MOUSSER, v. n. S'emporter, être en _rage_, de dépit ou de colère,--dans
l'argot des faubouriens.
MOUSSER, v. n. Avoir du succès,--dans l'argot des gens de lettres et des
comédiens.
_Faire mousser._ Préparer le succès d'un auteur ou d'une pièce par des
éloges exagérés et souvent répétés.
MOUSSER (Se faire). Se vanter, parler sans cesse de ses talents ou de ses
qualités. Argot du peuple.
MOUSSERIE, s. f. _Water-closets_,--dans l'argot des voyous.
MOUSSEUX, adj. Redondant, hyperbolique,--dans l'argot des gens de lettres
et des comédiens.
MOUSSU, s. m. Le sein de la femme, d'où sort le lait,--dans l'argot des
voleurs.
MOUSSUE, s. f. Châtaigne,--dans le même argot.
MOUSTACHU, s. et adj. Homme à moustaches,--dans l'argot des bourgeois.
MOUTARD, s. m. Gamin, enfant, apprenti,--dans l'argot du peuple, qui,
n'en déplaise à P. J. Leroux et à Francisque Michel, n'a eu qu'à regarder
la chemise du premier polisson venu pour trouver cette expression.
MOUTARDE, s. f. Le _stercus_ humain.
MOUTARDIER, s. m. Le _podex_.
On disait autrefois _Baril à la moutarde_, et _Réservoir à moutarde_.
MOUTARDIER, s. m. _Goldfinder_.
On dit aussi _Parfumeur_.
MOUTARDIER DU PAPE, s. m. Homme qui s'en fait accroire, imbécile
vaniteux. On dit qu'_il se croit le premier moutardier du pape_.
MOUTON, s. m. Matelas,--dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à
cause de la laine dont il se compose ordinairement.
_Mettre son mouton au clou._ Porter son matelas au Mont-de-Piété.
MOUTON, s. m. Dénonciateur, voleur qui obtient quelque adoucissement à sa
peine en trahissant les confidences de ses compagnons de prison.
MOUTONNAILLE, s. f. La foule,--dans l'argot du peuple, qui sait par
expérience personnelle quelle est la contagion de l'exemple.
MOUTONNER, v. a. et n. Moucharder et dénoncer.
MOUVER (Se), v. réfl. Se remuer,--dans l'argot du peuple.
MOYEN-AGISTE, s. et adj. Amateur des choses et admirateur des idées du
moyen âge.
Le mot est de H. de Balzac.
MOYENS, s. m. pl. Richesse,--dans l'argot des bourgeois.
_Avoir des moyens._ Être à son aise.
Signifie aussi: Aptitude, dispositions intellectuelles, capacités.
MUCHE, s. m. Jeune homme poli, doux, aimable, réservé,--dans l'argot des
petites dames qui le trouvent trop collant.
MUCHE, adj. Excellent, délicieux, parfait,--dans l'argot des faubouriens,
qui disent cela à propos des choses, à propos de la Patti comme à propos
d'une soupe à l'oignon.
MUETTE, s. f. La conscience,--dans l'argot des voleurs, qui ont arraché
la langue à la leur.
_Avoir une puce à la muette._ Avoir un remords; entendre--par hasard!--le
cri de sa conscience.
MUETTE, s. f. Exercice muet, c'est-à-dire pendant lequel on ne fait pas
résonner les fusils, par taquinerie ou par fantaisie. Argot des
Saint-Cyriens.
_Donner une muette._ Faire un exercice.
MUFFLE, s. m. Visage laid ou grotesque, plus bestial qu'humain,--dans
l'argot du peuple, qui se sert de cette expression depuis trois cents
ans.
Il trouve plus euphonique de prononcer _Muffe_.
MUFFLE, s. et adj. Imbécile, goujat, brutal.
M. Francisque Michel à qui les longs voyages ne font pas peur, s'en va
jusqu'à Cologne chercher une étymologie probable à cette expression, et
il en rapporte _muf_ et _mouf_,--afin qu'on puisse choisir. Je choisis
_muffle_, tout naturellement, autorisé que j'y suis par un trope connu de
tous les philologues, la synecdoque, par lequel on transporte à
l'individu tout entier le nom donné à une partie de l'individu.
MUFFLE, s. m. Ouvrier,--dans l'argot des filles, qui n'aiment pas la
blouse.
MUFFLERIE, s. f. Sottise, niaiserie; brutalité.
On dit aussi _Muffletonnerie_.
MUFFLETON, s. m. Petit muffle, jeune imbécile.
Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'on prononce _Muffeton_.
MULET, s. m. Ouvrier qui aide le metteur en page,--dans l'argot des
typographes.
MURETTE, s. f. La giroflée des _murailles_,--dans l'argot des paysans des
environs de Paris.
MURGÉRISME, s. m. Littérature mal portante, marmiteuse, pleurarde;
affectation de sensibilité; exagération du style et de la manière d'Henry
Murger,--dont les imitateurs n'imitent naturellement que les défauts.
MURGÉRISTE, s. et adj. Qui appartient à l'école de Murger, qui en a les
défauts sans en avoir les qualités.
MURON, s. m. Sel,--dans l'argot des voleurs.
MURONNER, v. a. Saler.
MURONNIER, s. m. Saunier.
MURONNIÈRE, s. f. Salière.
MUSARD, s. et adj. Flâneur, gobe-mouche,--dans l'argot du peuple.
Nous avons, en vieux langage, _Musardie_ pour Sottise.
MUSARDER, v. n. Flâner.
On dit aussi _Muser_.
MUSARDINE, s. f. Habituée des Concerts-Musard,--où n'allait pas
précisément la fine fleur de l'aristocratie féminine.
Le mot a été créé par Albéric Second en 1858.
MUSCADIN, s. m. Fat, dandy plus ou moins authentique,--dans l'argot du
peuple, qui a conservé le souvenir des gandins du Directoire.
MUSEAU, s. m. Entonnoir en carton, au petit bout duquel est adaptée la
loupe,--dans l'argot des graveurs sur bois, qui s'en coiffent le front.
MUSELÉ, s. m. Imbécile, homme qui n'est bon à rien qu'à bavarder,--dans
l'argot du peuple.
MUSETTE, s. f. Gibecière en toile à l'usage des troupiers et des
ouvriers.
MUSETTE, s. f. Sac à avoine,--dans l'argot des charretiers, qui le
pendent au _museau_ de leurs chevaux.
Ils disent aussi _Pochet_.
MUSETTE, s. f. Voix.
_Couper la musette à quelqu'un._ Le forcer à se taire.
MUSICIEN, s. m. Dictionnaire,--dans l'argot des voleurs.
MUSICIENS, s. m. pl. Les haricots, qui provoquent le _crepitus
ventris_,--dans l'argot du peuple.
MUSIQUE, s. f. Ce qui reste au fond de l'auge,--dans l'argot des maçons.
Par extension, Résidu d'un verre, d'un vase quelconque.
MUSIQUE, s. f. Lots d'objets achetés à l'Hôtel des Ventes,--dans l'argot
des Rémonencqs.
MUSIQUE, s. f. Morceaux de drap cousus les uns après les autres. Argot
des tailleurs.
MUSIQUER, v. n. Faire de la musique d'amateur,--dans l'argot du peuple.
MUSSER, v. n. Sentir, flairer.
MUTUELLE, s. f. L'École mutuelle.
N
NA! Exclamation boudeuse de l'argot des enfants, qui l'emploient au lieu
de _Là!_
NABAB, s. m. Homme immensément riche,--qu'il soit ou non gouverneur dans
l'Inde. Argot des bourgeois.
NABOT, s. et adj. Homme de petite taille, _nain_,--dans l'argot du
peuple.
On ait aussi _Nabotin_.
_Nabote._ Naine.
Je n'ai jamais entendu dire _Nabotine_.
NAGEOIR, s. m. Poisson,--dans l'argot des voleurs.
NAGEOIRES, s. f. pl. Favoris,--dans l'argot des faubouriens.
NAGEOIRES, s. f. pl. Les bras,--dans l'argot des voyous qui voient des
poissons partout.
Les voyous anglais ont la même expression: _Fin_.
NANAN, s. m. Friandise, gâteau,--dans l'argot des enfants, qui disent
cela de tout ce qui excite leur convoitise.
NANAN, s. m. Chose exquise, curieuse, rare,--dans l'argot des grandes
personnes.
_C'est du nanan!_ C'est un elzévir, ou un manuscrit de Rabelais, ou une
anecdote scandaleuse, ou n'importe quoi alléchant.
NARRÉ, s. m. Racontage ennuyeux, bavardage insipide.
_Faire des narrés._ Faire des cancans.
NASE, s. m. Nez,--dans l'argot des faubouriens, qui ne se doutent pas
qu'ils parlent latin comme Ovide-_Nason_, et français comme Brantôme.