AU ROI.

Sire, premier que le comte de Sussex ayt sceu, ou au moins premier

qu'il ayt peu fère sçavoir au capitaine Drury à Lislebourg, l'accord

d'entre la Royne d'Angleterre et moy, touchant retirer les Anglois

hors d'Escoce, icelluy Drury avoit desjà envoyé sommer le duc de

Chastellerault et ceulx de son party, qui estoient au siège de Glasco,

de luy randre les fugitifz d'Angleterre, ou bien de les habandonner,

et surtout de luy donner parolle de ne recepvoir aulcuns estrangiers

dans le pays. A quoy luy estant baillé pour responce par le secrétaire

Ledinthon, qui eut charge de la luy fère, qu'ilz n'estoient prestz ny

de randre les fugitifz, ny de reffuzer aulcun secours estrangier,

ains, si les Françoys ne venoient bientost que luy mesmes les yroit

quéryr, le dict Drury avec ses Anglois, et le comte de Morthon avec un

nombre d'Escouçoys du contraire party, ont marché jusques au dict

Glasco, là, où ne les ayant le dict duc attanduz, ilz ont estimé

qu'ilz pourroient exécuter d'aultres plus grandes entreprinses, s'ilz

passoient plus avant vers Dombertran. Mais estant, sur ce poinct,

arrivé au dict de Sussex l'advertissement de l'accord, il l'a

incontinent envoyé notiffier au dict Drury, affin d'arrester son

progrès; et néantmoins parce que, par une dépesche du mesme jour, il a

escrit à sa Mestresse que les siens avoient commancé de bien fère à

Glasco, et que despuys ilz s'estoient acheminez à Dombertrand, et

qu'en mesmes temps ce que je vous ay mandé, Sire, de la bulle du Pape

estoit advenu, et aussi que de France l'on mandoit y avoir plus grande

aparance de guerre que de paix, la dicte Dame a cuydé délaysser toutz

nos bons propos d'accord pour retourner à celluy, qu'elle avoit

auparavant, de continuer la guerre en Escoce; mais j'avois desjà sa

promesse si expresse du contraire, et le fondement avoit esté miz si

bon aulx bonnes dellibérations; que les mauvais n'ont peu, pour ce

coup, remettre sur les mauvaises, dont avons tant faict qu'il a esté

résolument escript au dict de Sussex d'acomplyr icelluy accord, quant

de l'aultre costé l'on l'accomplyra. Bien luy a esté mandé qu'il ayt à

entretenir toutjours ses troupes en estat de la frontière, de peur de

la descente des Françoys, comme de mesmes a esté ordonné icy que,

pour encores, les grandz navyres ne partent point, mais que, pour la

mesmes peur du passaige des Françoys, l'on les tiegne toutz prestz à

la voyle; et les seigneurs de ce conseil ont mandé à l'évesque de Roz

et à moy qu'on avoit desjà bien advancé de satisfère de leur part aulx

choses promises, et qu'à nous touchoit meintennant de dilligenter

l'exécution du surplus.

Cependant le dict évesque a esté admiz à la présance de la dicte Dame,

laquelle toutesfoys ne l'a receu sinon cérémonieusement et assés

sévèrement, en présence de ceulx de son conseil, à cause des

souspeçons auparavant conceues contre luy; mais après qu'en se

purgeant fort honnorablement, il a heu tout librement confessé qu'il

avoit une seule foys, et non plus, ouy ung messaige du comte de

Northomberland, qui luy offroit de mettre la Royne sa Mestresse en

liberté, et de la ramener en son royaulme, pourveu qu'on luy fornyst

de l'argent, auquel il avoit respondu que sa Mestresse ne vouloit

partir d'Angleterre sans le gré et bonne grâce de la Royne sa bonne

soeur, ny elle n'avoit point d'argent pour luy envoyer; et qu'il a eu

offert qu'au cas qu'il se peult jamais vériffier nulle aultre pratique

contre luy avec ceulx du North, qu'il renonçoyt à toutz ses privilèges

d'ambassadeur, d'évesque, et d'estrangier, et de son saufconduict,

pour se soubzmettre aulx extrêmes punitions des plus rigoureuses loix

de ce royaulme, la dicte Dame a monstré qu'elle en demeuroit

satisfaicte; et l'ayant tiré à part, a receu fort humainement de ses

mains les lettres que la Royne d'Escoce luy escripvoit, et a commancé

de tretter privéement et fort familièrement sur icelles avec luy, de

sorte que, se raportant ceste négociation aulx miennes trois

précédantes, ung chacun juge que la chose s'en va si bien acheminée,

qu'il s'en peult espérer ung assés prochain et assés bon succez.

Je mettray peyne, Sire, de vous expéciffier par mes premières les

poinctz et particullaritez où l'on en est meintennant, et adjouxteray

seulement icy que les seigneurs du dict conseil sont en ceste ville

pour adviser de quelque expédiant avecques les marchantz, touchant

l'accommodement des différandz des Pays Bas; et aussi pour veoir comme

il faudra procéder sur le faict de la bulle du Pape, ayant esté

l'adviz d'aulcuns qu'on debvoit purger et examiner par sèrement là

dessus les principaulx Catholiques de ce royaulme, et procéder tout

incontinent contre ceulx qui se trouveront ou coulpables, ou attainctz

du faict, par la rigueur des loix mareschalles[7], qui portent

condempnation de mort sans figure de procès; mais j'entendz que la

prudence de la dicte Dame ne leur a acquiescé, laquelle ne s'est

vollue esloigner des conseilz des modérez, qui la persuadent de

n'offancer les Catholiques qui luy sont obéyssantz. Sur ce, etc.

Ce Ve jour de juing 1570.

[7] C'est-à-dire, les _lois martiales_. Voyez DU CANGE au mot

_Marescalcialis_, tom. IV, col. 543.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième · 第 116 / 318 题