AU ROY.

Sire, lundy dernier, XIe de ce moys, le sire Charles Havart est sorty

en mer avec dix grandz navyres seulement de ceste Royne et envyron

trois mil cinq centz hommes dessus, envitaillez pour deux moys, dont

les huict centz sont harquebouziers; le surplus de l'armement se va

entretennant en petitz appareilz, sans y donner trop grand haste: dont

semble qu'on se contantera d'honnorer le passaige de la Royne

d'Espaigne de ce nombre de dix vaysseaulx, sans en mettre davantaige

dehors; et qu'on tiendra le reste de l'armée preste pour ung besoing,

si d'avanture quelque ocasion survenoit, comme, à la vérité, ceulx cy

ne se peuvent fyer ny aulx parolles ny aulx démonstrations du duc

d'Alve. Néantmoins ilz ont, despuys la paix de vostre royaulme, changé

de dellibération touchant les choses d'Espaigne, car ayant proposé,

commant que ce fût, de renvoyer ou bien de resserrer estroictement

l'ambassadeur d'Espaigne, j'entendz qu'ilz ont meintennant résolu en

ce conseil de ne parler plus de cella, et que la Royne d'Angleterre se

layssera conduyre à luy permettre de continuer son office vers elle,

si son Maistre le requiert; bien qu'elle ne le peult avoir guières

agréable parce qu'elle estime qu'il a dict et faict aulcunes choses

directement contre elle et contre l'estat de son pays.

Au regard de ce que j'avois escript à la dicte Dame, et aulx seigneurs

de son conseil, de me fère rayson et réparation du dernier exploict,

que les Anglois ont faict en Escoce, la dicte Dame m'a mandé que je ne

vouldray estre si inique juge que de condampner l'une des parties sans

l'ouyr; et que je n'imputeray la coulpe de ce faict au comte de Sussex

son lieuctenant, quant j'entendray que milord Herys et aultres, de la

frontière d'Escoce, sont venuz accompaigner en armes les rebelles de

ce royaume pour courre et piller de rechef la frontière d'Angleterre,

et fère de telles insolances qu'ilz ont donné de très grandes

occasions au dict de Sussex de leur courre sus; choses toutesfoys

qu'elle m'asseure estre advenu sans son commandement et sans

l'ordonnance de son conseil, et en laquelle le dict de Sussex a

procédé de luy mesmes, mais avec telle modération qu'il n'a touché

qu'à ceulx qui l'avoient provoqué, dont le dommaige n'est pas grand,

et il s'est desjà retiré; et elle luy a mandé qu'il ne passe plus

oultre, parce qu'elle est résolue de pourvoir par le tretté à toutz

ces différans, qu'elle a avec la Royne d'Escoce et son royaulme, ainsy

que desjà elle a ordonnée à maistre Mildmay et au secrétaire Cecille

d'aller, pour cest effect, devers la dicte Dame; et, en ce qu'il

semble que je me voulois atacher à sa parolle et promesse, qu'elle me

veult bien dire que je n'ay heu nulle occasion et ne l'auray jamais de

me plaindre qu'elle ne me l'ayt toutjour randue véritable, me priant

de vous donner là dessus, Sire, ceste mesmes satisfaction de

l'expédition de son lieuctenant, affin que Vostre Majesté ne la

preigne en pire part qu'elle n'est. Qui est tout ce que la dicte Dame

et ceulx de son conseil ont respondu à ce que je leur avois escript.

Or, Sire, il semble bien par aulcunes coppies de lettres, que j'ay

veues du dict de Sussex, et par ce que Mr le comte de Lestre m'en a

faict entendre, que ceste entreprinse est advenue sans le sceu de la

dicte Dame, et qu'elle n'en est guières contante; tant y a qu'on ne

désadvouhe pour cella le dict de Sussex, lequel a son garant en court,

et il a cependant porté beaucoup de dommaige d'avoir abattu sept ou

huict maysons nobles et faict le gast partout où il a passé dans le

pays. L'aparance est que ceste princesse veult en toutes sortes passer

oultre au dict tretté, meue de l'apréhention du dangier, où il luy

semble qu'aultrement elle va tumber, lequel les ennemys de la Royne

d'Escoce n'ont de quoy le luy pouvoir meintennant effacer; mais ilz la

font opiniastrer à des condicions trop dures, comme d'avoir le Prince

d'Escoce entre ses mains, quelque place et des ostaiges; dont ceulx,

qui entendent bien les affères, estiment que, pour les bien effectuer,

il est requis que la dicte Dame sente vostre secours en Escoce, ou au

moins si prest d'y passer qu'elle ne le craigne moins que s'il estoit

desjà par dellà.

Je n'ay encores peu savoir quelle est la commission du sire Guilhaume

Stuard, lequel le comte de Lenoz a envoyé; bien m'a l'on dict qu'il

asseure que les seigneurs d'Escoce ont desjà ordonné quelques depputez

pour venir icy, mais nous incisterons qu'on passe oultre sans les

attandre. Sur ce, etc. Ce XVe jour de septembre 1570.

Ainsy que je fermoys la présente, Mr le cardinal de Chatillon m'a

envoyé visiter et dire qu'il avoit esté se conjouyr de la paix

avecques la Royne d'Angleterre, et que bientost il retournera

prendre congé d'elle pour aller trouver Voz Majestez; mais

qu'avant partyr il ne fauldra de me venir saluer, comme

ambassadeur de son Roy et Maistre, et prendre le diner en mon

logis; et qu'il desiroit bien entendre, comme procédoient les

choses de la dicte paix en France, parce que plusieurs

attandoient de le sçavoir pour s'y retirer. J'ay respondu qu'il y

avoit assés longtemps que je n'avois point heu de dépesche, mais

que je sçavois bien que Voz Majestez donnoient bon ordre que la

paix prînt establissement et durée, dont vous plairra me

commander comme j'auray à me gouverner et conduyre envers le dict

Sr cardinal et aultres Françoys qui sont par deçà.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième · 第 168 / 318 题