Sire, il n'est venu aulcunes nouvelles de la Royne d'Escosse despuys
mes aultres lettres, de devant celles icy, lesquelles sont du septième
de ce mois, qui est signe, Sire, qu'elle se trouve mieulx, ou au moins
qu'elle ne va en empyrant; car son mal est assés tost publié en ce
royaulme. J'espère que, par mes premières, je vous pourray mander
quelque chose de particullier de sa convalescence, sellon que les bons
mèdecins, qu'on lui a admené d'icy, et les bons remèdes qu'on luy a
envoyez, luy auront, avec l'ayde de Dieu, peu servir. Cependant l'abbé
de Domfermelin a fort négocié en ceste court, pour interrompre le
tretté, mais il ne l'a peu fère; dont, voyant que la Royne
d'Angleterre incistoit toutjour que les depputez de son party
vinssent, il s'est résolu de les attandre icy, et a dépesché ser
Guilhaume Stuart en poste pour les aller quéryr, et pour apporter une
dépesche et responce de la dicte Dame au comte de Lenos. Il estime que
les comtes de Morthon et de Glames viendront. L'on a opinion que les
depputez de l'aultre party sont desjà à Cheffil avec la Royne
d'Escosse, leur Mestresse, et que l'évesque de Roz, qui l'est allée
trouver, les admènera bientost par deçà. Je vays, en son absence,
entretenant, la plus vifve que je puys, la pratique du dict tretté et,
par toutes les sondes que je y fays, je trouve que la résolution
demeure ferme de passer oultre; non que pour cella, Sire, il ne s'y
voye beaucoup de difficultez, semblables à celles du passé, et mesmes
que le comte de Sussex, à son arrivée, y en a semé plusieurs de celles
qui tesmoignent le regrect, qu'il a, d'estre depposé de sa charge, et
de ce que son armée luy a esté cassée, magniffiant ces derniers
exploictz d'Escosse, et monstrant combien il seroit facille, et hors
de dangier, d'y en exécuter de plus grandz, veu les ordinaires
empeschemens, que Vostre Majesté et les princes de dellà la mer ont en
leurs affères. Néantmoins l'on pourra juger plus à clair du succez de
cest affère, quant toutz les depputez seront achevez d'arriver, ce que
je n'espère devant le huictiesme de janvier.
Il est, coup sur coup, arrivé trois courriers de Flandres, qui sont
allez descendre au logis du secrétaire Cecille en ceste ville, où il
est encores mallade; qui les a examinez à part, et les a assés tost
expédiez vers la Royne sa Mestresse, sans permettre qu'ilz ayent rien
publié de leur dépesche. Tant y a que j'ay ung adviz d'assez bon
lieu, que le duc d'Alve, en baillant sa responce au depputté de la
dicte Dame, ne luy a accepté son offre, ny aussy ne la luy a reffuzée;
mais il luy a miz en avant d'aultres gracieulx expédientz, par
lesquelz il faict espérer à ceste princesse, et aulx siens, que non
seulement le faict de ces prinses, mais aussi celluy du commerce et de
l'entrecours, et pareillement toutz aultres différans, d'entre le Roy
Catholique et elle, et d'entre leurs pays et subjectz, se pourront
facillement accommoder, avant la fin de febvrier, ou au moins, dans
tout le mois de mars. Je ne sçay si elle s'y endormyra, mais ceulx de
son conseil monstrent qu'il y a une extrême nécessité de trafiquer en
ce royaulme, et pressent bien fort l'ambassadeur d'Espaigne de leur
ottroyer des passeportz, pour envoyer des navyres et merchandises en
Biscaye et Andelouzie.
Le jeune Coban est arrivé, despuys trois jours, en ceste court, lequel
n'a passé en ceste ville; dont n'ay encores rien aprins de certain de
ce qu'il a raporté de sa légation. Il est vray que quelques lettres
sont venues d'Allemaigne, par lesquelles l'on escript que l'Empereur
luy a notiffié le mariage de l'archiduc Charles, son frère, avec la
fille de Bavière, et que cella, avec quelques bonnes parolles
d'amytié, ont esté toute la substance de la responce qu'il luy a
faicte.
Il a esté procédé si gracieusement ez choses de Lenclastre, que les
sires Thomas et Edouart Stanlays et le sire Thomas Gerard, soubz
parolles de seureté, se sont enfin venuz représanter en ceste court,
où le comte de Lestre et le secrétaire Cecille leur ont, d'entrée,
monstré grand faveur. Je ne sçay quelle sera l'yssue de leur faict. Le
dict secrétaire Cecille m'a envoyé, par le Sr de Quillegray, son beau
frère, la responce, que les maire et eschevins de Londres font aulx
remonstrances de voz subjectz de Roan, et m'a mandé que, si les dicts
de Roan ne s'en contentent, qu'ilz les apostillent, ou bien qu'ilz
depputent deux d'entre eulx pour en conférer avec deux aultres de
Londres, affin de s'en accommoder ensemble. Car sa Mestresse; desire
que, pour l'honneur de Vostre Majesté, ilz soyent contantés, et le
commerce continué. Et m'a dict aussi le dict Cecille que, pour
remédier aulx désordres d'entre la Bretaigne et l'Angleterre, il vous
playse, Sire, ordonner à Mr de Montpensier de fère une recerche des
prinses et déprédations faictes aux Anglois par dellà, et y depputer
des commissaires pour en juger sommairement; et sa dicte Mestresse
pourvoyra de fère le semblable par deçà, pour la restitution des biens
des Bretons, et qu'aultrement le commerce d'entre les deux pays va
estre de tout interrompu.
Monsieur le comte de Lecestre m'a envoyé dire, ce matin, par ung de
ses gentishommes, qu'il a continué vers la Royne, sa Mestresse, la
négociation que j'avois commancée avec luy, suyvant laquelle ayant
priz en bonne part noz remonstrances, elle s'est résolue de persévérer
en tous debvoirs de bonne amytié vers Vostre Majesté, et qu'elle
envoyera une bien honnorable ambassade en France, pour fère la
conjouyssance de voz nopces et de la venue de la Royne. J'entendz que
ce sera milord Boucart, parant en mesme degré de la dicte dame qu'est
milord d'Ousdon. Sur ce, etc. Ce XIIIe jour de décembre 1570.