Sire, ceulx qui sont promptz de nuyre toutjour à la Royne d'Escoce,
voyantz que la négociation que je faisois pour elle commançoyt de
succéder, se sont esforcez d'introduyre l'abbé de Domfermelin pour m'y
donner empeschement; lequel, n'ayant aporté qu'une simple lettre à la
Royne d'Angleterre pour créance, ni pour toute aultre sienne
instruction qu'ung seul blanc de ceulx qui l'ont envoyé, affin d'estre
remply icy par l'adviz de deux de ce conseil, il a vifvement incisté à
la dicte Dame, que, suyvant sa vertueuse dellibération et ses
promesses, elle vollût recepvoir le jeune Roy d'Escoce en sa
protection et le deffandre de la main meurtrière, qui naguières a
faict mourir le père, et bientost après l'oncle; et que meintennant
elle veuille, par son authorité ou par ses forces, fère aprouver les
décrectz qui, durant le gouvernement du dict oncle, ont esté faictz,
tant en faveur du dict jeune Roy que pour l'establissement de la
nouvelle religion en son royaulme; et qu'à cest effect elle envoye
réprimer les Amilthons, lesquels s'esforcent d'infirmer deux si bonnes
causes, et sont proprement ceulx qui ont receu ses rebelles; et qu'au
contraire elle haste son secours à ceulx qui soubstiennent l'une et
l'aultre, qui n'ont onques consenty de les recepvoir; et que beaucoup
d'honneur et de réputation à elle, grande seureté à son estat et
couronne, perpétuel establissement en la religion par toute ceste
isle, et ung très grand proffict et accommodement en toutz ses affères
s'en ensuyvra, sans que, en l'exécution d'une si glorieuse et utille
entreprinse, il s'y voye aulcun dangier, et bien fort peu de
difficulté. Nonobstant lesquelz artiffices, la dicte Dame n'a layssé
de fère confirmer, par le marquis de Norampton et par le comte de
Lestre, à l'évesque de Roz, les mesmes choses qu'elle m'avoit
accordées et qui estoient arrestées entre nous; dont sommes après à
les effectuer. Et cependant est arrivée la responce de la Royne
d'Escoce, sur les ouvertures que ceulx de ce conseil avoient naguières
faictes au dict évesque, lequel a demandé là dessus audience de la
dicte Royne d'Angleterre, qui ne la luy a reffuzée; et aussitost que
j'auray entendu ce qu'y sera tretté, je ne fauldray d'en donner adviz
à Vostre Majesté.
J'entendz que les Anglois, qu'on a envoyez au comte de Morthon, sont
arrivez à Lislebourg sans aulcun rencontre et qu'ilz se tiennent là
sans fère grandz actes d'hostillité, et que le chasteau de Lislebourg
ne respond rien à la ville, seulement les lairs de Granges et
Ledinthon se tiennent dedans avec quelques aultres Escouçoys, qu'ilz y
ont miz de renfort; que le duc de Chastellerault est à Glasco, avec
bonne troupe des siens, lequel soubstient fermement l'authorité de la
Royne, sa Mestresse; et que les comtes d'Arguil et d'Honteley s'en
sont retournez pour s'establyr de mesmes en leurs quartiers. Quant à
l'aprest des six navyres de ceste Royne, il se continue, et de deux
davantaige, qui sont huict en tout des plus grandz, pour les fère
sortir en mer du premier jour avec deux mil hommes, si ne trouvons
moyen de les arrester; mais j'y feray tout ce qu'il me sera possible.
Vendredy dernier estantz trois gentishommes de bonne qualité du North,
qui s'apelloient les Northons, condampnez à mort comme coulpables de
la dernière ellévation, ainsy qu'on les tiroit de la Tour pour les
mener au suplice, le secrétaire Cecille survint en dilligence, qui fyt
surceoyr l'exécution, et parla à eux, et estime l'on qu'il espéroit
trouver en leur dernière déposition quelque vériffication contre la
Royne d'Escoce, et contre le duc de Norfolc, mais ilz n'ont rien dict:
et le lendemain les deux ont esté exécutez. Il semble qu'il se
commance d'ouvrir des expédians pour la liberté du dict duc, auquel
trois de ce conseil sont desjà ordonnez pour aller après demain parler
à luy; et son filz aysné, le comte de Sureth, est arrivé despuys huict
jours, qui est venu trouver le comte d'Arondel son grand père
maternel. Quelcun a bien osé entreprendre d'aposer sur la porte de
l'évesque de Londres une bulle du Pape[6] contre la Royne
d'Angleterre, mais on l'a incontinent ostée, et faict on grand
dilligence de descouvrir d'où elle est venue; mais pour donner
entendre au peuple que c'est quelque aultre chose, l'on a imprimé un
aultre placart.
[6] Cette bulle, en date du 25 février 1570, déclarait Elisabeth
hérétique et schismatique, et relevait ses sujets du serment
d'obéissance. La publication qui en fut faite à Londres causa le
supplice de Felton, mis à mort le 8 août suivant. Elle est
rapportée en entier par CAMDEN, _année_ 1570.
L'on commance, despuys ma dernière audience, d'avoir quelque meilleure
espérance de la conclusion de la paix de vostre royaulme qu'on ne
faisoit; et aussi ung certain messagier, qui est naguière venu de la
Rochelle, semble le confirmer, bien qu'on dict qu'il a esté long temps
en mer. Je mettray peyne d'entendre ce qu'on publiera de la dépesche
qu'il aporte, et d'une aultre qui est freschement arrivée du comte
Pallatin, pour vous donner adviz de toutes deux par mes premières. Les
depputez de ceste ville, qui sont revenuz de Flandres, ont esté desjà
ouys de leur Royne, et puys en son conseil; ilz ont remonstré les
difficultez qui s'offrent encores sur le faict de ces deniers et
merchandises arrestées, et a esté remiz de leur fère responce d'icy à
huict jours, à cause des affères d'Escoce; ce qui me faict juger que,
sellon qu'ilz pourront accommoder les ungs, ilz vouldront reigler les
aultres. Tant y a qu'ilz pensent que, pour le bon succez que le Roy
d'Espaigne commance d'avoir contre les Mores, le duc d'Alve se rend
meintennant plus difficile à cest accord. Sur ce, etc. Ce Ier jour de
juing 1570.