Sire, affin de mettre la Royne d'Angleterre hors de la peyne, où elle
est, de l'aprest qu'on luy a dict que Vostre Majesté faict en
Bretaigne pour envoyer des gens en Escoce, je luy ay, dez mardy
dernier, envoyé demander audience, pour luy fère veoir vostre bonne
responce là dessus en la façon que par voz lettres, du Xe de ce moys,
il vous playt me le commander; et le secrétaire Cecille, ayant conféré
avecques elle, m'a respondu qu'elle ne me la pouvoit si tost ottroyer,
à cause qu'elle se trouvoit mal, comme à la vérité elle faict, de sa
jambe, mais que je luy pourrois escripre cella mesmes que j'auroys à
luy dire. Dont de tant, Sire, qu'on m'a adverty qu'il y a de
l'artiffice en cella, pour fère tremper l'évesque de Roz, et pour fère
en sorte que la dicte Dame renvoye cependant ses forces en Escoce, et
qu'elle face jetter de ses grandz navyres en mer, pour la persuasion
qu'on luy donne que, nonobstant voz bons propoz, qu'avez tenuz à son
ambassadeur, vous ne lairrez d'envoyer gens par dellà; j'ay escript ce
matin à la dicte Dame que, de tant qu'une lettre ne pourroit suffire
pour tout ce que j'avois à luy dire, ny me raporter sa responce, et
que les propos, que j'avois à luy tenir de vostre part, n'estoient
toutz que pour son contantement, que je me garderoys de les employer
ny par escript, ny par présence, en actes si contraires, comme seroit
d'en travailler sa santé, et que partant j'attendrois fort paciemment
et de bon cueur la commodité de sa convalescence; laquelle je prioys
Dieu de luy donner bientost et bien parfaicte.
Je ne suis trop marry, Sire, de ce retardement parce que le comte de
Lestre et ceulx, qui portent faveur à ceste cause, seront cependant de
retour; en l'absence desquelz ayantz les aultres ouy l'évesque de Roz
sur le faict, dont on le chargeoit, d'avoir tretté en secret avec le
comte de Surampthon, et ayantz vollu aussi tirer de luy ce qu'il
aportoit de l'intention de sa Mestresse, sans l'admettre à la présence
de la Royne d'Angleterre, après qu'il s'est bien deschargé de l'ung,
et qu'il leur a heu remonstré qu'il ne pouvoit fère l'aultre pour
aulcunes choses secrectes qu'il ne pouvoit commettre qu'à elle mesmes,
ilz se sont desbordez jusques là de luy dire qu'ilz ne se soucyoient
pas tant de l'advancement de ceste matière qu'ilz le vollussent
presser de la leur proposer; mais, de tant que la Royne d'Escoce et
luy, qui est son ministre, et toutz les princes qui parlent pour elle,
estoient papistes, et par ainsy ennemys de leur Mestresse et de son
estat, qu'ilz tenoient pour très suspect tout ce qui se trettoit de sa
restitution; à l'ocasion de quoy il falloit, avant toutes choses,
qu'elle et luy fissent profession de la religion réformée, et bien
qu'ilz y ayent meslé quelque soubzrire, ce n'a esté toutesfoys sans
parolles véhémentes pour essayer s'ilz pourroient gaigner ce point.
En quoy le dict sieur évesque a usé de saiges responces, qui seroient
longues à mettre icy; mais cependant j'ay descouvert, Sire, comme ne
pouvant ceulx cy vaincre le désir, que leur Mestresse a de sortyr de
cest affère, qu'ilz se sont dellibérez de se tenir fermes et résoluz
aux condicions qui s'ensuyvent: Que la religion protestante soit
establye et confirmée en Escoce; que la Royne d'Escoce se doibve
obliger, par sèrement solemnel, et fère obliger les siens, qu'elle
n'entendra jamais à nul party de mariage, sans l'exprès consantement
de la Royne d'Angleterre; qu'elle chassera les rebelles anglois, qui
se sont retirez en son pays, sans jamais plus en recepvoir, et que
désormais ilz seront randuz mutuellement par l'ung prince à l'aultre
sans contradict; qu'elle cèdera à la Royne d'Angleterre, et aulx
descendans qui procéderont d'elle, tout le droict et tiltre qu'elle
prétend à ceste couronne; qu'elle déclairera, d'ors et desjà, pour son
successeur à celle d'Escoce et à ses droictz prétanduz de ceste cy son
filz le Prince d'Escoce; que le dict Prince sera mené pour être nourry
en Angleterre soubz quelque promesse, que la dicte Royne d'Angleterre
fera, de le déclairer pareillement son successeur immédiat après elle,
au cas qu'elle n'eust point d'enfans; que ligue sera faicte, offencive
et deffencive, entre les deux roynes et leurs royaulmes à jamais, à
laquelle sera donné lieu à Vostre Majesté d'y pouvoir entrer si bon
vous semble, mais soubz des condicions que je n'ay encores peu bien
sçavoir quelles elles sont; qu'il ne sera loysible d'introduyre nul
estrangier en armes, d'où qu'ilz soient, dans le pays, ny par quelque
couleur ou prétexte que ce puisse estre; et, finalement, que Vostre
Majesté baillera ostaiges, à estre icy quelque temps, pour la seureté
des choses susdictes.
Je n'ay encores, Sire, donné cest adviz à l'évesque de Roz, lequel
aussi n'a pas heu loysir de me conférer les offres qu'il aporte de sa
Mestresse; mais Vostre Majesté, s'il luy playt, me commandera de bonne
heure sa bonne vollonté là dessus, affin que je me trouve bien préparé
d'icelle, quant il en sera temps; car j'espère que nos amys vaincront
l'opiniastreté de noz ennemys de ne demeurer trop fermes sur si dures
condicions comme seroient toutes celles icy ensemble.
Au surplus, Sire, il se continue fort que ceste nuée d'Allemans des
nopces du Cazimir yra estre ung orage en vostre royaulme au secours
des Princes et de l'Amyral, ayant le comte Pallatin escript par deçà
que en la dicte assemblée ne seroit rien obmiz de ce qui apartiendroit
au secours de leur religion en France; duquel secours, pour
l'incertitude de l'intention du duc Auguste, les déterminations
n'avoient peu prendre aulcune bonne résolution jusques à ceste heure;
qu'il avoit déclairé que le sien seroit le premier prest, et qu'il
l'envoyeroit à ses despens. Et estime l'on que la dicte assemblée des
nopces a esté principallement projettée pour estre une contrediette de
celle que l'Empereur a assignée à Espire, affin de résouldre, de eulx
mesmes et sans le dict Empereur, les affères d'Allemaigne à la
dévotion des trois ellecteurs laycs, qui semblent avoir tiré celluy de
Colloigne eclésiastique à leur party; et pour ordonner aussi de
l'establissement de leur religion en France et en Flandres, mais
surtout pour empescher que l'ellection du roy des Romains ne se puisse
fère en la personne du filz, ny du frère de l'Empereur, non sans
quelque opinion qu'ilz veuillent, entre eulx et de leur propre
authorité, nommer le dict Auguste roy des Romains. Et de tant, Sire,
que, de jour en jour, me viennent plusieurs indices que ceulx de la
nouvelle religion ont une descente en main en quelcun de voz portz ou
places de mer de dellà, où ilz prétendent mettre deux mil cinq centz
hommes en terre, et qu'à cest effect ilz aprestent ung grand armement
à la Rochelle; et que je sçay que les vaysseaulx du prince d'Orange,
qui sont en ceste mer estroicte, s'y préparent; aussi que j'entendz
qu'ilz sont sur la dellibération s'ilz convyeront les Anglois d'estre
de la partie, lesquelz tiennent quatorze grandz navyres et plusieurs
aultres vaysseaulx en estat, et grand nombre d'hommes enrollés pour
quelque effect; je vous suplye très humblement, Sire, qu'il vous
playse advertyr incontinent les gouverneurs de Normandie, Picardie,
Bretaigne et Guyenne, car je ne sçay proprement où s'adresse leur
entreprinse, qu'ilz ayent à y prendre garde et se préparer si bien
qu'ilz ne puissent estre surprins. Sur ce, etc.
Ce XXVe jour de juing 1570.