AU ROY.

Sire, je n'ay trouvé nouveau l'adviz, qu'on vous a donné, de

l'entreprinse de ceulx cy sur Callais, car je pense en avoir mandé

quasi aultant à Vostre Majesté par le Sr de Sabran, sur le

commancement de juillet, et vous avoir dez lors particullarisé quant,

commant, et en quel lieu, ilz avoient proposé de fère leur descente,

mais que bientost après ilz avoient changé de dellibération, parce

qu'ilz avoient jugé que ce seroit attacher une grosse guerre, de

laquelle ilz n'avoient ny rien de bien prest pour la commancer, ny nul

moyen de la meintenir, sinon par noz troubles, lesquelz ilz voyoient

desjà incliner à la paix; et aussi qu'il m'advint lors de toucher ung

mot à quelcun des leurs de ce que j'en avois senty, et en mesmes temps

Mr de Gordan saysyt des armes qu'on pourtoit à Callais, dont

estimèrent que le tout estoit descouvert, de sorte que leur présent

armement ne monstre qu'il soit à nul aultre effect que pour tenir la

mer, sans pouvoir mettre gens en terre, ainsi que, pour en esclarcyr

davantaige Vostre Majesté, je renvoye ce mesmes courryer pour vous en

aporter l'estat, tel que je l'ay peu recouvrer, duquel encores il s'en

fault beaucoup qu'il soit ainsy bien prest, comme le dict estat le

porte; et ne le pourront avoir si soubdain faict plus grand, ny levé

les gens de guerre que n'en soyons, de quelques jours devant,

advertys. Néantmoins, Sire, ayant premièrement descouvert qu'ilz ont

heu intention de tenter quelque chose sur le brullant desir de

recouvrer Callais, et les voyant à ceste heure (bien que pour aultres

fins) estre en armes, j'ay adverty Mr de Gordan, et les aultres

gouverneurs de vostre frontière, de se tenir sur leurs gardes; et ay

suplié Vostre Majesté, comme je la suplie encore très humblement, de

leur mander de rechef qu'ilz ayent à se monstrer si préparez et

pourveuz qu'ilz facent perdre à ceulx cy toute l'ocasion et la

vollonté, qu'ilz pourroient avoir, d'y rien entreprendre.

La Royne d'Escoce renvoye ung serviteur du Sr Douglas en France,

auquel elle a commiz une dépesche pour Vostre Majesté; et croy, Sire,

qu'elle vous persuade de tout son pouvoir, que, touchant sa liberté et

restitution, vous ne vous en veuillez plus attandre à ce que la Royne

d'Angleterre vous en fera dire ou promettre, car elle pense avoir

assés d'aparans argumens pour juger que l'intention de ceulx, qui

guydent les conseilz de la dicte Dame, n'est aulcunement d'y entendre,

ains de s'opiniastrer, de plus en plus, à sa détention et à luy fère

perdre son estat; ainsy que, despuys le commancement du tretté, ilz

ont, soubz main, faict créer le comte de Lenoz régent en Escoce, et se

préparent à ceste heure d'y envoyer gens, argent et tout aultre

secours pour le maintenir; en quoy la dicte Dame me prie que, quoyque

ceulx cy me puissent dorsenavant alléguer, je ne vous veuille plus

entretenir en aulcune espérance du dict tretté; ains que je vous

suplye très humblement, Sire, d'aller au devant de la malle

entreprinse qu'ilz ont sur elle, premier qu'ilz l'ayent du tout

ruynée, et premier qu'ilz ayent achevé de vous oster une telle allyée,

et l'alliance, et les allyez que vous avez en elle, son royaulme et

ses subjectz. Dont semble bien, Sire, que, ayant Vostre Majesté porté

jusques icy, par voz vertueuses parolles et bonnes démonstrations,

beaucoup de faveur aulx affères de la dicte Dame, lors mesmes que les

vostres sentoyent plus d'empeschement, que, grâces à Dieu, ilz ne font

à ceste heure, s'il vous playt d'en user meintennant de semblables, ou

ung peu de plus expresses, et les fère sonner au Sr de Valsingan,

avant qu'il s'en retourne, qu'elles seront de bien fort grand moment

pour meintenir la cause de la dicte Dame, jusques à ce que y puyssiez,

à bon esciant, adjouxter les effectz. Mais affin, Sire, que voyez

plus clayrement quel il y fera, je vous manderay, du premier jour, par

le Sr de Vassal, le plus particulièrement que je pourray, l'estat de

toutes choses d'icy, et ce que la Royne d'Angleterre m'aura respondu

sur le faict de son armement; laquelle je vays présentement trouver.

Et ne vous diray davantage, Sire, sinon que le jeune Coban s'apreste

toutjour pour passer en Flandres, et ne me suys trompé du jugement,

que j'ay faict, qu'il yra jusques à Espire, dont je mettray peine

d'entendre quelque chose de sa commission. La nouvelle de la paix de

vostre royaulme a esté utille à l'ambassadeur d'Espaigne; car, oultre

qu'elle est cause qu'on ne l'a resserré, l'on luy a despuys faict

beaucoup de favorables démonstrations. Il est vray qu'on a envoyé

surprendre, jusques dans le port de Bergues en Flandres, le docteur

Estory et ung maistre Parquer, toutz deux Anglois catholiques, qui

estoient là depputez par le duc d'Alve sur la visite des merchandises

d'Angleterre pour les confisquer, et les a l'on transportez par deçà,

et tout incontinent miz dans la Tour de Londres; en quoy l'on a

manifestement viollé la franchise des Pays Bas, chose qu'on ne peult

croyre que le duc d'Alve puisse aulcunement dissimuler. Sur ce, etc.

Ce XXVIe jour d'aoust 1570.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième · 第 161 / 318 题