Sire, l'occasion pour laquelle la Royne d'Angleterre a dépesché,
despuys huict jours, plusieurs courriers vers son pays du North, ainsy
que je le vous ay mandé par mes précédantes du IIIIe du présent, est,
sellon que j'entendz, pour mander aux trouppes et compagnies de gens
de guerre, qu'on a levées en ces quartiers là, de se randre toutes
ensemble à Yorc le XIIe de ce moys; et au comte de Sussex qu'il leur
face fère incontinent la monstre, et qu'il les face acheminer à si
bonnes journées qu'il puysse avoir son armée toute preste à Barvyc, le
premier jour de may; laquelle les ungs disent debvoir estre de dix mil
hommes de pied et cinq mil chevaulx, les aultres de la moytié moins
des ungs et des aultres, ce que, pour encores, je croy estre le plus
certain, mais qu'il a bien commission de lever l'aultre plus grand
nombre, s'il est besoing. Il ne se dict encores ouvertement qu'il
doibve entrer en Escoce, mais il se tient pour résolu qu'il le fera,
si les seigneurs du pays, entre cy et là, ne se trouvent d'accord, ce
que la dicte dame crainct assés; auquel cas, elle regardera ung peu de
plus près comme elle devra poursuyvre l'entreprinse, et possible
adviendra cependant que de l'avoir seulement entamée, elle leur aura
donné plus prompte occasion de se réunyr. Il est bien certain que ses
fuytifz ayant ainsy couru, de jour et de nuict, comme ilz ont faict,
la frontière de deçà, et pillé et brullé les villaiges, et enmené
force prisonniers, luy donnent occasion d'y envoyer des forces pour
leur résister; mais elle dict que non seulement elle les veult
chastier, mais qu'elle veult chastier ceulx qui les ont retirez; ce
qui s'adresse principallement aulx Escouçoys: car l'on m'a asseuré,
quant aux dictes frontières, que, despuys quelques jours, elles se
trouvent assés paysibles, par l'ordre que les Escouçoys mesmes y ont
miz; et que les principaulx chefz des fuytifz sont après à trouver
moyen de passer en France ou en Flandres, ce qui debvroit fère
abstenir la dicte Dame de son entreprinse; mais je crains que ce sera
cella qui l'y convyera davantaige pour luy sembler moins difficile, et
pour vouloir en toutes sortes establir les choses d'Escoce, si elle
peult, à sa dévotion.
Et fault estimer, Sire, que son desseing au dict pays ne peult estre
petit, veu le nombre de canons de batterye, de couleuvrines, de
monitions, d'armes et de vivres qu'elle y envoye. La Royne d'Escoce
luy a naguières escript là dessus, mais l'évesque de Roz, qui est
encores en arrest, ny moi, n'avons peu entendre du contenu en sa
lettre que ce qui concerne seulement sa santé: qu'elle se porte bien,
qu'elle se loue du bon trettement du comte de Cherosbery, et qu'elle
trouve bon qu'il la conduyse en une aultre sienne mayson pour changer
d'air et pour avoir plus grande commodité des vivres. L'on attend
l'arrivée de l'abbé de Domfermelin, et le comte de Lenoz est desjà
party, duquel l'on ne se peult si bien asseurer qu'on ne voye encores
plusieurs difficultez en son voyage, et se parle de quelque marché sur
le comte de Northomberland, que ceste Royne donnera quatre mil {lt}
d'esterlin pour lui estre livré entre ses mains, par où semble qu'il
soit encores dans le chasteau de Lochlevyn; et, à la vérité, Sire, je
n'ay peu encores avoir assés de certitude des choses de dellà, car les
passaiges sont trop serrez, et ce qui en vient en ceste court est tenu
bien fort secrect, ou bien l'on le baille tant au contraire de ce qui
est que je n'y donne poinct de foy. J'espère que par d'aultres moyens,
que nous avons essayez, il nous en viendra bientost quelque notice.
Quant à l'emprunct, dont en mes précédantes je vous ay faict mention,
j'entendz que la dicte Dame a fait expédier mil Ve lettres de son
privé scel, la moindre de cinquante {lt} d'esterlin, et la pluspart de
cent, aulx particulliers bien aysez de son royaulme pour luy estre
forny par chacun sa cothe part en ceste ville de Londres, dans le
prochain moys de may; dont faict estat qu'il montera à la somme de
cent cinquante mil {lt} d'esterlin, qui est cinq centz mil escuz. L'on
commance de préparer une flotte de draps pour Hembourg et deux navyres
de guerre pour la conduyre aulx despens des merchans; mais plusieurs
estiment que ce sera pour aller en Envers, et que les depputez
conclurront quelque chose sur ces différans, affin de pouvoir
continuer leur mutuel traffic comme auparavant. Ceulx cy demeurent en
grand suspens sur la longueur du tretté de paix de Vostre Majesté, et
semble, Sire, qu'ilz en désirent et qu'ilz en craignent tout ensemble
la conclusion pour des considérations et respectz, qui sont assés
divers, dont je suys après d'en vériffier ce que desjà l'on m'en a
dict, affin de vous rendre plus claire leur intention. Sur ce, etc.
Ce IXe jour d'apvril 1570.