Sire, après que j'auray, dimanche prochain, faict entendre à la Royne
d'Angleterre les louables et vertueux propos qui sont contenuz en
vostre dépesche du XIIe de ce moys, laquelle le Sr de Vassal m'a
randue le XXIIIIe, je vous informeray bien particullièrement de
l'intention, en quoy je l'auray trouvée sur les choses que je luy
proposeray de vostre part; et cependant je diray à Vostre Majesté,
touchant celles d'Escoce, que l'arrivée de vostre ambassadeur par
dellà, et ce qu'on dict qu'avec luy sont arrivez à Dombertran cinq
cens harquebouziers françoys et assés d'armes pour armer encores deux
mil hommes, faict aultrement penser à ceulx cy de l'entreprinse qu'ilz
ont au dict pays, que quant ilz l'ont premièrement délibérée; mesmes
qu'ayantz les principaulx seigneurs d'Escoce desjà heu conférance avec
luy au lieu de Donquel, l'on asseure qu'ilz ont prins, par les lettres
et bonnes offres de Vostre Majesté, une bonne résolution; sçavoir,
ceulx qui estoient demeurez en la foy de leur Royne d'y persévérer
constantment, et ceulx qui se portoient neutres de se déclairer pour
elle; tellement que tous ensemble se sont despuys acheminez à
Lislebourg: d'où les adversayres, avec l'ambassadeur de ceste Royne,
se sont aussitost despartys; et que, illec, ilz ont faict proclamer,
le XIIe de ce moys, l'authorité de leur Royne, là où millord de
Granges a déclairé qu'il tenoit le chasteau de Lislebourg pour elle;
et le duc de Chastellerault, lequel n'est encores eslargy du dict
chasteau, pour quelque occasion bien considérable, s'est aussi
déclairé du costé de la dicte Dame; et, bien que le comte de Mar n'ayt
du tout faict le semblable, il a promiz néantmoins de ne délivrer, en
façon du monde, le jeune prince aulx Anglois, et dict davantaige qu'il
ne le délivrera pas aussi aulx Françoys, ny aulx Espaignolz, ny mesmes
aulx Escoussoys. Et, par ainsy, les choses ont commancé de prandre
quelque train, pour le bien des affères de la dicte Royne d'Escoce, à
l'advantaige et réputation de Vostre Majesté. Mais, Sire, voycy
l'ordre qu'on me dict que ceulx de l'aultre party ont tenu pour y
donner empeschement; c'est qu'ilz se sont incontinent assemblez au
lieu de Domfermelin, où ilz ont résolu deux choses; l'une, de fère
tout sur l'heure aprocher le comte de Lenoz, qui est à Barwich, pour
se porter pour régent de la personne et estat de son petit filz à la
faveur de l'armée de la Royne d'Angleterre qui est en campaigne;
l'aultre, d'accorder et signer les articles de l'instruction qu'ilz
ont baillée à l'abbé de Domfermelin de tout ce qu'il vient dire,
requérir et offrir de leur part à ceste Royne.
Sur quoy l'on m'a donné adviz fort secrect, mais de bon lieu, que
celle partie des dictes forces qui s'est trouvée plus advancée, et la
garnyson de Barwich, en nombre de quatre mil hommes de pied et quinze
centz chevaulx en tout et huict pièces de campaigne, ont desjà marché
oultre les frontières pour favoriser le dict de Lenoz, et qu'il a esté
mandé au comte de Sussex de parfère promptement sa levée de dix mil
hommes de pied et quatre mil chevaulx, et que le susdict Domfermelin
arrivera icy dans deux ou trois jours. L'on estime que les aultres
seigneurs Escouçoys envoyeront millord de Sethon ou millord Boyt
devers la dicte Dame pour l'effect que je vous ay cy devant mandé;
mais je ne laysse pour tout cella d'espérer encores bien des affères
de la royne d'Escoce.
La flotte pour Hembourg est déjà chargée, et commance d'avaller
contrebas la Tamise. Elle est d'envyron cinquante voylles et n'y a que
deux grandz navires de ceste Royne ordonnez pour les conduyre, mais il
y en a aultres trois équipez en guerre soubz la charge de Haquens, qui
y vont, le tout aulx despens des merchans; et, soubz ceste mesmes
conserve, partent aussi les munitions qu'on envoye au North parce que
c'est tout une mesme routte. J'entendz que desjà les lettres
d'eschange, pour le parfornissement de cent cinquante mil escuz cy
devant ordonnez pour Allemaigne, sont expédiées, et qu'elles vont
avecques ceste flotte, oultre soixante mil escuz en espèces, cuillys
sur les esglizes des Flamans qui sont en ce royaulme, que le Sr de
Lombres envoye au prince d'Orange; et luy eust envoyé plus grand somme
sans ce que, à mon instance, la Royne d'Angleterre a deffandu de ne
fère aulcune cuillette de deniers, pour ce prétandu prétexte de la
deffance de la religion, sur ses subjectz, lesquelz s'y monstrent
assés vollontaires.
Ceulx cy font tout ce qu'ilz peuvent, de leur costé, pour parvenir à
quelque accord sur les différans des Pays Bas, et en sont toutjour en
bonne espérance. Sur ce, etc.
Ce XXVIIe jour d'apvril 1570.