Mais un pas restait à faire pour légaliser la révolution et ses
progrès. Chaque député, au moment de son élection, avait reçu de ceux
qui l'avaient nommé une sorte de mandat ou d'instruction. De telles
instructions, de tels mandats, donnés à une époque où l'on pouvait à
peine prévoir l'état de choses qui, depuis, s'était produit,
limitaient ou semblaient limiter l'action d'un député aux points
particuliers qui avaient spécialement attiré l'attention de ceux qui
l'avaient nommé. Le parti conservateur prétendait que ces mandats
étaient impératif; le parti libéral soutenait qu'ils ne l'étaient pas.
D'après la première supposition, les états généraux ne pouvaient que
donner satisfaction à quelques griefs; suivant l'autre, ils pouvaient
créer un système de gouvernement tout à fait nouveau. L'évêque
d'Autun, dans le premier discours qu'il fit à l'Assemblée nationale
(discours qui produisit un effet considérable), parla en faveur de sa
liberté et de celle de ses collègues, et ses vues, comme il était
naturel, furent assez facilement adoptées par un corps qui, sentant sa
force, avait à définir lui-même son pouvoir. De sorte qu'à l'adoption
de deux grandes décisions,--l'une changeant les états généraux en
_Assemblée nationale_, l'autre étendant et fixant l'autorité de cette
assemblée,--décisions qui, quels que soient leurs autres résultats,
furent au moins fatales au pouvoir et à l'influence de la classe à
laquelle il appartenait par sa naissance, mais dont il avait été,
malgré lui, exclu dans son enfance,--fut attaché d'une manière
ineffaçable le nom de ce cadet infirme que la maison princière de
Périgord avait traité avec dédain et qu'elle continuait à déshériter.