AU ROY.

Sire, il y a trois jours que la Royne d'Angleterre avoit dépesché le

Sr de Valsingan pour aller fère aulcuns offices vers Vostre Majesté,

et pour les fère en une façon, si la paix estoit faicte, et en une

aultre, s'il trouvoit qu'elle fût encores à fère; dont, à ceste heure,

que j'ay envoyé demander audience à la dicte Dame pour la luy aller

annoncer, toute bien faicte et bien conclue, elle m'a mandé que je

seray le très bien venu avec ceste très bonne nouvelle, et qu'elle a

desjà expédié ung sien gentilhomme en France pour vous en aller fère

la conjouyssance de sa part; en quoy je vous suplie très humblement,

Sire, lui agréer, et gratiffier en toutes sortes ceste sienne bonne et

prompte démonstration, ainsy qu'elle s'atend bien que, pour avoir

toutjour ouvertement déclairé qu'elle la desiroit, et pour s'estre

offerte de s'employer à la fère, et mesmes pour avoir, durant la

guerre, rejetté toutes les persuasions qu'on luy a données de se

déclairer de l'aultre party, et avoir encores, sur le pourparlé de

paix, procédé en sorte qu'elle veult bien estre veue d'avoir aydé en

quelque chose à la conclurre, elle se répute avoir grandement mérité

de vostre amytié. Et j'entendz, Sire, que, par mesmes moyen, elle vous

fera tenir quelque propos du faict d'Escoce, estant le dict de

Valsingan principallement envoyé pour notter et comprendre, aultant

qu'il luy sera possible, à quoy, après ceste paix, va l'intention de

Vostre Majesté, tant sur les choses qui ont passé du costé de ce

royaume durant la guerre, que pour voir en quoy vous persévérez

touchant celles du dict pays d'Escoce et touchant la Royne d'Escoce,

vostre belle soeur; dont j'estime, Sire, que le plus de faveur et de

grattiffication que pourrez monstrer sur celles premières, et plus de

fermeté et persévérance ez aultres, sera ce qui plus donra

d'accommodement à vostre service et plus de réputation à voz affères

de deçà. Icelluy Valsingan est tenu icy pour bien habille homme, fort

affectionné à la nouvelle religion, et très confidant du secrétaire

Cecille; qui va desjà fère ung commencement d'essay en la charge que,

à mon adviz, l'on luy a désignée d'ambassadeur ordinaire vers Vostre

Majesté après Mr Norrys. Sur ce, etc.

Ce XIVe jour d'aoust 1570.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième · 第 153 / 318 题