_Poser un pruneau._ Levare ventris onus.
PRUNEAUX, s. m. pl. Yeux.
_Boucher ses pruneaux._ Dormir.
PRUNE DE MONSIEUR, s. f. Archevêque,--dans l'argot des voleurs, qui
savent que ces prélats sont habillés de violet.
PRUNES DE PROPHÉTIE, s. f. pl. _Fumées_ d'un animal,--dans l'argot des
chasseurs.
PRUSSIEN, s. m. Un des trop nombreux pseudonymes de Messire Luc,--dans
l'argot des troupiers, dont les pères ont eu sous la République et sous
l'Empire, de fréquentes occasions d'appliquer leurs baïonnettes dans les
reins des soldats prussiens.
On connaît la chanson:
«Le général Kléber,
A la barrièr' d'Enfer,
Rencontra un Prussien
Qui lui montra le sien.»
C'est à tort qu'un étymologiste va chercher à ce mot, jusque chez les
Zingaris, une étymologie--toute moderne.
PUANT, s. et adj. Fat,--dans l'argot du peuple, qui fait peut-être
allusion aux odeurs de musc et de patchouli qu'exhalent les vêtements des
élégants.
PUCEAU, adj. et s. Naïf, innocent; peu dégourdi,--_plus sot_ qu'il ne
convient.
PUCELAGE (Avoir encore son). Être un peu neuf dans une affaire; n'avoir
pas encore la rouerie nécessaire dans un métier.
Les marchandes emploient la même expression pour dire qu'elles n'ont pas
étrenné, qu'on ne leur a encore rien acheté de la journée.
PUCE TRAVAILLEUSE, s. f. Lesbienne,--dans l'argot des faubouriens.
PUER AU NEZ, v. n. Déplaire, ennuyer,--dans l'argot du peuple, qui dit
cela à propos des choses et des gens qui souvent puent le moins.
PUER BON, v. n. Sentir bon.
PUFF, s. m. Charlatanerie.
Vient du verbe anglais _to puff_, bouffer, boursoufler, faire _mousser_.
PUFFISTE, s. et adj. Charlatan, inventeur de pommades impossibles,
d'élixirs invraisemblables; montreur de _phénomènes_ c'est-à-dire, par
exemple, d'un cheval à toison de brebis, d'un veau à deux têtes, d'une
Malibran noire, de frères spirites, etc.
Les Français vont assez bien dans cette voie; mais ils ne sont pas encore
allés aussi loin que les Anglais, et surtout les Américains. parmi
lesquels il faut citer M. Barnum, le _prince de la blague_ (_prince of
humbug_).
PUISSANT, adj. Gros, fort,--dans l'argot du peuple, qui ne s'éloigne pas
autant du sens latin (_potens_) que seraient tentés de le croire les
bourgeois moqueurs.
PUITS DE SCIENCE, s. m. Homme _profond_ par son savoir--ou par ses
apparences de savoir.
PUNAISE, s. f. Fille ou femme de mauvaises mœurs,--dans l'argot des gens
de lettres.
_Encore une punaise dans le beurre!_ Encore une drôlesse qui du trottoir
passe sur les planches d'un petit théâtre pour y _faire_ des hommes plus
_respectables_,--comme argent.
Cette expression sort du théâtre du Petit Lazari. On jouait une pièce à
poudre (une pièce à poudre à Lazari!). la soubrette entre en scène, va
droit à une armoire, l'ouvre et recule en s'écriant: «Madame la marquise!
encore une punaise dans le beurre!» L'auteur de la pièce, qui n'avait pas
écrit cette phrase, fut très étonné; mais le public, habitué aux choses
abracadabrantes, ne fut pas étonné du tout. C'était une interpolation
soufflée dans la coulisse par Pelletier, un acteur affectionné des titis.
PUNAISE, s. f. Fleur de _lit_,--dans l'argot des voyous, qui ne sont pas
précisément légitimistes.
PUNAISE, s. f. Femme hargneuse, acariâtre, _puante_ de méchanceté,--dans
l'argot du peuple, qui ne se doute pas qu'il se sert là de l'expression
même employée par le prince des poètes latins: _Cimex_, dit Horace.
PUNAISIÈRE, s. f. Café borgne, caboulot spécialement hanté par des
gigolettes et leurs gigolos.
PUNAISIN, adj. et s. Homme dont le corps ou les vêtements sont nidoreux.
Tabourot a donné ce nom a une de ses victimes.
PUR, s. m. Homme sévère et injuste; Prudhomme politique ou philosophique
intraitable, qui n'admet pour honnêtes que ceux qui partagent ses
opinions, pour philosophes que ceux qui avec Strauss nient la divinité de
Jésus, pour républicains que ceux qui avec Alibaud ont un peu tiré sur le
Roi. Le type existe à côté des plus nobles et des plus généreux, comme le
bouledogue à côté du caniche, comme le loup à côté du lion. J'aurais
regretté d'oublier ce mot et ce type--modernes.
PURÉE, s. f. Cidre,--dans l'argot des voleurs.
PURÉE DE MARRONS, s. f. Meurtrissures du visage,--dans l'argot des
faubouriens.
_Faire de la purée de marrons._ Appliquer un vigoureux coup de poing en
pleine figure.
PURGATION, s. f. Plaidoyer,--dans l'argot des voleurs.
PUR-SANG, s. m. Vin rouge naturel, sans addition d'eau ni d'alcool,--dans
l'argot des cabaretiers.
PUR-SANG, s. m. Cheval de race,--dans l'argot du Jockey-Club.
PUR-SANG, s. f. Fille entretenue et qui mérite de l'être à cause de sa
beauté--et de ses vices. Argot des viveurs.
PUT! Interj. qui sert à marquer, soit le doute, soit le mépris,--plus
souvent encore le mépris que le doute.
PUTAIN, s. f. Femme qui vend l'amour--ou qui le donne trop facilement.
Argot du peuple.
L'expression est vieille, comme la légèreté du sexe féminin. Il n'est
peut-être pas un seul poète français--un ancien--qui ne s'en soit servi.
_Putain comme chausson._ Extrêmement débauchée.
On dit aussi en parlant d'un Homme dont l'amitié est banale: _C'est une
putain._
_Avoir la main putain._ Donner des poignées de main à tout le monde, même
à des inconnus.
PUTASSIER, s. et adj. Libertin.
PUTINER, v. n. Courir les gueuses.
PUTINERIE, s. f. Libertinage,--en parlant des femmes. Amitié banale,--en
parlant des hommes.
PUTIPHARISER, v. a. Essayer de séduire un jouvenceau,--dans l'argot de
Breda-Street. Le mot date de 1830 et de Pétrus Borel.
Champfleury, à qui l'on doit quelques néologismes malheureux, a écrit
_putipharder_.
Q
QUAND IL FERA CHAUD, adv. Jamais,--dans l'argot du peuple.
On dit aussi _Quand les poules auront des dents_.
QUANT A SOI, s. m. Réserve exagérée, fierté, suffisance.
QUANTUM, s. m. Argent, somme quelconque, caisse.
QUART D'AGENT DE CHANGE, s. m. Personne intéressée pour un quart dans une
charge d'agent de change. Argot des boursiers.
Il y a aussi des _cinquièmes_, des _sixièmes_ et même des _dixièmes
d'agent de change_.
QUART D'AUTEUR, s. m. Collaborateur pour un quart dans une pièce de
théâtre. Argot des coulisses.
QUART-D'OEIL, s. m. Commissaire de police,--dans l'argot des faubouriens.
Se dit aussi de l'habit noir de ce fonctionnaire.
QUARTIER, s. m. Logement de trois ou quatre pièces,--dans l'argot des
ouvriers qui ont été travailler en Belgique.
QUASIMODO, s. m. Homme fort laid, plus que laid, contrefait,--dans
l'argot du peuple, qui a lu _Notre-Dame de Paris_.
QUATORZIÈME ÉCREVISSE, s. f. Figurante,--dans l'argot des coulisses.
L'expression est récente. Elle sort du théâtre des Folies-Marigny, aux
Champs-Elysées, où l'on a joué je ne sais quelle revue-féerie où
paraissaient beaucoup de femmes chargées de représenter, celles-ci des
légumes, et celles-là des poissons,--crustacés ou non. Vous avez compris?
QUATRE-COINS, s. m. Mouchoir,--dans l'argot des voleurs.
QUATRE SOUS. Etalon à l'aide duquel le peuple apprécie la valeur des
choses--qui n'en ont pas pour lui.
_Fichu_ ou _Foutu comme quatre sous_. Mal habillé.
QUATRE-SOUS, s. m. Cigare de vingt centimes.
QUATRE-VINGT-DIX, s. m. Truc, secret du métier,--dans l'argot des
marchands forains.
_Vendre le quatre-vingt-dix._ Révéler le secret.
QUATRE-Z-YEUX, s. m. Homme qui porte des lunettes,--dans l'argot du
peuple.
QUATUOR, s. m. Le quatre,--dans l'argot des joueurs de dominos.
QUELPOIQUE, adv.--Rien,--dans l'argot des voleurs.
QUELQUE PART, Adverbe de _lieux_,--dans l'argot des bourgeois.
QUELQUE PART, adv. L'endroit du corps destiné à recevoir des coups de
pied,--dans l'argot du peuple.
_Avoir quelqu'un quelque part._ En être importuné,--en _avoir plein le
dos_.
QUELQU'UN, s. m. Personnage, homme d'importance ou se donnant de
l'importance.
_Se croire un quelqu'un._ S'imaginer qu'on a de la valeur, de
l'importance.
_Faire son quelqu'un._ Prendre des airs suffisants. _Faire ses embarras._
QUÉMANDER, v. a. et n. Mendier, au propre et au figuré,--dans l'argot du
peuple, qui pourtant n'a pas lu les _Aventures du baron de Fœneste_.
QUÉMANDEUR, s. m. Mendiant.
QUENOTTES, s. f. pl. Dents,--dans l'argot des enfants.
Ils les appellent aussi _Louloutes_.
QUENOTTIER, s. m. Dentiste,--dans l'argot des faubouriens.
QUEUE, s. f. Infidélité faite à une femme par son amant, ou à un homme
par sa maîtresse.
_Faire une queue à sa femme._ La tromper en faveur d'une autre femme.
QUEUE, s. f. Escroquerie, farce de mauvais goût, _carotte_. Argot des
soldats.
_Faire sa queue._ Tromper.
QUEUE, s. f. Reliquat de compte,--dans l'argot des débiteurs.
_Faire une queue._ Redevoir quelque chose sur une note, qui arrive ainsi
à ne jamais être payée, parce que, de report en report, cette queue
s'allonge, s'allonge, s'allonge, et finit par devenir elle-même une note
formidable.
QUEUE DE POIREAU, s. f. Ruban de Saint-Maurice et Lazare, lequel est
_vert_. Argot des faubouriens.
QUEUE DE RAT, s. f. Bougie roulée en corde,--dans l'argot des bourgeois.
QUEUE DE RAT, s. f. Tabatière en écorce d'arbre s'ouvrant au moyen d'une
longue et étroite lanière.
QUEUE DE RENARD, s. f. Témoignages accusateurs d'un dîner mal digéré.
Argot du peuple.
QUEUE D'UN CHAT (Pas la). Solitude complète.
QUEUE-LEU-LEU (A la), adv. L'un après l'autre, en s'entre-suivant comme
les _loups_.
QUEUE ROUGE, s. f. Jocrisse, homme chargé des rôles de niais,--dans
l'argot des coulisses.
Signifie aussi Homme qui se fait le bouffon des autres, sans être payé
par eux.
QUEUES, s. f. pl. Phrases soudées ensemble à la queue-leu-leu,--dans
l'argot des typographes, dont c'est le _javanais_.
Un échantillon de ce système de coquesigruïtés, que l'on pourrait croire
moderne et qui est plus que centenaire, sera peut-être plus clair que ma
définition. Quelqu'un dit, à propos de quelque chose: «Je la
trouve _bonne_.» Aussitôt un loustic ajoute _d'enfant_, puis un
autre _ticide_, puis d'autres _de Normandie,--t-on--taine--ton
ton--mariné--en trompette--tition--au Sénat--eur de sanglier--par la
patte--hologie--berne--en Suisse--esse--vous que je vois_, etc., etc.,
etc. Lesquelles coquesigruïtés, prises isolément, donnent: Bonne
d'enfant,--infanticide,--cidre de Normandie,--dit-on,--ton taine ton
ton,--thon mariné,--nez en trompette,--pétition au Sénat,--hure de
sanglier, etc.
QUI A DU ONZE CORPS-BEAU? Question qui ne demande pas de réponse, pour
annoncer l'entrée d'un prêtre dans l'atelier. Même argot.
QUIBUS, s. m. Argent,--dans l'argot du peuple.
QUI EST-CE QUI VOUS DEMANDE L'HEURE QU'IL EST? Phrase du même argot,
souvent employée pour répondre à une importunité.
QUIGNON, s. m. Gros morceau de pain.
QUILLER, v. a. et n. Lancer des pierres, soit pour attraper quelqu'un qui
s'enfuit, soit pour abattre des noix, des pommes, etc. Argot des gamins.
QUILLER A L'OIE, v. a. Envoyer un bâton dans les jambes de
quelqu'un,--par allusion à un jeu cruel qui était encore en honneur chez
nous il y a une vingtaine d'années. Argot du peuple.
QUILLES, s. f. pl. Jambes,--dans l'argot des faubouriens.
QUIMPER, v. n. Tomber,--dans l'argot des voleurs.
QUIMPER LA LANCE, v. a. _Meiere_. Même argot.
QUINQUETS, s. m. pl. Les yeux,--dans l'argot des faubouriens.
_Belle paire de quinquets._ Yeux émerillonnés.
_Allumer ses quinquets._ Regarder avec attention.
_Éteindre les quinquets._ Crever les yeux.
QUINTE-ET-QUATORZE, s. m. Mal au traitement duquel est affecté l'hôpital
du Midi.
_Avoir quinte-et-quatorze._ N'avoir pas su écarter la dame de cœur,--ou
plutôt la dame de pique.
QUINTETTE, s. m. Le cinq,--dans l'argot des joueurs de dominos.
QUINZE ANS, TOUTES SES DENTS ET PAS DE CORSET! Phrase souvent ironique de
l'argot des faubouriens, qui l'emploient à propos des femmes jeunes et
bien faites, ou de celles qui se croient ainsi.
QUINZE-VINGT, s. m. Aveugle,--dans l'argot du peuple.
QUIQUI, s. m. Abatis de toutes sortes de choses, têtes de chats, os de
lapins, cous d'oies, etc.,--dans l'argot des chiffonniers, qui vendent
cela aux gargotiers, lesquels «en font de fameux potages».
QUI-VA-LA, s. m. Passeport,--dans l'argot des faubouriens.
QUI-VA-VITE, s. f. _Ventris fluxus_, courante,--dans l'argot des
bourgeois.
QUONIAM BON TRAIN, adv. Rapidement, avec empressement,--dans l'argot du
peuple.
QUOQUANTE, s. f. Armoire,--dans l'argot des voleurs.
QUOQUARD, s. m. Arbre,--dans le même argot.
QUOQUERET, s. m. Rideau--dans le même argot.
R
RABACHAGE, s. m. Bavardage,--dans l'argot du peuple. Redites inutiles,
vieux clichés,--dans l'argot des gens de lettres.
RABACHER, v. n. Ne pas savoir ce qu'on dit; se répéter, comme font
d'ordinaire les vieillards.
RABACHEUR, s. m. Bavard, homme qui dit toujours la même chose, qui
raconte toujours la même histoire; mauvais écrivain.
RABAT-JOIE, s. m. Homme mélancolique ou grondeur,--dans l'argot du
peuple.
On dit aussi _Père Rabat-joie_.
RABIAGE, s. m. Rente,--dans l'argot des voleurs.
RABIAU, s. m. Résidu; reste de portion,--dans l'argot des faubouriens,
qui ont emprunté ce mot à l'argot des marins.
On dit aussi _Rabiautage_.
RABIAU, s. m. Malade qui, dans certains hôpitaux, rend certains services
à ses camarades de salle, comme de faire leurs lits, de brosser leurs
effets, etc. On lui donne quelquefois de l'argent et, le plus souvent,
des _restes_ de soupe.
RABIAU, s. m. Temps qui _reste_ à faire,--dans l'argot des troupiers.
On dit aussi _Surcroît de punition_.
RABIAUTER, v. n. Boire ce qui reste dans le bidon.
Je ne sais pas d'où vient _rabiau_, mais _rabiauter_ vient certainement
de _rebibere_ (boire de nouveau).
RABIBOCHAGE, s. m. Boni, dédommagement, consolation,--dans l'argot des
enfants, qui font entre eux ce que M. Bénazet fait pour les décavés de
Bade: à celui qui a perdu toutes ses billes à la bloquette ils en rendent
une douzaine pour qu'il puisse en aller gagner d'autres--à d'autres.
RABIBOCHER, v. a. Réconcilier des gens fâchés,--dans l'argot des
bourgeois.
_Se rabibocher._ Se réconcilier.
RABLÉ, adj. Homme solide des épaules et des reins,--dans l'argot du
peuple.
RABOTER LE SIFFLET (Se). Boire un verre d'eau-de-vie ou de vin.
RABOUILLÈRE, s. f. Maison de triste apparence, comme il y en a tant
encore dans le faubourg Marceau, nids à rats et à punaises, trous à
lapins plutôt que demeures humaines.
RABOUIN, s. m. Le Diable,--dans l'argot des voleurs.
RABOULER, v. n. Revenir, _abouler_ de nouveau,--dans l'argot des
faubouriens.
RABROUER, v. a. Gronder, brutaliser, parler rudement,--dans l'argot du
peuple.
On dit aussi _Rembarrer_.
RACAILLE, s. f. Individu ou Collection d'individus crapuleux,--_populi
fex_.
C'est le _tag-rag_ des Anglais.
RACCORD, s. m. Répétition partielle d'une pièce,--dans l'argot des
coulisses.
RACCOURCI, s. m Chemin de traverse,--dans l'argot des paysans des
environs de Paris.
RACCOURCIR, v. a. Guillotiner,--dans l'argot des voleurs.
On disait autrefois _Raccourcir d'un pied_, ce qui est une longueur de
tête.
On dit aussi _Rogner_.
RACCROCHER, v. a. Se promener sur le trottoir en robe décolletée et en
bas bien tirés,--dans l'argot du peuple.
RACCROCHEUSE, s. f. Fille de mauvaises mœurs.
RACINES DE BUIS, s. f. pl. Dents jaunes, avariées, esgrignées,--comme
celles que Bilboquet arracha jadis devant «Monsieur et madame le maire de
Meaux».
RACLÉE, s. f. Coups donnés ou reçus,--dans l'argot du peuple.
RACLER, v. a. Prendre; perdre.
On dit aussi _Rafler_.
RACLER LE BOYAU, v. a. Jouer du violon,--dans l'argot des musiciens.
RACLETTE, s. f. Agent de la police secrète,--dans l'argot des voleurs.
RACONTAINE, s. f. Récit familier, _cancan_.
RACONTARS, s. m. pl. Bruits de salons et de clubs, _échos_,--dans l'argot
des journalistes.
C'est Aurélien Scholl qui a employé le premier cette expression: je lui
en laisse la responsabilité.
RADE OU RADEAU, s. m. Tiroir de comptoir où sont les _radis_,--dans
l'argot des voleurs.
Signifie aussi Boutique.
RADE, s. m. Apocope de _Radis_,--dans l'argot des voyous.
RADEAU DE LA MÉDUSE, s. m. Misère extrême,--dans l'argot des bohèmes, qui
souffrent parfois de la faim et de la soif autant que les naufragés
célèbres peints par Géricault.
_Être sur le radeau de la Méduse._ N'avoir pas d'argent.
RADIN, s. m. Gousset de montre ou de gilet,--dans l'argot des voleurs.
_Friser le radin._ Le débarrasser de sa montre.
RADIS, s. m. Pièce de monnaie, argent quelconque,--dans l'argot des
faubouriens.
_N'avoir pas un radis_: Être tout à fait pauvre.
RADOUBER (Se), v. réfl. Réparer sa fortune ou sa santé,--dans le langage
des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
On dit aussi: _Passer au grand radoub_.
RADURER, v. a. Repasser sur la meule,--dans l'argot des voleurs.
RADUREUR, s. m. Repasseur de couteaux.
RAFALE, s. f. Misère,--dans l'argot du peuple, en proie aux bourrasques
continuelles de la vie.
RAFALÉ, adj. et s. Misérable, pauvrement vêtu ou de triste mine.
Ne faudrait-il pas dire plutôt _affalé_? Je crois que oui. Les marins,
voulant peindre le même état d'ennui, d'embarras, de misère, disent au
figuré _Être affalé sur la côte_,--ce qui est, en somme, _être à la
côte_.
RAFALER, v. a. Abaisser, humilier,--dans l'argot des voleurs, qui savent
mieux que personne combien la misère ou des vêtements pauvres peuvent
_ravaler_ un homme.
RAFALER (Se), v. réfl. Devenir pauvre; porter des vêtements usés,--dans
l'argot du peuple.
RAFFURER, v. a. Regagner,--dans l'argot des voleurs.
RAFFUT, s. m. Tapage,--dans l'argot du peuple.
RAFIAU, s. m. Domestique d'hôpital, infirmier.
RAFIOT, s. m. Chose de peu d'importance; camelotte.
Cette expression est empruntée au vocabulaire des marins, qui appellent
ainsi tout Bâtiment léger.
RAFISTOLER, v. a. Raccommoder.
RAFISTOLER (Se), v. réfl. S'habiller à neuf, ou seulement Mettre ses
habits du dimanche.
RA-FLA, s. m. pl. Notes fréquemment exécutées sur le tambour.
RAFLE, s. f. Arrestation d'une bande de gens; main basse faite sur une
certaine quantité de choses. Argot du peuple.
RAFLER, v. a. Prendre, saisir, _chiper_.
RAFRAÎCHIR (Se), v. réfl. Se battre au sabre,--dans l'argot des
troupiers.
On dit aussi: _Se rafraîchir d'un coup de sabre_.
RAGE DE DENTS, s. f. Grosse faim,--dans l'argot du peuple.
RAGOT, s. m. Cancan, médisance,--sans doute par allusion aux grognements
des sangliers de deux à trois ans, moins inoffensifs que ceux des
marcassins.
RAGOTER, v. n. Murmurer, gronder sourdement.
On dit aussi _Ragonner_.
RAGOÛT, s. m. Assaisonnement d'un plaisir quelconque.
S'emploie souvent en mauvaise part:
«J'aurois un beau teston pour juger d'une urine,
Et, me prenant au nez, loucher dans un bassin
Des ragousts qu'un malade offre à son médecin,»
dit Mathurin Régnier en sa satire _la Poésie toujours pauvre_.
RAGOÛT, s. m. Relief, accentuation de couleur, hardiesse de brosse,--dans
l'argot des artistes.
RAGOÛT, s. m. Soupçon,--dans l'argot des voleurs.
_Faire des ragoûts._ Éveiller des soupçons.
RAGOÛTANT, TE, adj. Plaisant, agréable,--dans l'argot du peuple, qui
emploie cette expression à propos des gens comme à propos des choses.
_Vieillard ragoûtant._ Qui est propre,--et surtout sans infirmités.
_Femme ragoûtante._ Qui excite l'appétit des amoureux.
RAGOÛTER, v. a. Remettre en appétit, réveiller le désir.
RAIDE, s. m. Eau-de-vie,--dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi _Rude_.
RAIDE, adj. Invraisemblable, difficile à croire,--c'est-à-dire à avaler.
Se dit à propos d'un Mot scabreux, d'une anecdote croustilleuse.
_La trouver raide._ Être étonné ou offensé de quelque chose.
RAIDE, adj. Complètement gris,--parce que l'homme qui est dans cet état
abject fait tous ses efforts pour que cela ne s'aperçoive pas, en se
raidissant, en essayant de marcher droit et avec dignité.
On dit aussi _Raide comme la Justice_.
RAIDE COMME BALLE, adv. Rapidement.
RAIDIR, v. n. Mourir.
On dit aussi _Raidir l'ergot_, ou _les ergots_.
RAILLE, s. f. Les agents de police en général,--dans l'argot des voleurs.
RAILLE, s. m. Mouchard.
RAISINÉ, s. m. Sang,--dans le même argot.
RAISINÉ (Faire du), v. a. Saigner du nez,--dans l'argot du peuple, qui
n'a pas emprunté cette expression aux voleurs.
RAJOUTER, v. a. Ajouter,--dans l'argot des bourgeois, qui parlent souvent
le français des réalistes, émaillé de pléonasmes.
RALEUR, s. m. Faux amateur de livres qui bouscule les boîtes sans rien
acheter. Argot des bouquinistes.
RALEUSE, s. et adj. Femme qui marchande tout sans rien acheter,--dans
l'argot des boutiquiers.
RALEUSE, s. f. Courtière, femme chargée d'arrêter les passants pour leur
proposer de la marchandise. Argot des marchandes du Temple.
RAMA, s. m. Grelot que les artistes trouvaient drôle, vers 1838,
d'attacher à tous leurs mots, pour parodier les Dioramas, les Panoramas
et autres Géoramas alors en vogue. C'était leur _javanais_.
_Parler en rama._ Ajouter _rama_ à toutes les phrases.
RAMASSER, v. a. Arrêter; conduire en prison,--dans l'argot des
faubouriens.
_Se faire ramasser._ Se faire arrêter.
RAMASSER (Se), v. réfl. Se relever lorsqu'on est tombé.
RAMASSER SES OUTILS. Mourir,--dans l'argot des ouvriers.
RAMASTIQUER, v. a. Ramasser,--dans l'argot des voleurs.
RAMASTIQUEUR, s. m. Variété de filous décrite par Vidocq.
RAMBUTEAU, s. m. Colonne _ad usum lotii_ des promeneurs, établie le long
de nos boulevards sous l'édilité du comte de Rambuteau.
RAME, s. f. Plume,--dans l'argot des voleurs.
RAMENEUR, s. m. Homme affligé de calvitie, qui essaye de la dissimuler en
_ramenant_ habilement ses derniers cheveux sur le devant de sa tête--et
«empruntant ainsi un qui vaut dix».
RAMENEUSE, s. f. Petite dame dont la spécialité est de faire espalier à
la porte des cafés du boulevard, vers l'heure de la fermeture, afin d'y
nouer connaissance avec quelque galant homme.
RAMICHER, v. a. Réconcilier des gens fâchés--dans l'argot du peuple.
_Se ramicher._ Se dit des amants qui se reprennent après s'être quittés.
RAMOLLI, s. et adj. Imbécile, ou simplement Ennuyeux,--dans l'argot des
faubouriens.
RAMONA, s. m. Petit Savoyard, qui, aux premiers jours d'automne, s'en
vient crier: _haut en bas_, par les rues des villes, barbouillé de suie,
raclette à la ceinture et sac au dos. C'est parfois un petit Auvergnat.
RAMONER, v. n. Murmurer, marmotter, parler entre ses dents,--par allusion
au bruit désagréable que fait le _ramona_ en montant et en descendant
dans la cheminée qu'il nettoie.
RAMPE, s. f. Le cordon des lumières qui éclairent la scène,--dans l'argot
des coulisses.
Se dit aussi pour: Théâtre, scène, coulisses.
_Princesse de la rampe._ Actrice.
_Se brûler à la rampe._ Jouer pour soi,--s'approcher trop près du public,
sans s'occuper des autres acteurs en scène.
RAMPEAU! Coup nul,--dans l'argot des enfants, lorsqu'ils jouent aux
billes ou à la balle.
Les vieux joueurs de boule emploient la même expression à propos du
second coup d'une partie en deux coups de boule.
RAMPONER, v. n. Boire, s'enivrer.
L'expression date évidemment du fameux Ramponneau, le cabaretier de la
Courtille.