AU ROY.

Sire, estans sortys les dix navyres de la Royne d'Angleterre soubz la

conduicte de sire Charles Havart, ainsy que je le vous ay mandé par

mes précédantes, ilz se tiennent meintennant parez en la coste de

deçà, attandans que la flotte de Flandres se mette à la voyle, et

demeurent ceulx cy assés persuadez que le passaige de la Royne

d'Espaigne sera paysible, sans rien attempter en nul de leurs portz;

mais ilz craignent grandement qu'estant arrivée par dellà, le retour

de l'armée ne soit à leur dommaige, et qu'on n'y embarque des

Hespaignolz pour fère quelque descente en Irlande, ou bien ez

quartiers du North d'Escoce, ou en quelque aultre endroict de ceste

isle, attandu mesmement que milord de Sethon et ung frère du Sr de

Ledinthon sont passez en Flandres, et qu'on dict que le comte de

Vuesmerland et la comtesse de Northomberland sont arrivez devers le

duc d'Alve, et que plusieurs fuytifz de ce royaulme sont en l'armée,

qui va conduyre la Royne d'Espaigne; dont a esté miz icy ung nouvel

ordre de tenir si pretz les aultres grandz navyres de ceste Royne

qu'il n'y puysse avoir une seule heure de retardement, quant ilz

seront commandez de sortyr, et ordonné d'augmenter les vivres, qui y

sont nécessaires pour quelque moys davantaige; bien que la dicte Dame

et les seigneurs de son conseil se contantent bien fort des bonnes

responces, que le dict duc d'Alve a faictes au jeune Coban, en ce

mesmement que, luy ayant faict pleincte de l'ambassadeur d'Espaigne,

de ce qu'il avoit dédeigné de venir devers iceulx seigneurs du

conseil, et qu'à ce moyen l'accord de leurs différans avoit esté

retardé, il luy a respondu que l'ambassadeur avoit quelque rayson de

n'avoir vollu complayre du tout à ce que les dicts du conseil luy

avoient mandé, parce qu'ilz avoient usé de trop dures formalitez

envers luy, et ne l'avoient, il y a tantost deux ans, tretté ny

recogneu pour ambassadeur, et mesmes ceste foys avoient envoyé des

aldremans devers luy comme s'il eust esté crimineulx; néantmoins qu'il

luy escriproit de ne fère plus de difficulté de convenir avec eulx,

toutes les foys qu'ilz le feroient appeller pour tretter des affères

d'entre le Roy, son Maistre, et la Royne d'Angleterre; et ainsy l'a

escript le dict duc au dict ambassadeur, de sorte qu'ilz vont, de

chacun costé, cerchant les moyens de renouer leurs affères et

d'acommoder leurs différans.

La malladie du secrétaire Cecille a donné quelque retardement aulx

affères de la Royne d'Escoce; néantmoins l'on avoit desjà ordonné à

sire Quainols de s'aprester pour aller avec Me Mildmay devers la dicte

Dame, mais se trouvant le dict secrétaire Cecille meintennant ung peu

mieulx, le voyage luy est réservé; et cependant milor de Sussex a

escript que les seigneurs escouçoys, du party de la Royne d'Escoce,

ont tenu une grande assemblée sur les choses que nous leur avions

mandées par milor de Leviston, et qu'ilz y ont prins une résolution,

laquelle ilz envoyent fère entendre à la Royne d'Angleterre par le

dict mesmes Leviston et par aultres leurs depputez, lesquelz il

attandoit du premier jour en la frontière pour leur bailler

saufconduict de passer plus avant. Et mande néantmoins le dict de

Sussex que, en Escoce, l'on ne s'attend guières d'avoir secours de

France; tant y a qu'on m'a dict que madame de Norrys s'est pleincte

grandement à la Royne sa Mestresse de ce que le dict de Sussex est

rentré en Escoce, parce qu'ayant son mary asseuré Vostre Majesté que

cella ne se feroit point, elle craint que ne vous en preigniez

meintennant à luy, et que ne le faciez arrester et resserrer.

Les Françoys, qui sont icy, se préparent pour retourner toutz en leurs

maysons: il est vray qu'entendans qu'à Roan, à Dieppe, à Callais, et

en quelques aultres endroictz, l'on faict difficulté de les recepvoir,

il y en a quelques ungs qui demeurent en suspens, dont envoyent devers

moy pour sçavoir comme ilz en auront à user; et je leur répond que je

n'ay pas de plus expresse déclaration de vostre intention là dessus

que celle qui est contenue par vostre éedict, et que, de ma part, je

ne voy qu'ilz ayent nulle occasion de doubter. Je ne sçay si cella

sera occasion que Mr le cardinal de Chatillon prendra le chemin de la

Rochelle pour voir, de là en hors, comme il se pourra asseurer de

l'establissement de la dicte paix. Mr le vydame, à ce que j'entendz,

part dans deux jours et va passer ou à la Rye, ou à Callais; et, de

tant, Sire, qu'on donne entendre à aulcuns merchans voz subjectz, qui

poursuyvent encores icy la restitution de leurs biens, que tout le

faict des déprédations est remiz par vostre éedict, il vous plairra me

commander ce que je leur en auray à respondre, affin qu'ilz ne facent

dorsenavant la poursuyte en vain.

Il semble que le Sr de Chantonay, escripvant icy à l'ambassadeur

d'Espaigne, luy ayt mandé que l'Empereur n'aprouve guières la paix de

France, comme ne l'estimant de durée; et que la diette se prolongera

beaucoup oultre le moys d'octobre; et que les fianceailles de Vostre

Majesté se feront avant la Toutz Sainctz, sans toutesfoys qu'on y

attande pour cella la venue de Monseigneur vostre frère, mais plustost

celle de monsieur de Lorrayne; et que, estant le comte Pallatin à

Espire, il a entendu que ses ministres avoient presché publiquement

l'arrianisme à Heldelberc, dont il dellibéroit d'aller réprimer une

telle inpiété, mais qu'il fauldroit qu'il corrigeât premier la sienne.

Sur ce, etc. Ce XIXe jour de septembre 1570.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième · 第 170 / 318 题