AU ROY.

Sire, le jour que le conseil de la Royne d'Angleterre a esté assemblé

pour dellibérer, devant elle, s'il estoit expédiant ou non qu'elle

entendît à la liberté et restitution de la Royne d'Escoce, de tant que

desjà la dicte Dame estoit aulcunement bien disposée d'y entendre, les

malveuillans n'ont peu empescher que la conclusion ne soit venue à ce

que l'évesque de Roz seroit incontinent mandé pour adviser, avec luy,

comment et à quelles conditions il s'y pourroit moyenner ung bon

accommodement, qui peult estre à l'honneur et à la seurté de la Royne

d'Angleterre, et au commun repoz des deux royaulmes. Sur quoy, estant

le dict sieur évesque appellé, l'on luy a proposé les trois poinctz;

desquelz, en mes précédantes du XVIIe de ce moys, je vous ay faict

mencion: du tiltre de ce royaulme, d'une ligue et de l'establissement

de la nouvelle religion; et y a esté adjouxté celluy que je vous avois

auparavant mandé, de rendre les rebelles; et encores ung cinquiesme,

d'abstenir de tout exploict de guerre entre les deux pays pendant que

aulcuns depputez d'Escoce pourront venir par deçà pour tretter de ces

choses. Mais ce en quoy l'on a le plus incisté au dict sieur évesque a

esté des pleiges et seurtez que sa Mestresse pourra bailler pour

l'accomplissement de ce qu'elle promettra; et si elle sera poinct

contante de mettre son filz et aucuns principaux personnaiges

d'Escoce, comme le duc de Chastellerault, ou ses enfans, ou bien

d'aultres seigneurs, et quelques forteresses ez mains de la Royne

d'Angleterre; et aussi si vous, Sire, vouldrez poinct donner parolle

et bailler ostaiges pour l'entretennement du tretté qui s'en fera,

parce que principallement la dicte Dame desire que vous y soyez

comprins, affin de s'asseurer de la paix avec Vostre Majesté.

Le dict sieur évesque leur a respondu, en général et bien fort

saigement sellon sa coustume, qu'ilz debvoient demeurer très fermement

et bien persuadez de l'affection et intention de la Royne, sa

Mestresse, qu'elle n'en a nulle plus grande, ny plus certaine dans son

cueur, que de donner à la Royne d'Angleterre, et à toute la noblesse

de son royaulme, le plus grand contantement d'elle et la plus grande

satisfaction sur ses affères qu'il luy sera possible, et qu'ilz ne

veuillent aulcunement doubter qu'elle ne condescende très

libérallement à tout ce que la dicte Royne, sa bonne soeur, et eulx

estimeront estre honneste et raysonnable de luy demander; et, quant

aulx particullaritez, qu'ilz venoient de luy desduyre, de tant que les

unes estoient en la puyssance de sa dicte Mestresse et les aultres

non, et que aulcunes sembloient estre assés aysées, les aultres très

difficiles, il les requéroit, en premier lieu, de luy ottroyer sa

liberté, et, après la liberté, d'en aller conférer avec sa dicte

Mestresse, et puys, permission à elle d'envoyer devers les Estatz de

son royaulme, affin de leur communiquer et leur fère bien recepvoir le

tout, sans lesquelz rien ne pouvoit estre bien légitimement arresté là

dessus.

Voilà, Sire, l'ouverture qui a esté desjà faicte en cest affère, sur

lequel en celle partie qui deppend de Vostre Majesté, et toutes en

doibvent assés dépendre, il vous plairra me commander comment j'auray

à m'y conduyre, ayant cependant proposé d'ayder, en tout ce qu'il me

sera possible, l'advancement de la matière, et vous advertyr souvent

de ce qui, jour par jour, s'y fera, et puys sur la conclusion d'icelle

suyvre, le plus près que je pourray, ce que Vostre Majesté m'aura

mandé estre de son intention, et convenable à l'honneur de sa couronne

et utilité de son service. Le dict sieur évesque, ouy l'abbé de

Domfermelin, a esté appellé, mais je ne sçay encores ce qu'il a

proposé, ny ce qu'il pourra avoir obtenu, seulement l'on m'a dict

qu'il a fort incisté d'avoir de l'argent. Or, Sire, j'ay sceu

d'ailleurs que sur ce que les comtes de Morthon, de Mar et de

Glancarve, ont mandé au comte de Sussex, qu'il leur vollût promptement

envoyer ung nombre de gens de guerre, affin de conserver l'authorité

du jeune Roy, premier que tout le pays se fût remiz à l'obéyssance de

la Royne d'Escoce, sa mère, parce que le duc de Chastellerault, pour

y trouver moins de difficulté, s'efforceoyt de fère publier que toutes

choses eussent à s'administrer dorsenavant au nom et par l'authorité

d'elle, durant la minorité de son filz, il a esté mandé au dict de

Sussex qu'il ayt à leur envoyer, tout incontinent, deux mille des

meilleurs et mieulx choysiz soldatz de l'armée, soubz la conduicte du

capitaine Drury, mareschal de Barvich; non que sur ceste dellibération

n'y ayt heu beaucoup de débat dans ce conseil, mais enfin il a esté

résolu que ce ne seroit violler ny enfraindre la paix aulx Escouçoys

que d'envoyer du secours à leur Roy, et qu'il falloit ainsy tenir les

choses divisées de dellà jusques à ce qu'elles seroient composées,

icy, avec la Royne d'Escoce.

J'estime, Sire, que cest affère marchera de mesmes que la paix de

vostre royaulme, car si l'on vous voyt démeslé de la guerre de voz

subjectz, ne fault doubter qu'on ne condescende plus ayséement icy

aulx choses justes et raysonnables que vous vouldrez demander; mais il

semble qu'ilz tiennent pour assés doubteuse la conclusion de la dicte

paix, à cause d'ung discours qui a esté envoyé de la Rochelle sur la

négociation de Mr de Biron avec Messieurs les Princes; et n'ont ceulx

de la nouvelle religion, pour le propos de la dicte paix, layssé de se

pourvoir du plus de crédit de deniers en Allemaigne qu'ilz ont peu; et

desjà y ont envoyé les lettres, ny ne cessent d'y entretenir leurs

pratiques aussi vifves comme si la guerre se debvoit encores

longuement continuer.

Ceste princesse trouve assés de difficulté à lever l'emprunct de trois

mil privés scelz qu'elle a naguières imposez, et n'entreprend d'user

de grand contraincte en l'exaction d'iceulx, de peur de quelque

nouvelle eslévation. L'on attand l'arrivée de deux commissaires, des

quatre qui estoient allez en Flandres, lesquelz viennent pour tretter

d'aulcuns particulliers faicts qu'on leur a miz en avant, pour en

sçavoir l'intention de leur Mestresse. Ung chacun espère qu'ilz

s'accommoderont quant aulx deniers et merchandises arrestées, mais que

néantmoins le libre commerce d'entre les deux pays demeurera encores

en suspend à cause de certaines difficultez de la religion et de la

jurisdiction, dont ne se peuvent bien accorder. Sur ce, etc.

Ce XXIIe jour de may 1570.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième · 第 110 / 318 题