Sire, persévérant la Royne d'Angleterre en sa dellibération d'envoyer
des forces en Escoce, elle a faict, despuys trois jours, publier
l'occasion de son entreprinse avec le prétexte et colleur, que Vostre
Majesté verra par la teneur de sa proclamation; et a mandé au comte de
Sussex qu'avec les troupes, qu'il a assemblées à Yorc et à Durem, il
ayt toutjour à s'acheminer à Neufcastel, et qu'il temporise là jusques
à tant qu'il ayt receu les monitions qu'elle a ordonné luy estre
envoyées, lesquelles y pourront arriver envyron la fin de ce moys.
Cependant, Sire, luy ayant le dict comte de Sussex naguière escript
que, pour la nouvelle de sa venue, les Escouçoys prenoient de toutes
partz les armes, avec intention de courre sus à ceulx qui parloient
d'introduyre les Anglois dans le pays; et que desjà milor Herys estoit
aproché avec quelques forces pour luy deffandre les frontières, ceulx
qui ont icy la matière bien affectée ont conseillé à la dicte Dame de
luy respondre que, sellon sa plus ample commission, il ayt à doubler
promptement ses forces pour poursuyvre son voyage; à quoy elle a faict
assés de difficulté, voyant que l'entreprinse se monstroit à ceste
heure plus grande et plus difficille, et de trop plus grand coust
qu'on ne la luy faisoit du commancement, tant y a qu'à leur persuasion
elle le luy a mandé; et néantmoins l'on pense qu'il trouvera assés de
résistance par dellà.
L'on commence à sentyr qu'il y aura assés de difficulté en l'accord
des différans des Pays Bas, parce qu'on offre par dellà de restablyr
toutes choses jusques à la valleur d'une maille; et demande l'on qu'il
soit faict le semblable de ce costé, et mesmes que de ce qui aura esté
substraict, emporté, ou qui se trouvera aultrement dépéry, des
merchandises des subjectz du Roy d'Espaigne, parce que cella est
advenu par la coulpe des Anglois, que le tout soit réparé par eux, en
quoy très difficilement ilz veulent entendre. Néantmoins il y a très
grande affection de chacun costé d'en sortyr. Sur ce, etc.
Ce XXIIIe jour d'apvril 1570.