Sire, ayant le Sr de Vassal couru une si dangereuse fortune, en
voulant repasser la mer, que le naufrage de luy, et de ceulx qui
estoient en son mesme navyre, a esté tenu pour vériffié en ceste
ville, il n'est pas à croyre combien je me suys resjouy, quant, oultre
l'espérance des hommes, il a pleu à Dieu de le saulver et le fère
retourner sauf à Callais, avec les lettres et dépesches de Vostre
Majesté, où il est encores attandant le vent; mais j'espère qu'il sera
bientost icy, et qu'il me rendra instruict de l'intention de Vostre
Majesté, laquelle je mettray peyne, Sire, en ce qu'il sera besoing de
la notiffier à la Royne d'Angleterre, de la luy fère bien entendre, et
de fère, par toutz les moyens, persuasions et instances, qu'il me sera
possible, qu'elle y veuille conformer la sienne.
Le secrétaire Cecille et son adjoinct sont arrivez avec l'évesque de
Roz, le premier de ce mois, devers la Royne d'Escoce, à laquelle ilz
ont présenté, avec grand respect et révérance, une lettre, que la
Royne d'Angleterre luy a escripte, laquelle avoit le commancement fort
rigoureux et plein d'une recordation de beaucoup d'offances qu'elle
reprochoit à la dicte Dame; mais que, pour en abolyr la mémoire, elle
luy dépeschoit ces deux siens confidans conseillers, pour préparer le
chemyn d'ung bon tretté d'amytié entre elles deux; et n'y a heu aultre
chose que cella pour le premier jour, sinon l'humayne et favorable
réception, que la dicte Dame leur a faicte. Mais, le lendemain, estans
entrez en conférance, elle leur a respondu, à chacun poinct de la
dicte lettre, avec tant de fondement de rayson et avec tant de
modestie qu'ilz ont monstré de demeurer très bien satisfaictz; et
ayant convenu la dicte Dame, pour son regard, et eulx, pour la Royne
d'Angleterre, d'ensepvelir pour jamais les choses mal passées, et de
procéder à ung renouvellement de vraye et parfaicte intelligence entre
elles, sellon que le debvoir de leur proximité et du commun proffict
de l'une et de l'aultre, et de leurs deux royaulmes, le requéroit; ilz
luy ont leu les articles de l'instruction, qu'ilz portoient, lesquelz
se sont trouvez, pour la pluspart, concerner l'expresse cession et
résignation du tiltre de ce royaulme par la dicte Royne d'Escoce au
proffict de la dicte Royne d'Angleterre, sans préjudice de la future
succession d'icelluy, au cas que la dicte Royne d'Angleterre n'ayt
point de lignée:--Que, pour seurté de cella, le Prince d'Escoce doibve
estre mené et norry en Angleterre, sans préfiger temps de le randre,
sinon au cas que la Royne, sa mère, arrive à morir, ou qu'elle luy
veuille résigner sa couronne d'Escoce;--Que gouverneurs luy seront
baillez, telz que la Royne d'Angleterre advisera, comme les comtes de
Lenoz, de Mar ou aultres;--Que trois comtes et trois lordz Escoçoys
viendront estre ostaiges, l'espace de trois ans, en ce royaulme, pour
la seurté des choses qui seront promises;--Que trois chasteaulx,
sçavoir: Humes, Fascastel et encores ung aultre, en Gallovaye ou
Quinter, demeureront, pour le dict temps, ez mains de la Royne
d'Angleterre;--Que, sans le consantement d'icelle ou de la pluspart de
la noblesse d'Escoce, la dicte Royne d'Escoce ne se maryera;--Que
ligue sera faicte entre elles et leurs deux royaumes;--Que, au cas que
nul prince estrangier, sans ocasion à luy raysonnablement donnée,
entrepreigne d'assaillyr ce royaulme, la dicte Royne d'Escoce sera
tenue de le secourir d'hommes et de navyres, aulx despens toutesfoys
de la Royne d'Angleterre;--Que le murtre du feu Roy d'Escoce et celluy
du comte de Mora seront punys;--Que le comte de Northomberland et
aultres fuytifz d'Angleterre seront randuz;--Et que, au cas que la
dicte Royne d'Escoce meuve à jamais pleinte ny querelle du tiltre de
ce royaulme, ny assiste à nul aultre, qui la veuille mouvoir en
quelque façon que ce soit contre la dicte Dame, qu'elle demeurera
privée de la future succession d'icelluy. Et avoient d'aultres
articles, concernans la seurté des subjectz d'Escoce, lesquelz ilz
n'ont encores monstrez, mais ilz ont fort incisté d'avoir promptement
la responce sur ceulx cy.
Je ne sçay si la Royne d'Escoce l'a encores faicte, seulement j'ay
entendu qu'ung pacquet du dict secrétaire arriva, sabmedy au soir, à
la Royne d'Angleterre, et que, tout incontinent, elle assembla son
conseil; et le lendemain matin, le courrier fut renvoyé avecques
responce.
Aulcuns amys de la dicte Royne d'Escoce m'ont faict advertyr qu'elle
est au plus grand dangier, où encores elle ayt poinct esté, à cause de
la sublévation qui se descouvre estre toute formée au pays de
Lenclastre, de laquelle on luy attribue l'ocasion, aussi bien que de
celle passée du North; et que pourtant, elle et nous, qui soubstenons
icy son faict, debvons condescendre à ce que la Royne d'Angleterre luy
vouldra demander, et luy complayre du tout, pourveu qu'elle puysse
avoir sa liberté; et ne fère difficulté de luy accorder le Prince
d'Escoce, pour quelque temps, avec honnestes condicions. Aultres de
ses amys conseillent le contraire: qu'elle peut bien accorder
hardyment toutes choses raysonnables à la Royne d'Angleterre, mais non
de luy bailler son filz, ny ostaiges, ny places; mais plustost qu'elle
mesmes offre de demeurer en Angleterre pour asseurance de ce qu'elle
promettra. Je sçay, à la vérité, qu'on tient de très dangereux
conseilz sur la personne de ceste princesse, pour l'opinion qu'on a
qu'elle ayt trop bonne part en ce royaulme, et que, quant elle sera du
tout ostée, que pareillement sa querelle sera du tout esteincte, se
persuadant que, ny les Escouçoys, ny les Anglois, ses partisans, ny
mesmes Vostre Majesté ne se soucyeront guières, puys après, de la
relever. Et est incroyable combien la Royne d'Angleterre et ceulx de
son conseil sont esmeuz pour les choses du dict pays de Lenclastre,
sans toutesfoys en fère grand démonstration; car les ayant vollues
remédier par la voye de la justice, envoyant par dellà ung procureur
fiscal, ilz ont veu que cella ne suffizoit, et que plusieurs
ouvertement se déclairoient substrectz de l'obéyssance et jurisdiction
de la Royne d'Angleterre, jusques à ce qu'elle se seroit jettée hors
de l'interdict de l'esglize catholique: dont elle a mandé au comte
Dherby, principal seigneur de tout le dict pays, de la venir trouver,
par prétexte de vouloir assembler toutz ceulx de son conseil, dont il
est l'ung des principaulx, affin de pourvoir à l'estat de ce royaume;
et qu'il veuille mener ses enfans avec luy, pour monstrer qu'ilz ne
sont coulpables d'aulcunes choses qu'on leur a vollu imposer. L'on ne
sçayt encores si le dict comte vouldra obéyr; tant y a, Sire, que je
vous ay bien vollu envoyer le susdict adviz de la Royne d'Escoce, par
homme exprès, affin qu'il vous playse m'y commander vostre vollonté;
et cependant je verray ceste princesse pour l'adoulcyr et modérer, le
plus qu'il me sera possible, sur icelluy, et pour la fère passer
oultre au tretté encommancé.
J'entendz que sire Charles Havard a raporté à la dicte Dame ung grand
contantement du debvoir, qu'il a faict envers la Royne d'Espaigne, et
des honnestes propos, que la dicte Royne d'Espaigne l'a enchargé de
dire à la dicte Dame de sa part, ayant accepté, avec toute affection,
le présent qu'elle luy a envoyé, et ayant faict donner une chayne de
mil ducatz au dict Havart, et une aultre ung peu moindre à son vis
admyral, et encores dix aultres chaynes aulx capitaines des dix
navyres. Sur ce, etc.
Ce XVIe jour d'octobre 1570.
POUR FAIRE ENTENDRE A LEURS MAJESTEZ oultre ce dessus:
Que, par aulcunes lettres, que la Royne de Navarre et Messieurs
les Princes, ses filz et nepveu, et Mr l'Admiral ont escriptes
par deçà, et par des parolles et démonstrations, dont Mr le
cardinal de Chatillon a usé, en prenant congé de ceste court, la
Royne d'Angleterre et les siens demeurent assez persuadez que la
paix de France sera de durée.
Et y sont confirmez davantaige par la réputation, qui court, que
le Roy a prinz une ferme résolution de vouloir que, en cest
endroict. et toutz aultres, où sa parolle interviendra, qu'elle
ayt à estre très certaine et véritable, et que la Royne et
Monseigneur, frère du Roy, interposent, par une bonne
intelligence, si fermement leur conseil et authorité à cella,
qu'il n'est en la main de nul aultre de le pouvoir rompre.
Et a raporté le Sr de Valsingan, qu'encor que le mariage des deux
filles de l'Empereur avec le Roy et le Roy d'Espaigne, et
l'intelligence que ung chacun présumoit demeurer toutjour
secrecte entre la Royne et Mr le cardinal de Lorrayne, et
l'authorité de Monseigneur, frère du Roy, lequel après avoir mené
la guerre et heu plusieurs victoires contre ceux de la nouvelle
religion, ne comporteroit jamais qu'ilz demeurassent dans le
royaulme, fussent trois occasions qu'aulcuns remarquoient pour
réputer la paix fort douteuse; néanmoins ilz jugeroient, à ceste
heure, que c'estoit par la vraye et parfaite intelligence de la
Royne, et de Monseigneur, et de Mr le cardinal de Lorrayne, et de
toutz les Princes avecques le Roy, que la dicte paix se randroit
plus ferme et plus estable; et que mesmes le conseiller Cavaignes
luy avoit dict qu'il s'en promettoit une bien longue
continuation, et en plus d'advantaiges pour eulx que les articles
ne portoient.
Ce qui a remiz en réputation les affères du Roy en ce royaulme,
et croy que de mesmes ilz en sont relevez ailleurs, car
l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, despuys la première foys
qu'il me raporta le jugement, que le duc d'Alve faisoit de la
dicte paix, comme s'il l'estimoit pleyne de dangier pour la
Chrestienté, il dict meintennant qu'il ne faict doubte que le Roy
et son prudent conseil ne l'ayent cogneue nécessaire, et qu'il
faut que Sa Majesté Très Chrestienne la rande utille, et luy face
produyre, non seulement pour luy et pour son royaulme, mais aussi
pour ses voysins et pour toute la Chrestienté, ung vray repos.
Et s'est le dict ambassadeur curieusement enquiz à moy de deux
choses: l'une, si je sçavois que Mr le cardinal de Chatillon eust
parlé en ceste court de tranférer meintennant la guerre, qui est
achevée en France, au pays de Flandres; et de cella il a vollu
que j'en aye sondé le dict Sr cardinal, quant il est venu en mon
logis, lequel m'a tout franchement respondu, qu'il pourrait estre
qu'il en eust parlé comme d'ung commun souhait, que toutz ceulx
de sa religion y avoient; mais non qu'il en vit l'entreprinse
bien preste; et j'en ay satisfaict le dict ambassadeur.
Et l'aultre chose, qu'il m'a demandée, est si j'avois entendu
pourquoy le Roy avoit faict renforcer la garnyson de Péronne, de
St Quintin et des aultres villes de Picardie, et changé celle de
Callais, monstrant que le duc d'Alve en avoit prins quelque
souspeçon; à quoy je luy ay respondu que le Roy n'avoit en cella
que renvoyé les garnysons en leurs lieux accoustumés, car l'on
les en avoit tirez, durant la guerre, pour s'en servir au camp,
et que meintennant il distribuoit en ses frontières ses gens de
guerre pour plus sollager son royaume et pour ne demeurer
pourtant désarmé.
Et, en la mesmes conférance, icelluy sieur ambassadeur, me
magniffiant grandement la ligue[14] qui a esté faicte entre le
Pape, le Roy Catholique, son Maistre, et les Véniciens contre le
Turc, m'a dict que le Roy, son Maistre, s'estimoit estre miz hors
par icelle de tout le dangier de la guerre du dict Turc, et qu'il
n'avoit qu'à contribuer seulement au secours accordé, dont se
trouvoit fort adélivré pour mettre bientost fin à la guerre des
Mores, et pour entendre aulx choses de Flandres, d'Allemaigne et
du costé de deçà;
Que le dict ambassadeur pensoit que l'Empereur enfin entreroit en
la dicte ligue, comme il en avoit une fort grande vollonté, mais
il desiroit le fère par aprobation de la diette, affin d'obliger
les estatz d'Allemaigne à la contribution et au secours de la
dicte guerre.
[14] Cette ligue ne fut définitivement conclue que quelque temps
après, au mois de mai 1571. Don Juan fut nommé général de la
ligue, et remporta, le 7 octobre de la même année, la célèbre
victoire de Lépante. Le pape choisit pour commandant de sa flotte
Marc-Antoine Colonne, et la république de Venise nomma pour son
amiral Sébastien Venicri, qui fut élu doge en 1577.
Et a adjouxté que, si le Roy Très Chrestien y vouloit entrer et
quicter la pratique du Turc, retirant son ambassadeur qu'il a
près de luy, qu'il s'aquerroit ung grand nom et une grande
louange envers le Siège Apostolique et envers toute la
Chrestienté; et, quant il ne bailleroit que quatre gallères de
secours, que son nom et la réputation de la couronne de France y
en vauldroient cent.
Je luy ay respondu que ceste ligue estoit faicte pour la
conservation des estatz, qui estoient exposez aulx entreprinses
du Turc, et que l'Empereur avoit rayson d'y entrer pour l'ocasion
des siens, aussi bien que le Pape et le Roy, son Maistre, et les
Véniciens, car toutz ensemble y estoient bien fort intéressez, et
leurs dicts estatz y couroient de grandz dangiers; mais que Dieu
avoit constitué le Roy et son royaulme en lieu, qui estoit tout
gardé des incursions du Turc; par ainsy qu'il n'avoit à fère
ligue deffencive contre celluy qui ne l'assailloit, ny le pouvoit
assaillir; et seroit en vain consommer ses forces et ses deniers
pour aultruy, et entrer en une guerre non nécessaire; mais que je
croyois bien que, quant toutz les princes chrestiens
conviendroient en une entreprinse de ruyner l'Empire du Turc et
amplier la Chrestienté, et que le Roy y verroit quelque bon
fondement, que ce seroit luy le premier qui y employeroit sa
propre personne et ses forces, aussi bien qu'avoient faict ses
prédécesseurs.
Laquelle rayson le dict ambassadeur a monstré d'aprouver, et a
adjouxté que possible n'estoit on pas trop loing d'une si grande
et vertueuse délibération; et puys a continué me dire que les
Anglois, pour ne pouvoir bien entendre toutz les secretz de la
dicte ligue, la tenoient pour fort suspecte, comme, à la vérité,
j'ay sceu qu'iceulx Anglois discourent entre eulx, qu'ayant le
Pape passé si avant que d'avoir ouvertement interdit cette Royne
et son royaulme, et estant le Roy d'Espaigne fort offancé des
dicts Anglois, et les Véniciens assés mal contantz des prinses et
déprédations de l'année passée, qu'il est à croire qu'on n'a
dressé ceste ligue dans Rome, sans y incérer quelque article bien
exprès contre l'Angleterre, et que le général de la mer qui a
esté créé par icelle, qui est don Juan d'Austria, aspire bien
fort à l'entreprinse.
Néantmoins, le duc d'Alve entretient les dicts Anglois en une si
ferme opinion de l'amytié du Roy, son Maistre, qu'ilz s'en
tiennent trop plus que bien asseurez; et semble que, ny luy de
son costé, ny eulx du leur, ne s'ennuyent de laysser encores les
choses en suspens, sans aultrement les esclarcyr, parce que le
temporiser vient à propos pour chacun, bien que possible non
guières pour les Mestres ny pour leurs estatz, mais pour ceulx
qui les manyent; et m'a l'on asseuré que le dict duc a offert à
ceste Royne de luy envoyer dix mil hommes de guerre, pour la
servyr en ses affères, qu'elle pourroit avoir dans son royaulme,
ou bien contre l'Escoce, si elle en a besoing: mais qu'elle n'a
accepté ny l'ung ny l'aultré, ny ne demeure pour cella trop
dellivrée du souspeçon qu'elle s'est conceue du dict duc.
J'entendz que milord de Sethon, estant arrivé en Envers, a
soubdain envoyé demander audience à icelluy duc jusques à
Bergues, lequel s'est excusé de la luy pouvoir si tost bailler,
pour estre fort empesché à l'embarquement de la Royne, sa
Mestresse; dont le dict de Sethon, ne voulant prolonger les
matières, luy a envoyé incontinent les lettres des seigneurs
d'Escoce et une coppie de son instruction, mais le duc ne s'est
hasté pour cella de luy rien respondre, ains l'a remiz à quant il
seroit en Envers, que le conseil du pays y seroit assemblé; et
cependant il l'a faict convyer à dyner par le marquis de Chetona,
où le secrétaire Courteville s'est trouvé, avec lesquelz il a heu
grand conférance; et despuys il a envoyé icy demander qu'est ce
qu'il aura à respondre, si le dict duc requéroit d'avoir la Royne
d'Escoce entre ses mains, ou qu'elle y veuille mettre le Prince
d'Escoce son filz; s'il inciste qu'elle ne se marye sans le
conseil du Roy Catholique, et qu'elle veuille entrer en ligue
avecques luy, sans exception d'aulcune aultre ligue; s'il demande
avoir quelques portz et places au pays, pour la retrette de ceux
qu'il y envoyera; et finallement, s'il requiert que la réduction
de la religion catholique soit faicte en tout le royaulme, et que
l'aultre en soit chassée, et toutz ceulx qui en sont.
En quoy semble que le dict de Courteville ayt desjà touché toutz
ces poinctz au dict de Sethon, et, quoy que soit, on m'a bien
baillé pour chose asseurée que maistre Jehan Amelthon, qui a
résidé despuys quinze moys, ordinairement, près du dict duc
d'Alve, a esté naguières envoyé par icelluy duc avec deux aultres
gentishommes, ung italien et ung espaignol, jusques en Escoce,
pour recognoistre quelque commode descente; et que le dict
Amelthon leur a monstre les ports et villes de Montroz et
Abredin.
Quant, après plusieurs miennes instances et de Mr l'évesque de
Roz, la Royne d'Angleterre eust, à la fin de septembre, commandé
au secrétaire Cecille, et à maistre Mildmay, d'aller devers |a
Royne d'Escoce, elle ne se peult tenir de jetter quelques motz de
jalouzie des perfections de sa cousine, demandant au dict
secrétaire, s'il se lairroit point gaigner à elle, comme les
aultres, qui l'avoient veue; dont il tomba en ung merveilleux
doubte que le voyage luy fût pernicieux, et escripvit dez lors à
ung sien amy qu'il s'en excuseroit, s'il luy estoit possible, ce
qui donna à penser, estant incontinent après devenu mallade,
qu'il le contrafaisoit, mesmes qu'il ne se sentoit estre bien
vollu de la dicte Royne d'Escoce, et n'estimoit pouvoir raporter
honneur de ceste négociation; tant y a que, ne voulant qu'ung
aultre l'eust, il dellibéra de veincre toutz ces doubtes et
difficultez, mais, premier que de partir, affin d'oster toute
souspeçon à sa Mestresse, il dressa les articles de son
instruction, ainsy durs qu'ils sont contenuz en la lettre du Roy,
et les communica à la dicte Dame, qui les aprouva, et puys au
conseil, où quelques ungs luy remonstrèrent qu'il seroit bon de
les modérer, affin qu'ilz ne malcontentassent par trop ceste
princesse, et qu'ilz fussent aprouvez des aultres princes; mais
il respondit qu'on luy layssât manyer cest affère, lequel il
entendoit très bien, et le conduyroit à bonne fin, à l'honneur de
sa Mestresse et de son royaulme; et qu'il feroit que la Royne
d'Escoce et les princes, ses allyez, ne seroient que bien ayses
d'en passer par là. Tant y a qu'estant sur le lieu, Mr de Roz m'a
mandé qu'il monstre d'avoir une grande vollonté de conclurre le
tretté, et qu'il espère que le retour du Sr de Valsingan, sur
lequel l'on luy avoit faict une dépesche, seroit cause de luy
fère modérer les dures condicions de sa première instruction.
Et m'a le dict sieur évesque mandé davantaige que creinct que les
seigneurs escossois, partisans de sa Mestresse, commençant de
n'espérer guières nul secours de France, condescendront à telles
condicions de tretté qu'on leur vouldra imposer; et que quelques
ungs sont desjà après à s'acommoder à l'authorité du comte de
Lenoz; ny l'arrivée du Sr de Vayrac ne les a peu tant confirmer
qu'ilz veuillent demeurer davantaige en doubte, ny mettre plus en
hazard leurs vies et leurs biens.
Tant y a que le lair de Granges, cappitaine de Lislebourg, a
mandé que, s'il playt au Roy fère descendre mille harquebuziers
seulement ez quartiers, du Nord d'Escoce, qu'il rechassera le
dict de Lenoz et les Anglois plus loing que Barvich, et réduyra
la ville de Lislebourg à l'obéissance de la Royne sa Mestresse,
et qu'il ne sera plus parlé que de l'alliance de France en tout
le royaulme d'Escoce.