Sire, quant j'ay dépesché le Sr de Sabran devers Vostre Majesté, le
IIIIe de ce moys, je l'ay instruict, le plus particullièrement que
j'ay peu, de l'estat des choses qui se passent icy, lesquelles
continuent en l'apareil de guerre, qu'il vous aura dict, de lever
toutjours soldatz en ceste ville de Londres et ez envyrons, pour les
envoyer au North; et dilligenter l'aprest des navyres; et fère les
provisions pour iceulx; et cercher deniers de toutes partz, bien que
la malladie, intervenue là dessus, de Mr le comte de Lestre, a donné
quelque peu de retardement aulx dellibérations de ce conseil, lequel
ne s'est assemblé durant son grand mal, mais à présent il se porte
bien; et aussi que toutz en ces choses ne se sont trouvez d'accord en
ceste court, néantmoins j'entends qu'on y a résoluement conclud
l'entreprinse d'establyr, par toutz les moyens qu'on pourra, le
gouvernement d'Escoce ez mains de ceulx qui ont relevé la part du
comte de Mora, parce qu'ilz se monstrent fort contraires aulx fuytifz
d'Angleterre; et se soubmettent à la protection de ceste Royne; et luy
demandent le comte de Lenoz pour régent; qui sont choses qu'elle
trouve bonnes, et qui sont conformes à ce qu'elle desire pour tenir
le dict royaulme divisé, et avoir toutjour l'une des partz à sa
dévotion. Je ne sçay si l'assemblée des Estatz, qu'on attandoit au
dict pays le IIIIe du présent, aura esté tenue, et si elle aura heu
nul effect; il ne s'en dict encores rien, et croy qu'il sera bien
tard, quant j'en auray des nouvelles, car l'on tient les passaiges
bien fort serrez.
Cependant la Royne d'Angleterre est entrée en grand deffiance sur ce
que Mr Norrys son ambassadeur luy a escript que Voz Majestez Très
Chrestiennes luy ont tenu quelque propos fort exprès sur les affères
de la Royne d'Escoce et de son royaulme; duquel je n'ay encores
entendu le particullier, sinon qu'on m'a dict que la dicte Dame en est
fort fâchée, joinct que, par le mesmes pacquet, le dict ambassadeur
luy a envoyé ung discours, imprimé à Paris, sur les troubles de son
royaulme, qui ne parle à l'advantaige d'elle ny de ceulx qui
gouvernent ses affères; et d'abondant elle a sceu qu'un homme de son
dict ambassadeur a esté naguyères arresté à Amiens, et que son
pacquet, qu'elle luy avoit baillé à porter, luy a esté osté;
desquelles choses il n'est pas à croyre combien elle s'en trouve
offancée, et combien les siens en sont mutinez, jusques à dire qu'il
vauldroit mieulx venir à une guerre déclairée, et que leur ambassadeur
s'en retornât, et que je me retirasse, que d'user de tels déportemens;
dont, de tant que je les ay fort asseurez que la publication du dict
discours, ny la détention du pacquet ny du messagier, ne sont
aulcunement procédées du vouloir ny commandement de Voz Majestez, je
vous suplie très humblement, Sire, qu'il vous playse luy en fère
donner quelque satisfaction, comme d'accidens que vous n'aviez ny
préveuz, ny pensez, et luy fère aussi satisfère sur une pleinte,
qu'elle m'a faicte renouveller, de certains pescheurs de Dièpe et
aultres de dellà, qui abusent en la coste de deçà de leur forme de
pescher et de leurs filetz contre l'ordonnance du pays, affin de ne
mesler si petites choses avec les plus grandes, qu'avez à démesler
ensemble.
Le Sr de Garteley s'en est revenu très contant en toutes sortes de Voz
Majestez; il a heu congé de passer en Escoce, mais non d'aller veoir
la Royne sa Mestresse, à laquelle toutesfoys nous avons trouvé moyen
de fère entendre tout l'effect de son voyage, de quoy je m'asseure
qu'elle aura receu grande consolation.
Millord de Lomellé a heu ampliation de son arrest, luy ayant esté
permiz d'aller demeurer avec le comte d'Arondel son beau père à
Noncich, et de pouvoir jouyr de l'air et de l'esbat des champs deux
mil à l'entour, ce qui donne espérance de veoir bientost quelque
modération ez affères de ces seigneurs.
Les depputez de Flandres, estantz prestz à partir, ont trouvé quelque
deffectuosité en leurs charges et pouvoirs qui les a retardez huict
jours, mais j'entendz qu'ilz s'acheminent demain, et le Sr Thomas
Fiesque avec eulx, avec opinion de pouvoir accorder facilement le
faict des merchandises, mais difficilement celluy des deniers. Sur ce,
etc.
Ce IXe jour de mars 1570.