Sire, par le retour du Sr de Sabran je demeure assés esclarcy
d'aulcunes choses de vostre intention, lesquelles j'espère que me les
ferés plus parfaictement et plus particulièrement entendre, quant le
Sr de Vassal me viendra retrouver; et vous diray cependant, Sire, que
la Royne d'Angleterre, achevant son progrez de ceste année, arrive
aujourduy à Vuyndesor, où elle dellibère fère du séjour, et y
attandre le retour des gentishommes, qu'elle a envoyé en France, en
Flandres et en Allemaigne, pour, puis après, y assembler son conseil
affin de prendre résolution sur les choses qu'ilz raporteront. Les
commissaires de Flandres, qui estoient allés visiter les merchandises
arrestées ez portz de deçà, dizent qu'ilz y ont trouvé perte et
diminution de plus de la moictié; mais, touchant celles qui sont dans
Londres, l'on leur a faict acroyre que, si le duc d'Alve veut procéder
à ung bon accord de leurs différans, sellon les honnestes offres que
la Royne d'Angleterre luy a faictes, qu'on leur en révellera pour plus
de cent mil escuz davantaige qu'on ne leur a encores monstrées. A quoy
ilz respondent qu'on leur baille premièrement le vray estat d'icelles,
affin d'en fère un certain raport au dict duc, et que, puys après,
l'on pourra facillement parvenir aulx condicions de l'accord; et
veulent, chacun de son costé, gaigner l'advantaige de ce point: dont
le différant s'en entretient plus longuement, mais non sans une grande
espérance que bientost il s'accommodera: car le duc d'Alve et les
principaulx ministres du Roy d'Espaigne, qui sont en Flandres,
monstrent n'avoir aulcun plus grand soin que de regaigner l'amytié de
la Royne d'Angleterre et de s'esforcer de luy complayre; ce que la
dicte Dame, à ce qu'on m'a dict, attribue plus à la paix de vostre
royaume que à leur bonne vollonté: et dellibère, de sa part, de suyvre
et entretenir cella par les meilleures démonstrations qu'elle pourra,
mais non sans qu'elle demeure toutjour en beaucoup de souspeçon et de
deffiance, à cause de la retrette de ses subjectz fuytifz, et de la
légation d'aulcuns Escossoys devers le dict duc en Flandres. Cependant
les dix grandz navires de la dicte Dame demeurent toutjour en la coste
de deçà pour honnorer le passaige de la Royne d'Espaigne, non sans
qu'elle se repente assés de les avoir si tost faictz jetter dehors,
parce que la despance y va grande, et ne se peult juger si le temps
pourra encores servyr, de deux moys, à la dicte Royne d'Espaigne.
Néantmoins il est venu nouveau mandement à Londres de tenir encores
ung nombre de marinyers prestz, comme pour quatre navyres davantaige:
je ne sçay encores à quel effect.
Nous avons tant pressé l'advancement des affères de la Royne d'Escoce
que le secrétaire Cecille et maistre Mildmay ont esté du tout
dépeschez, dez mardy dernier, pour aller devers la dicte Dame, et Mr
de Roz avec eulx, où j'espère qu'il se prendra quelque bon ordre pour
le restablissement d'elle à sa couronne; mais, de tant que, sur les
condicions, qu'on luy propose, plusieurs nous donnent divers conseilz,
je ne m'advanceray d'y intervenir, au nom de Vostre Majesté, sans vous
avoir faict quelque aultre dépesche plus ample et plus expresse là
dessus. Bien me confirme l'on, de plus en plus, Sire, que ceste Royne,
veult résoluement entendre à conclurre le tretté, et que cependant
elle a mandé au comte de Sussex de casser toutes les compaignies
extraordinaires, qu'il avoit levées en la frontière du North.
L'arrivée du Sr de Veyrac en Escoce met ceulx cy en quelque jalouzie,
mais il ne seroit que bon qu'ilz l'eussent encores plus grande, car je
crains bien fort qu'ayant Mr Norrys escript icy que Vostre Majesté est
résolue de n'envoyer nulles forces par dellà jusques au printemps, que
cella leur face prolonger le tretté, soubz espérance qu'il puysse
cependant survenir quelque chose à leur commodité et advantaige. Sur
ce, etc.
Ce XXIXe jour de septembre 1570.