AU ROY.

Sire, vous ayant escript, du jour de hier, assés amplement toutes

choses de deçà, ceste cy n'est que pour dire à Vostre Majesté comme,

ce matin, Mr l'évesque de Roz m'a envoyé, en grand dilligence, les

articles[15] que les depputez de la Royne d'Angleterre ont baillez à

la Royne d'Escoce, sa Mestresse, me priant de lui envoyer, tout

incontinent, le messagier avec ma responce et mon adviz là dessus; et

que je veuille considérer que le moindre dilay ou empeschement, qui

puysse intervenir en cest affère, est ung extrême détriment à sa dicte

Mestresse; mais qu'il mettra peyne d'entretenir la matière en suspens,

jusques à ce que ma response arrive, et qu'il est tout certain, si

l'on fault ceste foys de conclurre quelque chose, que la dicte Dame et

ses affères, et ceulx de son royaulme, demeurent déplorez et hors de

tout remède pour jamais. Sur quoy, Sire, j'ay esté en grand peyne, car

le faict me semble d'un costé si important, que je ne me doibz ingérer

de rien dellibérer ny respondre sur icelluy, sans exprès commandement

de Vostre Majesté, et, de l'autre, je voys ceste pouvre princesse en

si dangereux estast, que le moindre retardement peult admener une

extrême ruyne sur elle et sur son royaulme; dont, en telle extrémité,

j'ay prins expédiant de respondre premièrement au dict sieur évesque,

en la meilleur façon que j'ay peu, sellon le peu de loysir qu'il m'a

donné d'y penser, et d'envoyer tout aussitost à Vostre Majesté les

dicts articles et ma dicte responce, affin qu'il vous playse, en

mesmes dilligence, me remander vostre bon commandement; lequel je

mettray peyne, aultant qu'il me sera possible, d'exactement accomplyr;

et j'espère qu'on ne s'opiniastrera du tout à toutes les conditions

des dicts articles, ayant desjà faict office, là où j'ay cogneu en

estre besoing, pour les fère modérer; et je sçay que ce que Voz

Majestez en ont fermement et vertueusement mandé, par le Sr de

Valsingan, à ceste Royne, en fera bien rabattre quelque chose. Tant y

a que Vostre Majesté verra s'il seroit bon que, faisant appeller

l'ambassadeur d'Angleterre en sa présence, et luy monstrant d'estre

bien ayse de la continuation du tretté, vous lui faysiez tout

clairement entendre que vous ne pourriez tout ensemble meintenir

l'amytié avecques la Royne, sa Mestresse, et veoir qu'elle s'esforçât

de vous soubstraire l'alliance d'Escoce; et que, de tant que vous avez

entendu que ceulx, qui dressent le tretté, y aspirent, que vous l'avez

bien vollu exorter d'advertyr sa Mestresse qu'elle se veuille déporter

d'entreprendre une telle offance contre vous; laquelle vous ne

pourriez comporter, attandu mesmement que vous n'avez désiré ny

procuré que tout bon accord entre elle et la Royne d'Escoce, et bonne

paix entre leurs deux royaumes, pourvu que ce ne soit au préjudice de

vostre dicte alliance. Sur ce, etc.

Ce XVIIe jour d'octobre 1570.

[15] Ces articles, ainsi que les réponses de Marie Stuart, n'ont

pas été transcrits sur les registres de l'ambassadeur; mais ils

sont textuellement rapportés par les historiens, et notamment par

Camden at Rapin Thoiras.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième · 第 182 / 318 题