AU ROY.

Sire, les dernières lettres que je vous ay escriptes et l'instruction

que j'ay baillée au Sr de Vassal, qui les vous a aportées, vous auront

donné assés ample notice de ce qui estoit advenu de plus principal en

ce royaulme, jusques à la datte d'icelles, laquelle est du lendemain

de Pasques. Meintennant j'ay à dire à Vostre Majesté que les festes se

sont passées bien paysiblement en ceste court, sans qu'il y soit

survenu aulcune chose de nouveau, par où ceste Royne et les siens

ayent monstré d'en estre esmeuz davantaige; et toute expédition

d'affères a cessé, s'estans la pluspart des seigneurs de ce conseil

absentez en leurs maysons pour y fère la solempnité; et a l'on espéré

que les choses, desquelles l'on craignoit debvoir le plus advenir de

mouvement en ce royaulme, comme sont celles de ces seigneurs mal

contantz, celles de la Royne d'Escoce et celles de la religion,

seroient bientost réduictes à quelque modération, ayant la dicte Dame

faict une soubdaine faveur au comte d'Arondel de l'admettre à luy

venir bayser les mains, le jour du Jeudy sainct, avec une gracieuse

satisfaction de ce qu'elle luy avoit faict sentyr son courroux sur le

faict du mariage du duc de Norfolc avecques la Royne d'Escoce, parce

qu'on l'avoit asseurée que c'estoit luy qui en estoit l'autheur: de

quoy il s'est excusé, et qu'il n'avoit esté que en la compaignie de

ceulx qui en avoient parlé comme de chose qu'ilz estimoient convenable

au service d'elle, et au bien et repoz de son royaulme, et en laquelle

ilz n'avoient jamais entendu qu'on y deubt procéder, sinon avec son

bon congé et consentement; et que, de sa part, il ne seroit jamais

trouvé aultre que son très fidelle subject et très loyal à sa

couronne. Et ainsy luy ayant dès lors randue sa pleyne liberté, il

s'en retourna pour quelques jours en sa mayson de Noncich, avec

promesse de revenir en brief trouver la dicte Dame pour résider près

d'elle, autant qu'il luy plairoit le commander; et à l'évesque de Roz

fut donnée parolle qu'il seroit eslargy dans trois jours, mais despuys

luy fut mandé que par ung mesmes moyen, après les festes, la dicte

Dame le feroit mettre en liberté, et luy permettroit de venir tretter

avec elle des affères de sa Mestresse; et aulx Catholiques n'a esté

usé d'aulcune rigueur ny recerche à ces Pasques; mais aulcuns pensent

que toute ceste gracieuse démonstration se faict pour gaigner le

temps, et pour amortyr les entreprinses qu'on crainct devoir estre

cest esté.

Aultres ont opinion que, à bon escient, l'on veult accommoder les

affères, et plustost plyer ung peu que venir au dangier de rompre,

dont le temps nous fera veoir ce qui en sera; tant y a que le comte de

Sussex marche toutjours vers le North, avec quatre mil hommes de pied

et douze centz chevaulx, et que l'admyral Clinton est après à lever

encores (à ce qu'on dict) des gens de pied et de cheval vers son pays

de Linconscher pour s'aller joindre à luy; et a l'on tiré, ces jours

passez, de la Tour trente chariotz d'armes et de monitions, et créé

des cappitaines de pionnyers pour leur envoyer; ce qui donne à penser,

avec d'aultres adviz précédans, qu'on a intention de dresser camp, et

d'entrer en Escoce; vray est que la sayson ne semble propre pour

commencer encores ceste guerre, jusques à la fin d'aoust, car jusques

alors ne se trouvera vivres au dict pays du North ny en toute la

frontière d'Escoce.

L'on continue de dire que les seigneurs Escouçoys font aller toutes

choses dans leur pays à l'advantaige de la Royne, leur Mestresse, et

qu'ilz ont faict proclamer son auctorité, et qu'il ne reste des grands

du royaulme que quatre que toutz ne soyent pour elle. L'on dict qu'ilz

ont encores remiz jusques au premier jour de may la tenue de leurs

Estatz. Sur ce, etc.

Ce XXXIe jour de mars 1570.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième · 第 83 / 318 题