AU ROY.

Sire, ce n'est sans une très grande difficulté, mais non aussi sans

beaucoup d'estime de vostre réputation, qu'il se commance à manifester

quelque effect du bon office, que m'avez commandé de fère icy pour la

Royne d'Escoce; et ne sera encores, comme j'espère, sans quelque

accommodement de voz affères, s'il peult estre conduict à sa

perfection. Il est vray, Sire, qu'il est venu en temps que le feu

estoit le plus allumé, et que la Royne d'Angleterre se sentoit

extrêmement offancée, et que son armée estoit desjà entrée en Escoce;

à l'occasion de quoy le dict office a trouvé de l'obstacle et de

l'empeschement davantaige à estre bien receu. Néantmoins il a esté

proposé tel, et en tel façon, et sur tel rencontre que voycy, Sire, ce

que despuys s'en est ensuyvy:

Que la Royne d'Angleterre n'a poursuyvy la guerre d'Escoce de la mesme

ardeur qu'elle l'avoit commancée, ainsy que mes précédantes vous l'ont

tesmoigné; qu'elle est entrée en ung grand doubte de son entreprinse,

puysqu'elle vous y voyt opposant, et semble bien, que desjà elle

commance de quicter l'obstinée résolution, qu'on luy avoit faict

prendre, d'en venir à boult par la force, pour dorsenavant s'y

conduyre par ung plus modéré expédiant; que les seigneurs de son

conseil en sont entrez en une grande contention et en manifeste

contradiction entre eulx; que ceulx du bon party ont reprins cueur,

qui est d'aultant diminué aulx autres; finalement, que la dicte Dame

monstre de vouloir meintennant beaulcoup plus entendre à la

restitution qu'à la ruyne de la Royne d'Escoce; et en sont les choses

si avant qu'elles doibvent estre débattues à plain fondz, et

déterminées, à Amthoncourt, mercredy prochain, que le conseil y sera

pour cest effect assemblé, et monstrent les malveuillans de reffouyr

assés la lice, dont les amys se disposent, de tant plus gaillardement,

à bien deffandre la cause qu'ilz voyent, Sire, que avez desjà commance

de la prendre à cueur, et qu'ilz ont grand confiance que vous la

favoriserez de mesmes en tout ce qu'elle aura besoing, cy après,

d'estre aydée de parolle, ou des démonstrations, ou des bons effectz

de Vostre Majesté: car sans cella ilz despèreroient non seulement de

vaincre, mais de pouvoir soubstenir les effortz et l'impétuosité des

aultres.

Je ne sçay encores, Sire, que me promettre, ny que vous debvoir fère

espérer de l'yssue de ce conseil, veu l'instabilité que j'ay veue et

souvant esprouvée de ceulx qui en sont, et veu les artiffices de ceulx

qui plus possèdent ceste princesse; lesquelz luy ont desjà formé mil

préjudices dans son esprit contre la Royne d'Escoce. Néantmoins, de

tant qu'on m'a adverty assés en général, et sans grande

expéciffication, qu'elle veult, en toutes sortes, prandre expédiant

avecques sa cousine, et veoir comme elle pourra tretter seurement

avec elle des poinctz qui s'ensuyvent: sçavoir; du tiltre de ceste

couronne, d'une ligue et de la religion; je vous suplie très

humblement, Sire, me commander comme j'auray à me conduyre sur toutz

les trois; s'il convient que j'y intervienne au nom de Vostre Majesté;

et aussi comme, et en quelz termes il vous plairra que, au cas que on

veuille interrompre ou prolonger la matière, je poursuyve l'instance,

que j'ay desjà commancée, pour luy donner l'accomplyment que convient

à l'honneur de la parolle et déclaration de Vostre Majesté.

J'entendz que le lair de Granges, cappitaine du chasteau de

Lislebourg, a esté essayé, par argent et par grandz promesses, de

vouloir prendre le party de la Royne d'Angleterre, mais il a fermement

respondu qu'il sera fidelle jusques à la mort à sa Mestresse; et dict

on que, despuys que l'armée d'Angleterre a heu faict les deux courses

dans l'Escoce, le comte de Morthon et ses adhérans ont esté proclamés

traystres, et rebelles, et autheurs d'avoir introduict les ennemys

dans leur pays.

Barnabé est revenu despuys trois jours de la Rochelle, lequel monstre,

par ses propos, qu'il a esté jusques au camp des princes. Il confirme

bien fort que la paix se fera, et que Mr l'Admyral la désire; de quoy

aulcuns icy mal affectionnez monstrent n'en estre guières contantz.

Ung des gens du prince d'Orange, après avoir toutz ces jours faict de

grandes sollicitations en ceste court, se prépare de partir pour

Allemaigne. Je ne sçay encores avec quelles expéditions il y va. L'on

dict, touchant les différans des Pays Bas, qu'il y a desjà des

articles accordez sur le faict des deniers et merchandises, et que

bientost doibvent venir des commissaires flamans par deçà, pour

conclurre le tout. Sur ce, etc.

Ce XVIIe jour de may 1570.

En fermant la présente l'on m'est venu advertyr que l'abbé de

Domfermelin est arrivé, je ne sçay si cella traversera ce qui est

bien commancé pour la Royne d'Escoce.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième · 第 108 / 318 题