AU ROY.

Sire, le retour des depputez de la Royne d'Angleterre ne nous faict

que bien espérer du tretté, qu'ilz ont encommancé avec la Royne

d'Escoce, de laquelle, et des responces qu'elle leur a faictes, semble

qu'ilz ayent miz peyne d'en fère prendre beaucoup de contantement à

leur Mestresse, et qu'enfin le tretté se conclurra; lequel se fût

desjà advancé de dresser, avant la venue des depputez d'Escoce, si la

malladie de milord Quiper ne fût survenue, laquelle est cause qu'on

s'est résolu d'attandre qu'ilz soient arrivez; et que cependant

icelluy Quiper pourra estre guéry. Je mettray peyne, Sire, d'entendre

par Mr de Roz, aussitost qu'il sera de retour en ce lieu, les

susdictes responces de la Royne d'Escose, affin de les vous mander; et

vous manderay, par mesmes moyen, ce que j'auray aprins d'une dépesche,

qui vient d'arriver du comte de Lenoz, laquelle aulcuns présument

estre pour certaine surcéance d'armes, qui doibt estre accordée pour

deux mois en Escoce. Et j'entens que le gentilhomme, qui l'a apportée,

dict que le duc de Chastellerault, et ceulx du party de la Royne

d'Escoce, s'opiniastrent de vouloir tenir une assemblée, sur le faict

de l'estat du pays, nonobstant la dépesche de leurs depputez par

decà; et que le Sr de Flemy est sorty en armes de Dombertran pour se

saysir des lieux plus prochains de sa place, affin d'y dresser des

logis et estables, comme pour y recepvoir la gent et cavallerie qu'il

attand bientost de France; laquelle persuasion, avec le raport que le

cappitaine Comberon faict de la ferme affection, en quoy il a trouvé

Voz Majestez vers les choses d'Escoce, pourront aulcunement servyr à

l'advancement du dict tretté.

Et y eust pareillement servy assés le doubte, auquel la Royne

d'Angleterre demeuroit du retour de l'armée, qui est allé conduyre la

Royne d'Espaigne, si elle n'eust receu ung adviz, (qui est assés

semblable à ung aultre, que l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, en

a, bien qu'il dict ne le tenir du duc d'Alve), que la dicte armée est

réservée pour ramener en Flandres la princesse de Portugal, affin d'y

estre régente, et le duc de Medina Celi, qu'elle admeyne pour y estre

cappitaine général et superintendant des affères soubz elle; et

qu'avec la mesmes armée le dict duc s'en retournera, puis après, en

Espaigne, et que, despuys l'embarquement de sa Mestresse, icelluy duc

a encores dépesché ung des siens, en dilligence, devers le Roy son

Maistre, pour fère, en toutes sortes, résouldre son congé,[16]

remonstrant son eage et son indisposition; et qu'il a remiz le pays en

ung si bon et si paysible estat, et si hors de toute souspeçon de

guerre, qu'on ne doibt plus rien craindre de ce costé, ayant faict

exécuter les principaulx chefz de la cédition, et ruyné si bien toutz

les moyens et la réputation du prince d'Orange, qu'il n'ose plus

sortyr de Nausau; qu'il a miz ung si bon nombre des principaulx

princes d'Allemaigne en la pencion de son Maistre, que les aultres ne

luy pourront nuyre; qu'il a accreu ses revenuz de Flandres de douze

centz mil escuz par an; qu'il a aschevé la forteresse d'Envers;

ordonné celle de Vallenciennes; estably les évesques; confirmé la

noblesse; réduict les loix, coustumes et ordonnances; et si bien

pourveu à toutes choses au dict pays, qu'il ne reste qu'à y entretenir

le bon ordre qu'il y layssera; et que mesmes il a acheminé en si bonne

façon ce qu'il avoit à démesler avecques les Anglois, qu'on vit en une

doulce surcéance avec eulx, avec grande espérance d'un fort prochain

et entier accord. Lequel adviz semble que la dicte Dame tienne pour

assés véritable, et quoy que ce soit, elle a fait ramener en leur

arcenal accoustumé de Gelingan les dix navyres qu'elle avoit envoyez

convoyer la Royne d'Espaigne, et a faict licencier les gens et

mariniers qui estoient dessus, et faict cesser toutz ses aultres

aprestz et apareilz de mer.

[16] Le duc d'Albe avait été investi du gouvernement des Pays-Bas

en 1566. Le projet dont il est ici mention ne fut pas exécuté; il

fut maintenu dans sa charge jusqu'à la fin de 1573, époque à

laquelle il céda le gouvernement à don Louis de Requessens,

commandeur de Castille, après avoir publié une amnistie générale,

au mois de décembre de cette année.

Le sire Henry Coban escript d'Espire qu'il sera respondu sur les

choses qu'il a proposées à l'Empereur, incontinent après que les

nopces de la princesse Élizabeth seront faictes, et j'entans que, à la

vérité, il a renouvellé le propos du mariage de l'archiduc Charles,

mais l'on ne l'a suyvy ainsy chauldement qu'il espéroit. D'aultres

lettres sont venues d'Allemaigne, qui font mencion de certein

différant, qui cuyda arriver à Heldelberc, devant l'Empereur, entre

Jehan Georges Pallatin et Jehan Guilhaume de Saxe, sur leur

précédance, à qui seroit premier assiz au festin, de sorte qu'ilz

furent prestz de mettre la main aulx armes; mais l'Empereur assembla

soubdein les principaulx, qui estoient près de luy, et prononcea pour

le dict Georges, remonstrant si bien la rayson à l'aultre, que la

chose se passa gracieusement; et que le comte Pallatin avoit

instamment prié l'impératrix et la princesse sa fille, qu'elles

vollussent accompaigner l'Empereur en sa mayson de Heldelberc; mais la

dicte Dame s'en estoit excusée en une façon si résolue de n'y vouloir

aulcunement aller, que le dict Pallatin en estoit demeuré assés mal

contant; que l'Empereur avoit une grande affection d'entrer en la

ligue contre le Turc, et qu'il estoit après à persuader le Vayvaulde

de renoncer à l'alliance et à la souverayneté d'icelluy, et de luy

deffandre l'entrée de la Transilvanie, luy promettant, s'il perdoit,

pour ceste occasion, rien de son estat qu'il le récompenseroit en

Bohesme; et qu'on avoit opinion, s'il pouvoit conduyre le dict

Vayvaulde à cella, que les Estats de l'Empyre luy consentiroient

vollontiers d'entrer en la dicte ligue, et s'obligeraient à luy

bailler deniers et secours pour icelle, bien qu'on souspeçonnoit assés

que, n'ayantz les Vénitiens esté secouruz à propos de ceulx de la

susdicte ligue, ils cercheront d'accommoder leurs affères et de

procurer en toutes sortes par deniers, ou bien en accordant quelque

tribut sur Chipre, de fère paix avec le dict Turc; au moyen de quoy

ceste ligue demeureroit, puys après, assés froide, et bien fort

foible. Sur ce, etc. Ce XXXe jour d'octobre 1570.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième · 第 186 / 318 题