Sire, il n'y a que quatre jours qu'ung navyre de la Rochelle est
arrivé, dedans lequel sont venuz aulcuns françoys qui ont esté
incontinent devers Mr le cardinal de Chatillon à Chin; et luy, à ce
que j'entendz, despuys avoir parlé à eulx, a faict démonstration en
ceste court, de désirer plus la paix que de l'espérer; et sont arrivez
aussi, dans le mesmes vaysseau, sèze allemans qui s'en retournent en
leur pays assés mal contantz. Cependant le dict sieur cardinal a
envoyé solliciter la subvention des esglizes protestantes de ce
royaulme, avec grand instance d'avoir promptement celle que les
estrangiers ont offerte, de laquelle il a desjà retiré quelque somme;
mais celle des Flamens, qui est la plus grande, ne luy est venue
entière comme il pensoit, parce qu'ilz l'avoient accordée
principallement pour le prince d'Orange, en intention qu'il descendît
en Flandres; dont, voyantz à ceste heure que c'est pour la guerre de
France, aulcuns reffuzent de payer, et m'a esté raporté que aus dicts
Flamens est venu ung adviz d'Allemaigne que le dict prince a bien des
forces, mais qu'il ne les peult bonnement employer durant la guerre de
France, sinon en la Franche Comté, sur le chemyn du secours qui va
trouver monsieur l'Admyral, affin de ne s'esloigner les ungs des
aultres; et m'a l'on asseuré que, le neufvième de ce moys, ung facteur
du sir Grassein a esté dépesché en Hembourg, pour aller donner ordre
aulx deniers, qui doibvent estre payez en Allemaigne sur le crédit des
merchans de ceste ville. Ung homme du comte Pallatin est freschement
arrivé, et encores, despuys luy, ung capitaine itallien nommé Roc,
lequel, quatre moys a, avoit esté dépesché en Allemaigne, mais je n'ay
sceu encores au vray ce qu'ilz raportent.
Le comte de Sussex est sur son partement pour aller au North, et les
quatre mil hommes de pied et douze centz chevaulx, qu'il doibt mener,
sont desjà devant. L'on a tenu plusieurs assemblées de conseil sur sa
dépesche, dont bientost se pourra entendre quelque chose de ce qu'y
aura esté résolu. Il semble que des cinq cens harquebouziers qu'on
levoit de nouveau en ceste ville, l'on n'en fornyra encores les
navyres, et qu'ilz seront envoyez en Irlande, où j'entendz que les
saulvaiges ont donné une estrette aulx gens de Millord de Sydenay;
mais ceulx cy le tiennent fort caché.
J'ay obtenu enfin de la Royne d'Angleterre de pouvoir envoyer les
lettres de Voz Majestez, que Mr de Montlouet m'avoit laissées, à la
Royne d'Escoce, par un secrétaire de Mr l'évesque de Roz qui les luy à
dellivrées bien clozes en ses mains, en présence du comte de
Cherosbery; et la dicte Dame a envoyé la response, laquelle est
encores devers le secrétaire Cecille, qui ne la dellivrera jusques à
ce que le dict sieur évesque de Roz ayt esté ouy et examiné, lequel
pour cest effect a esté mené despuys devant hyer à la court, soubz la
garde de six serviteurs de l'évesque de Londres; et la dicte Royne
d'Escoce a trouvé moyen de me fère tenir en chiffre le petit mémoire
cy encloz[4], où Vostre Majesté verra ce qu'elle continue de vous
requérir. Elle se porte bien de sa santé, mais craint bien fort
d'estre remise ez mains du comte de Huntinthon ou du visconte de
Harifort, desquelz deux elle se craint comme de ses grandz ennemiz.
Nous espérons avoir en brief quelque certitude des choses d'Escoce.
Sur ce, etc.
Ce XIXe jour de mars 1570.
[4] A partir de cette époque, les pièces jointes aux dépêches ont
cessé d'être transcrites sur les registres de l'ambassadeur.
_Par postille à la lettre précédente_.
Le comte de Pembrot morut hyer en ceste court; l'on ne dict
encores qui sera son successeur en l'estat de Grand Mestre, mais
cy devant à esté parlé du comte de Betfort.