Sire, j'ay receu, le XXIXe du passé, les lettres qu'il a pleu à Vostre
Majesté m'escripre, du XXIIe auparavant, par le Sr de Valsingan, qui
me les a envoyées passant par Londres, et m'a mandé qu'au retour de
randre compte à sa Mestresse de ce qu'il a faict en France, qu'il me
viendra voir. Il me semble, Sire, que rien n'a pu venir plus à propos,
pour les présens affères de la Royne d'Escoce, que d'avoir Vostre
Majesté ainsy fermement et vertueusement parlé, comme avez faict, à
l'ambassadeur Mr Norrys et à luy; et dont je ne fauldray de
représanter à leur dicte Mestresse voz mesmes propos, telz qu'ilz sont
contenuz en vostre lettre, la première foys que je l'yray trouver,
ayant estimé qu'il estoit bon, pour aulcuns respectz, de les luy
réserver jusques à la venue d'une aultre vostre dépesche, pour luy
laysser cependant digérer ce faict sur le récit, que le dict de
Valsingan luy fera, des propres paroles et démonstrations qu'il a
ouyes et veues de Vostre Majesté, et aussi pour n'interrompre rien en
la commission qu'elle a donnée au secrétaire Cecille et à Maistre
Mildmay vers la Royne d'Escoce; ausquelz j'ay opinion qu'elle envoyera
en dilligence notiffier la déclaration qu'avez faict à ses dicts
ambassadeurs, affin qu'ilz ne s'en retournent sans résouldre quelque
chose avec elle; ayant plusieurs adviz, de divers lieux, assés
certains qu'il tarde infinyement à la dicte Royne d'Angleterre qu'elle
puysse, en quelque seure façon qui ayt aparance d'honneur et
d'advantaige, se démesler du faict de la dicte Dame, non sans se
repentyr de s'en estre si avant entremise. Et est sans doubte que, si
l'affère pouvoit tumber en la main de quelque aultre, qui le manyât
avec plus de modération que ne faict le secrétaire Cecille, ou que luy
mesmes, après avoir veu la Royne d'Escoce, se volust modérer, et ne
fère plus, sur des petitz momentz, naistre de si grandes difficultez
et longueurs, qu'il a faict jusques icy, que toutz les différans
d'entre ces deux Princesses et leurs deux royaulmes se pourroient
facilement et bientost accommoder, dont de ma part, Sire, je ne
fauldray d'y incister à toute heure; mais la vifve parolle et la
démonstration que Vostre Majesté fera d'un prochain secours, attandant
qu'il s'ensuyve à bon esciant, s'il est nécessaire, y servyront
infinyement.
La dicte Royne d'Angleterre a dépesché ung saufconduict pour les
depputez d'Escoce, et a mandé au comte de Sussex de les bien recepvoir
et honorer, et qu'il advertisse ceulx du party du régent d'envoyer
promptement les leurs. Le susdict de Valsingan a desjà parlé à
quelques ungs de ses amys de la continuation de la paix de France
comme en doubte, alléguant des occasions qui luy font juger qu'elle
aura quelque establyssement, et d'aultres qui lui font croyre qu'elle
ne pourra estre de durée; dont de ce qu'il en a dict, et du rapport
qu'il en aura faict en ceste cour, je mettray peyne qu'il m'en viegne
quelque adviz, affin de le vous mander par mes premières. Il aura
encores rencontré Mr le cardinal de Chastillon en ceste dicte court,
car son congé luy avoit esté différé jusques à hyer.
L'on estime que la Royne d'Espaigne s'embarquera à ce commancement
d'octobre, car, ayant le retour de la lune esté sur un temps propre et
qui sert bien à sa navigation, l'on estime qu'il durera assés pour la
conduyre jusques en Espaigne; dont s'atand de sçavoir comment et en
quelle bonne façon se seront déportez les navyres de la Royne
d'Angleterre à la saluer, et la convoyer le long de la coste de ce
royaume. Les commissaires de Flandres pourchassent leur congé, mais il
semble qu'on le leur prolongera jusques au retour du secrétaire
Cecille, car en son absence rien ne se dépesche; et mesmes l'on a
remiz, à cause de luy, l'ouverture du terme de la justice jusques au
premier de novembre, par prétexte toutesfoys de la peste; laquelle va
néantmoins diminuant, et chacun s'en retourne à la ville. Il semble
que Henry Coban, qui est allé devers l'Empereur, ayt heu charge de ne
presser guières son retour: dont il a cependant renvoyé ung des siens
avec une dépesche, de laquelle je n'ay encores bien aprins le contenu,
si n'est qu'il semble mander que, ne pouvant l'Empereur fère guières
réuscyr aulcune bonne résolution ez choses qu'il a proposées en la
diette, qu'il dellibère bientost la rompre; et j'entandz que le comte
Pallatin a aussi escript qu'il a quelque opinion que le Pape se soit
advancé de créer de luy mesmes, sans attandre la vollonté des
ellecteurs, l'archiduc Charles roy des Romains, et que cella sera pour
admener beaucoup de trouble en Allemaigne; dont est bruict icy que
desjà quelques princes ont esté vers Hembourg, comme pour s'asseurer
d'aulcunes levées de gens de guerre. Sur ce, etc.
Ce Ve jour d'octobre 1570.