Madame, ayant la Royne d'Angleterre remiz à fère, d'icy à quatre
jours, responce à Mr de Montlouet et à moy sur les choses qu'il luy a
proposées de la part de Voz Majestez, il n'y auroit guières lieu de
vous dépescher ce pacquet jusques alors, n'estoit la nouvelle qui
cependant est survenue de la mort du comte de Mora; laquelle je ne
vous veulx aulcunement retarder, pour l'aparance qu'il y a que
d'icelle ayt à naistre bientost beaulcoup de nouvelletez en Escoce, et
possible assés de mutation ez choses de ce royaulme, où ce coup se
faict desjà tant sentyr, qu'il semble qu'en la court, et par tout le
pays, ung chacun en soit bien fort esmeu; et n'a la dicte Royne
d'Angleterre, après l'avoir sceu, différé que bien peu d'heures de
dépescher Randolf en Escoce, pour fère en toutes sortes qu'on y
substitue ung aultre régent, qui soit pour persévérer aulx mesmes
trettez qu'elle avoit avecques le deffunct, avec offres d'argent et de
forces pour meintenir l'authorité de celluy qui le sera, et pour
empescher que aulcuns estrangiers puissent estre appellez contre luy
dans le pays; dont aulcuns estiment que le frère du dict de Mora
tiendra meintenant ce lieu. En quoy Vostre Majesté considèrera, au cas
que Mr de Montlouet n'ayt permission de passer jusques en Escosse par
terre, s'il sera expédiant d'y dépescher ung aultre par mer, qui y
puisse arriver avant que les choses y soient establyes à la dévotion
des adversaires de la dicte Royne d'Escoce. L'on a adviz icy que
Dombertrand a esté avitaillé par deux navyres françoys, dont ne fault
doubter que le party de la dicte Dame ne s'en trouve grandement
confirmé dans le pays, et je sçay qu'il en faict grand mal au cueur à
plusieurs en ceste court. Sur ce, etc.
Ce IIe jour de febvrier 1570.