Sire, despuys mes précédantes, lesquelles sont du cinquiesme du
présent, je n'ay point sorty de mon logis à cause d'une grosse
fiebvre, qui m'avoit desjà surprins, quant j'allay trouver la Royne
d'Angleterre à Vuynck, et ce voyage là me l'augmenta bien fort, parce
que je le fiz par ung bien mauvais temps, de sorte qu'il ne m'a esté
possible de me ravoyr jusques à ceste heure, que, grâces à Dieu, je
commence à me trouver mieulx, et pourray continuer le service de
Vostre Majesté comme auparavant; et si, ne l'ay tant intermiz, durant
mon mal, que je n'aye toutjour heu soing de m'enquérir comme alloient
les affères en ceste cour; d'où l'on m'a raporté, Sire, qu'on y est
fort attendant de sçavoir quelle aura esté la négociation du Sr
Vualsingan devers Vostre Majesté, ainsy que le sir Henry Coban a desjà
mandé, touchant la sienne de Flandres, qu'il a esté bien veu du duc
d'Alve, et bien fort gracieusement receu de la Royne d'Espaigne, et
qu'elle a monstré tenir grand compte du messaige qu'il luy a faict de
la part de la Royne d'Angleterre, sa Mestresse, et luy a grandement
gratiffié non seulement les bonnes parolles et offres, que la dicte
Royne d'Angleterre luy a mandées, mais encores le voyage qu'elle luy
a commandé fère devers l'Empereur, son père; dont, pour ceste
occasion, elle l'a tant plustost licencié avec faveur et avec ung
présent d'une chayne de quatre centz escuz. Il a mandé aussi la belle
distribution et consulte, qui a esté faicte, de beaucoup de bienfaictz
aulx seigneurs de Flandres, à l'arrivée de la dicte Dame; ce que l'on
estime qui confirmera grandement le pays à la dévotion du Roy, son
mary, et d'elle.
Ceulx cy cependant se hastent de getter dix grands navyres dehors, et
maistre Charles Havart, qui a charge d'y commander, est passé, despuys
trois jours, en ceste ville avec les capitaines et gentishommes qui le
vont accompaigner. L'on dit que, parce que le duc d'Alve a miz douze
navyres en mer pour la conserve de la pescherie, que ceulx cy se
veulent trouver en esgalles forces dans ce canal.
Le comte de Betfort est encores au pays d'Ouest, où a semblé, du
commancement, qu'il n'eust esté envoyé que pour dresser certayne
flotte, de laquelle je vous ay desjà mandé que Haquens se préparoit
pour la conduyre aulx Indes; mais s'en estant despuys le dict Haquens
venu excuser envers l'ambassadeur d'Espaigne, et l'asseurer qu'il n'a
point pensé en la dicte entreprinse, et ne cessant pourtant le dict
Betfort de fère toutjour armer et équiper vaysseaulx au dict quartier
d'Ouest, je ne puys fère que je ne suplie très humblement Vostre
Majesté d'en fère donner adviz aulx gouverneurs de voz portz et places
de dessus ceste mer; et je mettray peyne d'en fère aussi advertir en
Escoce, car, pour ceste heure, je ne puys descouvrir rien de plus
particullier de la dicte entreprinse; seulement, Sire, par un nouvel
adviz qu'on m'a donné, je me confirme en l'opinion, que je vous ay
desjà mandée, qu'il est expédiant de changer quelque partie de la
garnyson de Callays sellon que Mr de Gordan estimera qu'il se debvra
fère, en la vertu et vigilance duquel ceulx cy cognoissent bien que
conciste grandement la conservation de ceste place.
Le comte de Sussex a escript freschement une lettre au comte de
Lestre, en laquelle il s'esforce de fère trouver bon son dernier
exploict en Escoce, encores qu'il l'ayt exécuté sans le commandement
de ceste Royne ni de ceulx de son conseil, alléguant qu'il a estimé
importer beaucoup à l'honneur de la couronne d'Angleterre, et bien
fort à sa propre réputation, de ne laysser inpuny ung seul de ceulx
qui ont retiré et soubstenu les rebelles de ce royaulme; et qu'à la
vérité, il se soucye bien fort peu que la Royne d'Escoce et les siens
se trouvent offancez, pourveu qu'il ayt bien servy à la Royne, sa
Mestresse; mais qu'il a entendu que la paix est conclue en France,
sans que la dicte Royne, sa Mestresse, y soit comprinse, ny sans
qu'elle s'y soit entremise si avant qu'on ayt grand occasion de luy en
sçavoir grâce; par ainsy qu'il crainct que Vostre Majesté tourne
meintennant ses entreprinses aulx choses d'Escoce, et qu'il luy semble
que la Royne, sa Mestresse, les doibt accommoder, le plustost qu'il
luy sera possible, avec la Royne d'Escoce, et la restituer par ses
propres moyens, sans attandre que les estrangiers y mettent la main.
Qui est desjà, Sire, bon commancement de veoir réprimé, par
l'establissement de la paix et de vos affères, le cueur de cestuy cy,
qui monstroit de l'avoir merveilleusement obstiné; et le réprimera
aussi, comme j'espère, à plusieurs aultres, qui se débordoient, à
cause des troubles de vostre royaulme, en plusieurs audacieuses
entreprinses contre vostre grandeur.
Or n'ayant, Sire, pour mon indisposition, peu aller trouver la Royne
d'Angleterre, affin de me plaindre du dict comte de Sussex; et estant
aussi Mr de Roz conseillé de n'y aller point, toutz deux avons escript
à la dicte Dame et aulx seigneurs de son conseil, et, pour mon regard,
je leur ay demandé, au nom de Vostre Majesté, que rayson et réparation
soit faicte des choses attamptées au préjudice du tretté, et que la
dicte Dame me veuille mander quelle satisfaction j'auray à donner à
Vostre Majesté de ceste dernière expédition du dict de Sussex, et en
quelle intention elle demeure du susdict tretté; dont l'on m'a desjà
adverty qu'il me sera faict une bien fort bonne responce, aussitost
que le secrétaire Cecille se trouvera ung peu mieulx; lequel, pour
quelque indisposition, n'a ozé, il y a plus de six jours, venir en la
présence de la Royne, sa Mestresse; et maistre Mildmay a esté envoyé
quéryr en dilligence, affin que le dict Cecille et luy, et Mr
l'évesque de Roz s'acheminent incontinent devers la Royne d'Escoce.
Sur ce, etc. Ce Xe jour de septembre 1570.
Je viens d'estre adverty que le sire Guilhemme Stuart est
présantement arrivé d'Escoce, de la part du comte de Lenoz; je
croy que c'est pour mettre quelques mauvais partys en avant: nous
prendrons garde à sa négociation.