Sire, j'ay fort dilligemment cerché de sçavoir si ceulx cy avoient nul
sentyment de l'aprest, que Vostre Majesté m'a mandé par sa lettre du
premier de ce mois, mais je trouve qu'ilz ne se deffient à ceste
heure, peu ny prou, de cest endroict, estans en termes de bien
accorder leurs différans avec le duc d'Alve; et ayant la Royne
d'Angleterre receu, par le retour du jeune Coban, qui a repassé par
Flandres, une lettre du Roy Catholique et une aultre du dict duc,
desquelles, à la vérité, je ne sçay encores la teneur; tant y a que le
dict duc luy faict espérer beaucoup de l'amytié de son Maistre, et luy
promect plusieurs bons offices de sa part; sur quoy elle et les siens
sont à présent endormys. Il est vray qu'ayant la responce, que icelluy
duc a faicte au depputé d'icy, (laquelle, du commancement, avoit
semblé fort raysonnable), esté baillée à examiner aulx gens de lettre
de ceste ville, ilz l'ont en quelque part trouvé captieuse, de sorte
qu'on estime qu'il y aura encores bien à débattre. Le dict jeune Coban
a faict ung honnorable rapport des fianceailles de Vostre Majesté,
lesquelles il a veues cellébrer à Spire, et de la bonne grâce, vertu
et débonaireté de la Royne, des vertueulx déportemens de Mr le comte
de Retz aus dites fianceailles, avec honneur et dignité, et
pareillement de monsieur le comte de Fiesque, et de toutz les
Françoys, qui estoient en leur compaignie; et s'est loué des
honnorables propos, que le dict Sr comte de Retz luy a tenuz de la
Royne d'Angleterre, sa Mestresse, et de la faveur qu'il luy a faicte
particulièrement à luy; mais quant aulx aultres contantemens, qu'il a
raporté de la cour de l'Empereur, j'entendz que sa dicte Mestresse ne
les a aulcunement goustez, ains qu'elle demeure offancée des
responces, que l'Empereur luy a faictes; lesquelles j'espère que, par
mes premières, je les vous pourray mander.
Lundy dernier, Mr de Valsingan me fit ung somptueulx festin, auquel il
appella milord de Boucart, le comte de Rotheland, et une trouppe des
plus habilles hommes de bonne qualité de ceste ville, qui me vinrent
quérir fort honnorablement en mon logis; il me dict qu'il estoit du
tout dépesché pour aller succéder à Mr Norrys, et qu'il me donnoit
parolle, en homme de bien, de se comporter en telle sorte, en sa
légation, que Vostre Majesté en auroit tout contentement; et me fit
toute ceste compaignie une fort honneste démonstration de
bienveuillance envers la France. Le dict Sr de Boucard me dict, à
part, que sa Mestresse luy avoit commancé de bailler son instruction,
et que, sans les choses que son ambassadeur luy avoit escriptes, elle
eust faict fère le voyage par le comte de Lestre, lequel, à présent,
ne pouvoit plus estre ainsy bien prest comme elle le desireroit; bien
que je luy eusse, à ce qu'elle disoit, desjà interprété en si bonne
sorte ce que Vostre Majesté avoit faict et dict, en l'endroict de son
ambassadeur, qu'elle en demeuroit fort satisfaicte, mais qu'elle
vouloit que le dict de Boucart accomplyst si honnorablement ceste
légation au lieu du dict de Lestre, que Voz Majestez Très
Chrestiennes, et toute la France, en puissiez recepvoir le
contantement, qu'elle desireroit; et luy avoit parlé en une façon
qu'elle monstroit ne vous porter moins bonne affection, que si elle
vous estoit propre soeur germayne, et qu'elle fût vrayement fille de
la Royne, vostre mère; et qu'il y en avoit, qui luy conseilloient de
composer aultrement son langaige, quant il seroit en France, mais
qu'il n'avoit garde, et qu'il vous représenteroit droictement les
propos de sa Mestresse. Il est, à la vérité, ung bien modeste
gentilhomme, et aussi bien intentionné que j'en cognoisse poinct en
ceste court, il eust desiré que le terme de vostre entrée à Paris
n'eust pas esté si court, affin d'avoir plus de loysir de se préparer;
et luy ay donné quelque espérance qu'elle pourra estre prolongée
jusques au VIIIe ou Xe de janvier.
Je vays demain trouver la Royne, sa Mestresse, et espère, puysqu'elle
a commancé de bien prandre mes raysons, que je la ramèneray aulx
premiers termes de la bonne amytié, que Vostre Majesté desire
continuer avec elle, sellon le bon argument que je luy en feray voir
par vos lettres du XXIIe du passé; et ne larray de luy toucher des
affères de la Royne d'Escoce, encores qu'ilz luy soyent toutjours fort
espineux; et la remercyerai de la consolation, qu'elle luy a donnée
par ses lettres, en ceste grande malladye où elle a esté, de laquelle
l'on pense icy qu'elle ne soit encores bien hors de dangier; mais,
tout présentement, ung sien serviteur, qui est son fruytier, et faict
l'office d'apoticquaire, et qui la servyt vendredy dernier à son
disner, m'a apporté certaines nouvelles qu'elle se trouve mieulx. La
Royne d'Angleterre est après à l'envoyer visiter par ung gentilhomme
des siens, et luy envoyer une bague, qu'elle a faicte fère exprès,
pour renouveler quelques merques d'amytié entre elles; et semble qu'il
ne tient plus qu'aulx depputez d'Escoce qu'on ne procède au traicté.
Sur ce, etc. Ce XXIIIe jour de décembre 1570.