retourner en Espaigne, et qu'il prendra le chemyn d'Itallye, où il

layssera quelques compaignies italliennes, qui l'accompaigneront

jusques là; lesquelles pourront servyr à la guerre contre le Turcq, au

commancement du printemps; et que le duc de Medina Coeli s'embarquera,

à ce prochain febvrier, pour passer en Flandres, et qu'il admènera les

deux filz aysnez de l'Empereur; ne se faisant icy aulcune

démonstration qu'on se doubte de luy, ny de l'armée de mer, qui le

vient conduyre, parce que plusieurs vaysseaux de la dicte armée ont

passé, et qu'il est desjà arrivé en Flandres plus de deux centz voyles

d'Andelouzie ou de Portugal; qui faict encore discourir à aulcuns que

le dict duc et iceulx petitz princes pourront s'acheminer par la

France, puysqu'ilz ont layssé venir tant de vaysseaulx par deçà.

[22] Le premier feuillet du registre, qui contient les dépêches

de l'année 1571, se trouvant déchiré, le commencement de cette

lettre manque: c'est au reste la seule lacune que présente le

manuscrit.

L'on a heu en admiration en ceste court l'ordre, l'apareil, les riches

habitz, les présens et la despance, dont a esté usé aulx nopces de

Vostre Majesté, ainsy soubdain après la guerre passée, et de ce qui se

prépare encores pour une entrée à Paris; qui leur faict bien juger que

la grandeur de vostre estat a ung bien solide fondement, et que si

Vostre Majesté joue ung peu son jeu couvert, et commance de s'aquiter

et de fère les affères, il n'est pas à croyre combien il demeurera

d'impression au monde des grandes forces et oppulance de vostre

royaulme, et de la merveilleuse ressource qui est en icelluy. Sur ce,

etc.

Ce VIe jour de janvier 1571.

L'on me vient d'advertyr qu'au soir arrivèrent deux nouvelles en

ceste court: que ceulx de la nouvelle religion des Pays Bas ont

surprins un chasteau près de Groninguem, où le duc d'Alve y a

envoyé huict centz Espaignolz pour le reprendre; et que, en

Irlande, sont descenduz quelques soldats françoys, en moindre

nombre de deux centz, appellez par les saulvaiges du pays, et que

desjà le comte d'Ormont s'est esforcé de les combattre; mais ilz

se sont faictz lascher. Si ainsy est, cella troublera assés les

affaires de ce royaume.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième · 第 213 / 318 题