AU ROY.

Sire, rendant le Sr de Valsingan compte à la Royne, sa Mestresse, de

la négociation qu'il a faicte en France, j'entendz qu'il luy a faict

ung très bon rapport des louables qualitez de Vostre Majesté, de ce

que ung chacun vous tient pour prince magnanime, constant, certain et

bien fort véritable, et uny par ung grand et naturel amour avec la

Royne vostre mère, et avec Monseigneur vostre frère, desquelz il a

aussi fort dignement parlé; et que, par la force de leur conseil et la

fermeté de voz éedictz, la paix de vostre royaulme a d'estre

perdurable, et voz aultres affères à recepvoir beaucoup

d'establissement: dont la dicte Dame a de beaucoup davantaige estimé,

et heu en plus grand prix, les bonnes parolles de paix et d'amytié,

que Vostre Majesté luy a mandées. Et luy ayant le dict de Valsingan,

par mesmes moyen, touché le propos, que luy avez tenu, de la

restitution de la Royne d'Escoce, vostre belle soeur, avec

l'expression de l'affection qu'il a cognu que vous y aviez; et ayant,

de ma part, faict fère là dessus, le plus à propos que j'ay peu, ung

office par le comte de Lestre, il est advenu que la dicte Dame a tout

incontinent dépesché vers le secrétaire Cecille pour l'advertyr qu'il

ayt à procéder en si bonne façon vers la Royne d'Escoce, qu'il ne s'en

retourne sans conclurre quelque chose avecques elle. Dont, à la

première occasion qui me viendra d'aller parler à la dicte Dame, je

luy confirmeray ceste sienne vollonté, et n'obmettray rien de ce qui

pourra servyr à bien advancer et effectuer le propos, et à establyr

pareillement l'amytié d'entre Voz Majestez.

L'on tient que la Royne d'Espaigne est passée, et que les navyres de

la Royne l'ont saluée et accompaignée jusques en la coste de Biscaye,

et que sire Charles Havart luy a baysé les mains avec ung présent

d'ung beau dyamant, que la Royne sa Mestresse luy a envoyé, qui est

l'ung de ceulx que le Roy d'Espaigne avoit donnez à la feu Royne

Marie, sa soeur, ou à elle, qui sont estimez valoir, l'ung huict mil

ducatz, et l'aultre cinq mil; et que la dicte Royne d'Espaigne, de son

costé, a faict bailler quatre mil ducatz au dict Havart et aulx siens;

mais la vérité et certitude de cecy se sçaura mieulx quant le dict

Havart sera de retour, lequel est encores en mer. Tant y a que ces

démonstrations, lesquels sont devenues toutes aultres qu'on ne les

sembloit préparer du commancement, donnent à cognoistre qu'il n'y a en

effect nulle malle vollonté entre les Espaignols et les Anglois, ains

qu'ilz cerchent de s'accommoder ensemble en gaignant, aultant qu'il

leur sera possible, chacun de son côté, quelque advantaige; dont usent

d'artiffice à fère bien espérer ou à intimider l'ung l'aultre en ce

qu'ilz peuvent; et semblent néantmoins que les dicts Anglois ne

demeurent meintennant sans une grande souspeçon du retour de l'armée

d'Espaigne, par ce mesmement qu'on leur a raporté que une partie

d'icelle est demeurée toute appareillée, et bon nombre de gens pretz à

s'y embarquer en Olande; et qu'ilz sçavent que aulcuns fuytifz et

aulcuns Escossoys sont toutjour près du duc d'Alve pour l'inciter à

quelque entreprinse par deçà: et à ceste occasion, mècredy dernier,

ceste Royne a faict de rechef appeller toutz les officiers de la

maryne à Vuyndesor, mais je ne sçay encores ce qu'elle leur a ordonné;

et est la dicte Dame après a fère cercher deniers de toutz costez.

Les commissaires de Flandres s'attendent d'avoir demain leur congé, et

semble qu'ilz ne s'en retournent guières plus contantz ny mieulx

satisfaictz que quant ilz sont venuz; car, oultre la perte et

diminution qu'ilz ont trouvé ez merchandises, qui estoient encores en

estre, l'on leur a baillé ung compte si désadvantaigeulx de celles qui

ont esté vendues par auctorité de justice, tant au priz que aulx

fraicz, qu'elles ne reviennent pas au cinquiesme de la juste valleur.

Par ainsy l'accord se monstre encores assés difficile à fère, et

cependant l'on ne sçayt si le temps, et la longue souspencion du

traffic, pourra produyre quelque chose de nouveau entre eulx.

Monsieur le cardinal de Chastillon print congé de ceste court lundy

dernier, non sans recepvoir beaucoup de faveur de ceste Royne et

plusieurs présens (de haquenées et de chiens de sang) des seigneurs

d'auprès d'elle; et s'en est allé à Hamptonne attandre la commodité de

son passaige à la Rochelle. Aulcuns demeurent escandalisez des

difficultés qu'on a faictes à Mr le vydame de Chartres à Dièpe, mais

je rendz quelque rayson là dessus, qui monstrent de les satisfère. Ung

agent de Portugal, qui est en ceste ville, dict que le capitaine Sores

s'est esforcé de piller de rechef la Madère, et qu'au retour de ceste

entreprinse il a prins un des galions du Roy de Portugal venant des

Indes, qui estoit demeuré derrière, lequel estoit bien fort riche; de

quoy ung chacun monstre icy estre fort offancé d'entendre ung tel acte

après la paix, et crainct on que de la Rochelle ayt à sortyr beaucoup

de désordre en la mer, s'il n'y est remédié.

J'entans qu'il est arrivé des lettres d'Allemaigne, qui semblent

confirmer ce qu'on avoit auparavant escript de la création du roy des

Romains par le Pape, jusques avoir envoyé une coppie du brevet, et que

ung chacun pense que les princes ellecteurs procèderont à une

contraire ellection de leur part; mesmes qu'il semble que l'Empereur

face toute démonstration d'avoir ignoré et de n'aprouver aulcunement

ceste procédure de Sa Saincteté; et qu'il a esté descouvert qu'on

avoit de rechef incidié à la vie du comte Pallatin. Sur ce, etc.

Ce Xe jour d'octobre 1570.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième · 第 178 / 318 题