AU ROY.

Sire, ce qui est survenu de nouveau au quartier du North et d'Escoce,

despuys le VIIIe de ce moys, que je vous ay mandé, par le Sr de

Sabran, tout ce que, jusques alors, j'en avois aprins, est que la

Royne d'Angleterre, le jour précédant que je luy fisse instance, de

vostre part, de ne fère entrer ses forces en Escoce, ou de les

retirer, si elles y estoient entrées, avoit desjà mandé au comte de

Sussex d'y retourner par la seconde foys, pour y fère le gast; et le

dict comte n'avoit failly de se remettre incontinent en campaigne:

dont, le XXVIe et XXVIIe du passé, il a marché avecques l'armée

jusques au chasteau de Humes, lequel délibérant prendre par force, et

l'ayant faict recognoistre et aprocher le canon, ceulx qui estoient

dedans envyron quatre vingtz hommes, après qu'on a heu seulement tiré

trois coups, se sont randuz, bagues saulves, le XXIXe dudict moys: et

milord de Scrup qui, en mesmes temps, avoit marché plus avant, a esté

encores ceste foys rencontré par les fugitifz anglois, et par aulcuns

Escouçoys qui l'ont chargé, et y a heu ung assés aspre combat; mais il

s'est retiré avec la perte seulement de huict vingtz des siens, et

sans que le dict de Sussex ny luy ayent passé à plus grand exploict.

Après avoir layssé deux centz Anglois dans le dict chasteau de Humes,

ilz s'en sont retournez, le IIe de may, à Barvich, d'où j'entendz,

Sire, que icelluy de Sussex a incontinent dépesché un gentilhomme

devers la Royne, sa Mestresse, sur divers occasions: sçavoir, sur les

difficultez qui se présentoient plus grandes en ceste nouvelle guerre,

qu'on ne les pensoit du commancement; sur le peu de confiance qu'elle

doibt mettre en ces Escouçoys, qui disent estre de son party; sur

avoir suplément de deniers, affin de complyr le nombre d'hommes que

porte sa commission, car ceulx qui, jusques à ceste heure, sont entrez

en Escoce, n'ont esté guières plus de cinq mil hommes et douze centz

chevaulx en tout; et aussi, si la dicte Dame entend de fère razer le

dict chasteau ou bien le tenir; et, au reste, à quoy elle veult que

son armée s'employe le reste de cest esté.

Sur toutes lesquelles choses l'on m'a dict que, sabmedy dernier, luy a

esté seulement respondu, que la dicte Dame luy gratiffie grandement le

bon debvoir qu'il a faict en ce voyage pour son service, et qu'elle

est après à donner ordre qu'il luy soit bientost envoyé argent et

toutes aultres provisions qui luy font besoing; qu'elle n'est encores

bien résolue du chasteau de Humes qu'est ce qu'elle en fera, mais

qu'il advise cependant de bien entretenir la garnyson qu'il y a mise;

et qu'il ne se haste de lever plus grand nombre de gens de guerre,

mais qu'il dispose si bien ceulx qu'il a avecques luy le long de la

frontière pour la garde d'icelle, qu'on n'y puisse plus retourner fère

les courses, pilleryes et brullement, que par cydevant l'on a faict;

et ne luy ordonne rien davantaige. Je ne sçay si, cy après, elle luy

commandera de rentrer encores pour la troisième foys en Escoce.

Il est quelques nouvelles que milord de Herys a mandé au dict de

Sussex que ses mauvais déportemens contraindroient enfin les

Escouçoys, à leur grand regrect, d'avoir la guerre à la Royne, sa

Mestresse; et que s'il ne cessoit d'entreprendre en leur pays, que non

seulement ilz se mettraient en debvoir, avec le secours des Françoys

qu'ilz attandoient d'heure en heure, de l'aller combattre, mais aussi

d'entrer et venir bruller plus en avant en Angleterre qu'il n'a faict

en Escoce; et dict on que le dict de Herys et le duc de

Chastellerault, entendans que les comtes de Mar et de Glanquerne

s'estoient assemblez avec le comte de Morthon à Lislebourg, pour

s'aller joindre aulx Angloys, se sont venuz loger avec bonnes forces

sur une rivière, et leur ont empesché le passaige. J'espère que par

ces difficultez, et par la déclaration que Vostre Majesté a faicte

fère à la Royne d'Angleterre, elle se layssera ramener à quelque

meilleure rayson. Le comte de Lenoz, à ce que j'entendz, est demeuré

mallade à Barvich, et le sir Randolf l'y est venu trouver. Je ne sçay

encores s'ilz auront mandement de retourner à Lislebourg.

La flotte des draps a heu si bon vent qu'elle peult estre meintennant

arrivée à Hembourg, et, au retour des navyres, qui la sont allés

conduyre, nous pourrons entendre quelque nouvelle d'Allemaigne. Cella

m'a l'on confirmé que les lettres de crédit, que ceulx de la nouvelle

religion ont obtenues icy, y ont esté apportées pour être forny de

dellà, jusques à cent cinquante mil escuz, s'il est besoing, ou si les

draps peuvent avoir bonne vante; et que cependant les premiers

cinquante mil escuz, ottroyez despuys le mois de janvier dernier,

seront en toutes sortes payez contant. L'on espère du premier jour la

conclusion de l'accord sur les deniers et merchandises, qui ont esté

mutuellement arrestées icy en Flandres, et ne pensent les Anglois

qu'il y puisse plus intervenir aulcune difficulté pour l'empescher. Il

est vray que l'ambassadeur d'Espaigne m'a dict que les choses n'en

sont encores si près. Sur ce, etc.

Ce XIIIe jour de may 1570.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième · 第 106 / 318 题