GRATE. Le bénéfice accordé aux commis de nouveautés sur la vente de
certains articles.
GRATIN. Le gratin, c'est dans l'argot boulevardier l'ensemble du monde
élégant ou soi-disant tel. «Les échotiers mondains ont trouvé un mot
assez pittoresque, mais par trop irrespectueusement culinaire, pour
désigner ce que nos pères--non moins pittoresques, mais plus fleuris dans
leur langage--appelaient le dessus du panier. Le mot des échotiers
sus-mentionnés, c'est le _gratin du gratin_.»
«Elles (les jolies femmes) essaiment comme des papillons. Plus de thés au
coin du feu, plus de raoûts intimes où elles ne reçoivent que le gratin.»
(Du Boisgobey: _Le Billet rouge_.)
De _gratin_, on a forgé le verbe _gratiner_, suivre la mode, être à la
mode et l'adjectif _gratinant_, signifiant beau, joli, distingué. «La
toquade pour l'instant, c'est la fête de Neuilly, c'est là qu'on gratine.
Ce qui veut dire en français moins gommeux: c'est là que le caprice du
chic amène tous les soirs hommes et femmes à la mode.» (_Monde illustré_,
juillet 1882.) «Grand raoût chez la comtesse S..., un des plus gratinants
de la saison. Tout le faubourg y est convié.» (_Figaro_, mars 1884.)
GRELOTTEUX, GRELOTTEUSE. Homme, femme à la mode. Le grelotteux et sa
compagne la grelotteuse ont succédé en 1884 au gommeux et à la gommeuse.
Et maintenant pourquoi grelotteux?
Sans doute parce que le plus souvent, épuisés par les orgies, énervés par
la vie qu'ils mènent, grelotteux et grelotteuses n'ont plus qu'un sang
appauvri, une santé délabrée qui les font trembler à la moindre
intempérie. «On rencontre des grelotteux (c'est, je crois, le dernier
terme en usage) avec l'habit noir et la cravate blanche chez Bidel...»
(_Moniteur universel_, juillet 1884.) «La baraque à Marseille (un
lutteur) continue à être chaque soir le rendez-vous du gratin de nos
horizontales et de nos grelotteuses.» (_Echo de Paris_, juillet 1884.)
«Aujourd'hui le clubman est remplacé par le grelotteux qui dîne au
bouillon Duval.» (_Gil Blas_, octobre 1885.)
GRECQUER. Tricher au jeu. _Se faire grecquer_, se faire voler au jeu.
«J'ai rencontré mon vieux camarade Mavernot qui venait de se faire
grecquer dans un tripot clandestin.» (_Gil Blas_, juillet 1884.)
GRÈVE. Lieu d'embauchage pour les ouvriers. Pris dans ce sens, le mot n'a
point la consécration du _Dictionnaire de l'Académie_ et ne se trouve
pas davantage dans le _Dictionnaire_ de Littré. C'est d'ailleurs moins un
terme d'argot qu'un néologisme employé aussi bien par le peuple que par
l'Administration qui s'en sert dans ses avis officiels, ainsi qu'en
témoignent les _Ordonnances de Police_. «Une des grèves les plus
curieuses de Paris (ici le mot grève est pris dans le sens de lieu
d'embauchage où se réunissent les ouvriers), est celle qui se tient rue
Vaucanson, au coin de la rue Réaumur.» (_Rappel_, octobre 1884.)
GRILLANTE. Cigarette. Argot du peuple.
GRILLER (Se faire). Se faire arrêter, se faire mettre en prison. Les
fenêtres du poste de la prison sont garnies de grilles.
GRIMACE. Petite boîte en usage dans les administrations publiques et qui
renferme des pains à cacheter. Le dessus de la boite sert de pelote à
épingles.