V. _Suriner_.

CHOURINEUR, s. m. Assassin,--par allusion au personnage des _Mystères de

Paris_, qui porte ce nom, lequel avait, à ce qu'il paraît, grand plaisir

à tuer.

L'étymologie voudrait que l'on dît _Surineur_; mais l'euphonie veut que

l'on prononce _Chourineur_.

CHRÉTIEN, s. m. Homme, à quelque religion qu'il appartienne. Argot du

peuple.

_Viande de chrétien._ Chair humaine.

CHRONOMÈTRE, s. m. Montre en général. Argot des bourgeois.

CHRYSALIDE, s. f. Vieille coquette, dans l'argot des faubouriens, qui ont

parfois l'analogie heureuse, quoique impertinente.

CHTIBES, s. f. pl. Bottes,--dans l'argot des voyous.

CHUTER, v. n. Tomber,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi, et alors ce verbe est actif. Empêcher de réussir,--dans

l'argot des coulisses.

CIBLE A COUPS DE PIED, s. f. Le derrière. Argot du peuple.

CI-DEVANT, s. m. Vieillard,--qui a été jeune.

CI-DEVANT, s. m. Noble.

CIERGE, s. m. Sergent de ville en grande tenue,--dans l'argot des

marbriers de cimetière.

CIGALE, s. f. Cigare,--dans l'argot du peuple, qui frise l'étymologie de

plus près que les bourgeois, puisque _cigare_ vient de Espagnol

_cigarro_, qui vient lui-même, à tort ou à raison, de _cigara_, cigale,

par une vague analogie de forme.

CIGALE, s. f. Chanteuse des rues, qui se trouve souvent dépourvue lorsque

«la bise est venue».

CIGALE, s. f. Pièce d'or,--dans l'argot des voleurs, qui aiment à

l'entendre _sonner_ dans leur poche.

Ils disent aussi _cigue_, par apocope, et _Ciguë_, par corruption.

CIGOGNE, s. f. Le Palais de justice,--dans l'argot des voleurs.

_Dab de la Cigogne._ Le procureur général.

CIMENT, s. m. Moutarde.--dans l'argot des francs-maçons.

CINQ-CENTIMADOS, s. m. Cigare d'un sou,--dans l'argot des faubouriens,

qui ont voulu parodier à leur façon les _trabucos_, les _cazadores_, etc.

CINQ SOUS, s. m. Cigare de vingt-cinq centimes.

CINQUIÈME, s. m. Verre de la contenance d'un cinquième de litre,--dans

l'argot des marchands de vin.

Les faubouriens amis de l'euphonie, disent volontiers _cintième_.

CIPAL, s. m. Garde municipal,--dans l'argot des voyous, amis des

aphérèses.

CIREUX, adj. et s. Qui a de la chassie, de la _cire_ aux yeux.

CIRURGIEN, s. m. Médecin, chirurgien,--dans l'argot du peuple, qui parle

comme Ambroise Paré écrivait. C'est le [grec: cheirourgikos] des

anciens.

CITOYEN OFFICIEUX, s. m. Laquais,--dans l'argot révolutionnaire, qu'on

emploie encore aujourd'hui.

CIVADE, s. f. Avoine,--dans l'argot des maquignons et des voleurs, qui

emploient un mot de la vieille langue française. _Civade_, vient de

_cive_, qui venait de _cæpa_, oignon, d'où _cæpatum_ civet, plat à

l'oignon; et l'étymologie n'a rien de forcé, _aimé_ venant bien

d'_amatum_.

Les Espagnols disent _cebada_ pour Orge.

CIVARD, s. m. Herbage.

CIVE, s. f. Herbe.

CLABAUDER, v. n. Crier à propos de tout, et surtout à propos de

rien,--comme un chien. Argot des bourgeois.

Signifie aussi Répéter un bruit, une nouvelle; faire des cancans,--et

alors il est verbe actif.

CLAIRTÉ, s. f. Lumière, netteté, beauté,--dans l'argot du peuple, fidèle

à l'étymologie (_claricas_) et à la tradition.

«Parquoy s'ensuit qu'en toute claireté

Son nom reluyt et sa vertu pullule,»

dit Clément Marot.

CLAMPIN, s. m. Fainéant, traîne-guêtres, homme qui a besoin d'être

fortifié par un _clamp_.--le clamp de l'énergie et de la volonté.

CLAMPINER, v. n. Marcher paresseusement, flâner.

CLAPIER, s. m. Maison mal famée, où l'on élève du gibier domestique à

l'usage des amateurs parisiens.

L'expression se trouve dans beaucoup d'écrivains des XVe et XVIe

siècles.

CLAQUE, s. f. Soufflet,--dans l'argot du peuple, qui aime les

onomatopées.

_Figure à claques._ Visage moqueur qui donne des démangeaisons à la main

de celui qui le regarde.

CLAQUÉ, s. m. Homme mort.

_La boite aux claqués._ La Morgue.

_Le jardin des claqués._ Le cimetière des hospices.

CLAQUE-FAIM, s. m. Homme sans ressources, qui meurt de faim.

Le peuple dit aussi, dans le même sens, _Claque-soif_,--par compassion,

l'homme qui meurt de soif étant pour lui plus à plaindre que celui qui

meurt de faim.

CLAQUER, v. a. Donner des soufflets.

CLAQUER, v. a. Vendre une chose, s'en débarrasser,--dans le même argot.

_Claquer ses meubles._ Vendre son mobilier.

CLAQUER, v. n. Manger,--dans l'argot des voyous, qui font allusion au

bruit de la mâchoire pendant la mastication.

CLAQUER, v. n. Mourir.--dans l'argot des faubouriens.

CLARINETTE DE CINQ PIEDS, s. f. Fusil,--dans l'argot des soldats.

CLAVIN, s. m. Clou,--dans l'argot des voleurs, plus fidèles à

l'étymologie (_clavus_) qu'à l'honnêteté.

CLICHÉ, s. m. Phrase toute faite, métaphore banale, plaisanterie

usée,--dans l'argot des gens de lettres.

CLIQUE, s. f. Diarrhée. Argot du peuple.

CLIQUE, s. f. Bande, coterie, compagnie de gens peu estimables. Même

argot.

_Mauvaise clique._ Pléonasme fréquemment employé,--_clique_ ne pouvant

jamais se prendre en bonne part.

CLOPORTE, s. m. Concierge--soit parce qu'il habite une loge sombre et

humide, comme l'_oniscus murarius_; soit parce qu'il a pour fonctions de

clore la porte de la maison.

CLOQUE, s. f. Phlyctène bénigne qui se forme à l'épiderme.--dans l'argot

du peuple, ami des onomatopées.

Les bourgeois, eux, disent _cloche_: c'est un peu plus français, mais

cela ne rend pas aussi exactement le bruit que font les ampoules

lorsqu'on les crève.

CLOS-CUL, s. m. Le dernier-né d'une famille ou d'une couvée.

On dit aussi _Culot_.

CLOU, s. m. Le mont-de-piété,--où l'on va souvent accrocher ses habits ou

ses bijoux quand on a un besoin immédiat d'argent.

_Coller au clou._ Engager sa montre ou ses vêtements chez un

commissionnaire au mont-de-piété.

_Grand clou._ Le Mont-de-piété de la rue des Blancs-Manteaux, dont tous

les autres monts-de-piété ne sont que des succursales.

CLOU, s. m. Prison,--dans l'argot des voleurs.

CLOU, s. m. La salle de police,--dans l'argot des soldats, qui s'y font

souvent accrocher par l'adjudant.

_Coller au clou._ Mettre un soldat à la salle de police.

CLOUER LE BEC, v. a. Imposer silence à un importun, ou à un mauvais

raisonneur,--dans l'argot du peuple.

On dit aussi _River le clou_.

CLOUS, s. m. pl. Outils,--dans l'argot des graveurs sur bois, qui

confondent sous ce nom les échoppes, les burins et les gouges.

CLOUS DE GIROFLE, s. m. pl. Dents noires, avariées, _esgrignées_ comme

celles de Scarron.

CO, s. m. Coq,--dans l'argot des paysans et des enfants.

COCANGES, s. f. pl. Coquilles de noix avec lesquelles certains fripons

font des dupes.

COCANGEUR, s. m. Voleur qui a la spécialité des _Cocanges_ et de la

_Roubignole_.

COCARDE, s. f. La tête,--dans l'argot du peuple.

_Taper sur la cocarde._ Se dit d'un vin trop généreux qui produit

l'ivresse.

_Avoir sa cocarde._ Être en état d'ivresse.

COCARDIER, s. m. Homme fanatique de son métier,--dans l'argot des

troupiers.

COCASSERIE, s. f. Saugrenuïté dite ou écrite, jouée ou peinte,--dans

l'argot des artistes et des gens de lettres.

COCHE, s. f. Femme adipeuse, massive, rougeaude,--dans l'argot du peuple,

qui veut que la femme pour mériter ce nom, ressemble à une femme et non à

une _scrofa_.

COCHONAILLE, s. f. Charcuterie,--dans l'argot des ouvriers,--qui ne

redoutent pas les trichines.

On dit aussi _Cochonnerie_.

COCHONNER, v. a. Travailler sans soin, malproprement,--dans l'argot des

bourgeois.

COCHONNERIE, s. f. Besogne mal faite; marchandise de qualité inférieure;

nourriture avariée ou mal préparée.--Argot du peuple.

COCHONNERIE, s. f. Vilain tour, trahison, manque d'amitié.

COCHONNERIE, s. f. Ce que Cicéron appelle _turpitudo verborum_.--Argot

des bourgeois.

COCO, s. m. Boisson rafraîchissante composée d'un peu de bois de réglisse

et de beaucoup d'eau. Cela ne coûtait autrefois qu'un liard le verre et

les verres étaient grands; aujourd'hui cela coûte deux centimes, mais les

verres sont plus petits. O progrès!

COCO, s. m. Tête,--dans l'argot des faubouriens, qui prennent l'homme

pour un _Coco nucifera_.

_Coco déplumé._ Tête sans cheveux.

_Redresser le coco._ Porter la tête haute.

_Monter le coco._ Exciter le désir, échauffer l'imagination.

COCO, s. m. Gorge, gosier,--dans le même argot.

_Se passer par le coco._ Avaler, boire, manger.

COCO, s. m. Homme singulier, original,--dans le même argot.

_Joli coco._ Se dit ironiquement de quelqu'un qui se trouve dans une

position ennuyeuse, ou qui fait une farce désagréable.

_Drôle de coco._ Homme qui ne fait rien comme un autre.

COCO, s. m. Eau-de-vie,--dans l'argot des faubouriens.

COCO, s. m. Cheval,--dans l'argot du peuple.

_Il a graissé la patte à coco._ Se dit ironiquement d'un homme qui s'est

mal tiré d'une affaire, qui a mal rempli une commission.

COCO, s. m. OEuf,--dans l'argot des enfants, pour qui les poules sont des

_cocottes_.

COCODÈS, s. m. Imbécile riche qui emploie ses loisirs à se ruiner pour

des drôlesses qui se moquent de lui.

On pourrait croire ce mot de la même date que _cocotte_: il n'en est

rien,--car voilà une vingtaine d'années que l'acteur Osmont l'a mis en

circulation.

COCODETTE, s. f. Drôlesse,--la femelle du cocodès,--comme la chatte est

la femelle de la souris.

COCO ÉPILEPTIQUE, s. m. Vin de Champagne,--dans l'argot des gens de

lettres qui ont lu _la Vie de Bohème_.

COCOS, s. m. pl. Souliers,--dans l'argot des enfants.

COCOTTE, s. f. Demoiselle qui ne travaille pas, qui n'a pas de rentes, et

qui cependant trouve le moyen de bien vivre--aux dépens des imbéciles

riches qui tiennent à se ruiner.

Le mot date de quelques années à peine. Nos pères disaient: _Poulette_.

COCOTTERIE, s. f. Le monde galant, la basse-cour élégante où gloussent

les _cocottes_.

COCOTTES, s. f. pl. Poules, canards, dindons, etc.,--dans l'argot des

enfants.

Se dit aussi des Poules en papier avec lesquelles ils jouent.

COEUR D'ARTICHAUT, s. m. Homme à l'amitié banale; femme à l'amour

vénal,--dans l'argot du peuple.

On dit: _Il_ ou _Elle a un cœur d'artichaut, il y en a une feuille pour

tout le monde_.

COFFRE, s. m. La poitrine,--dans l'argot du peuple, qui a l'honneur de se

rencontrer pour ce mot avec Saint-Simon.

_Avoir le coffre bon._ Se bien porter physiquement.

COFFRER, v. a. Emprisonner,--dans l'argot du peuple, qui s'est rencontré

pour ce mot avec Voltaire.

_Se faire coffrer._ Se faire arrêter.

COGNADE, s. f. Gendarmerie,--dans l'argot des voleurs, qui ont de

fréquentes occasions de se _cogner_ avec les représentants de la loi.

COGNE, s. m. Gendarme.

_La cogne._ La gendarmerie.

COGNE, s. m. Apocope de Cognac,--dans l'argot des faubouriens.

COGNER (Se), v. réfl. Echanger des coups de pied et des coups de

poing,--dans le même argot.

Se dit aussi pour: Prendre les armes, descendre dans la rue et faire une

émeute.

COIFFER, v. a. Donner un soufflet, une _calotte_.

COIFFER, v. a. Trahir son mari,--dans l'argot des bourgeoises.

COIFFER (Se). Se prendre d'amitié ou d'amour pour quelqu'un ou pour

quelque chose,--dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de prêter ce

mot à La Fontaine.

COIFFER SAINTE CATHERINE, v. a. Rester vieille fille,--dans l'argot des

bourgeois.

COIRE, s. f. Ferme, métairie,--dans l'argot des voleurs.

COLAS, s. m. Cou,--dans le même argot.

_Faucher le colas._ Couper le cou.

On dit aussi _le colin_.

COLAS, s. m. Imbécile, ou seulement homme timide,--dans l'argot du

peuple, qui aime les gens dégourdis.

_Grand Colas._ Nigaud, qui a laissé échapper une bonne fortune.

COLBACK, s. m. Conscrit,--dans l'argot des vieux troupiers, pleins de

mépris pour les débutants.

COL CASSÉ, s. m. Gandin,--jeune homme à la mode. Argot des faubouriens.

COLLAGE, s. m. Union morganatique,--dans l'argot du peuple, qui sait que

ces mariages-là durent souvent plus longtemps que les autres.

COLLANT, adj. Ennuyeux,--dans l'argot des petites dames, qui n'aiment pas

les gens qui ont l'air de les trop aimer.

COLLE, s. f. Examen préparatoire à un examen véritable,--dans l'argot des

Polytechniciens.

_Être tangent à une colle._ Être menacé d'un simulacre d'examen.

COLLE, s. f. Mensonge,--dans l'argot des faubouriens.

COLLÉ (Être). Ne plus savoir quoi répondre; être interdit,--dans l'argot

du peuple.

COLLÈGE, s. m. La prison,--dans l'argot des voleurs, qui y font en effet

leur éducation et en sortent plus forts qu'ils n'y sont entrés.

_Collèges de Pantin._ Prisons de Paris.

Les Anglais ont la même expression: _City college_, disent-ils à propos

de Newgate.

COLLÉGIEN, s. m. Prisonnier.

COLLER, v. a. Donner,--dans l'argot des faubouriens, qui collent souvent

des soufflets sans se douter que le verbe _colaphizo_ ([grec: cholaptô])

signifie exactement la même chose.

_Se coller._ S'approprier quelque chose.

COLLER, v. a. Mettre, placer, envoyer,--dans l'argot du peuple.

COLLER (Se), v. réfl. Se placer quelque part et n'en pas bouger.

COLLER (Se), v. réfl. Se lier trop facilement; faire commerce d'amitié

avec des gens qui n'y sont pas disposés.

COLLER (Se faire). Se faire refuser aux examens,--dans l'argot des

étudiants.

COLLER SOUS BANDE, v. a. Châtier un impertinent; river son clou à un

farceur; tromper un trompeur; sortir victorieux d'un pugilat de paroles.

COLLER UN PAIN, v. a. Appliquer un soufflet ou un coup de poing sur la

figure de quelqu'un.--Argot des faubouriens.

COLLEUR, s. m. Menteur.

COLLEUR, s. m. Examinateur--dans l'argot des Polytechniciens.

COLLEUR, s. m. Homme qui se lie trop facilement; importun bavard qui, une

fois qu'il vous tient, ne vous lâche plus.

On dit plutôt: _Collant_.

COLLOQUER (Se), v. réfl. Se placer, s'asseoir,--dans l'argot du peuple.

COLOQUINTE, s. f. Tête,--dans l'argot des faubouriens, qui ont trouvé

dans certains individus grotesques une ressemblance avec le _cucumis

colocynthis_.

COLTIN, s. m. Force, énergie,--dans l'argot du peuple, qui tire du _cou_

dans presque tous ses travaux.

COLTINER, v. n. Traîner une charrette avec un _licol_, comme font les

hommes de peine, qui remplacent ainsi les bêtes de somme.

COLTINEUR, s. m. Homme qui traîne une charrette avec un licol.

COMBERGEANTE, s. f. Confession,--dans l'argot des voleurs.

COMBERGO, s. m. Confessionnal,--dans le même argot.

_Aller à comberge._ Aller à confesse.

COMBLANCE, s. f. Abondance, excès, chose _comble_,--dans le même argot.

_Par comblance._ Par surcroît.

COMBRE, s. m. Chapeau,--dans l'argot des voleurs, qui ont trouvé plaisant

de comparer cette coiffure à un _concombre_, et plus plaisant encore de

supprimer la première syllabe de ce dernier mot.

Ils disent aussi _Combriot_.

COMBRIE, s. f. Pièce d'un franc,--dans le même argot.

COMBRIEU, s. m. Chapeau,--dans l'argot des faubouriens.

Ils disent aussi _Cambrieu_, plus conforme à l'étymologie qui est

certainement _cambré_.

COMBROUSIER, s. m. Paysan,--dans l'argot des voleurs.

COMBUSTIBLE (Du)! Se dit, comme Chaud! Chaud!--dans l'argot du

peuple,--pour exciter quelqu'un à faire quelque chose.

COME, s. m. Apocope de Commerce,--dans l'argot des voyous.

COMÈTE, s. f. Vagabond,--dans l'argot des faubouriens.

COMMANDER A CUIRE, v. n. Envoyer à l'échafaud,--dans l'argot des

prisons.

COMMANDITE, s. f. Ouvriers travaillant ensemble pour le compte d'un

tâcheron,--dans l'argot des typographes.

COMME IL FAUT, s. m. Les règles de l'élégance et de la distinction, le

suprême bon ton,--dans l'argot des bourgeois, à propos des gens et des

choses. C'est le _Cant_ des Anglais.

On prononce _comifô_.

COMME IL FAUT, adj. Selon le code du bon goût et du bon ton, du bien dire

et du bien élevé.

_L'homme comme il faut_ des bourgeoises est le _monsieur bien_ des

petites dames.

COMMODE, s. f. Cheminée,--dans l'argot des voleurs, qui y serrent les

objets dont ils veulent se débarrasser comme trop compromettants.

COMMUNE COMME UNE MOULE, adj. Se dit--dans l'argot des Précieuses

bourgeoises--de toute femme, du peuple ou d'ailleurs, qui ne leur

convient pas.

COMMUNISTE, s. m. Républicain,--dans l'argot des bourgeois, qui, en 1848,

donnaient ce nom à tout ce qui n'était pas eux.

COMPAS, s. m. Les jambes,--dans l'argot des ouvriers.

_Ouvrir le compas._ Marcher.

_Allonger le compas._ Précipiter sa marche.

COMPÈRE-COCHON, s. m. Homme plus familier qu'il n'en a le droit,--dans

l'argot des bourgeois.

COMPTE (Avoir son), v. a. Être gris pour avoir trop bu, ou blessé à mort

pour s'être battu en duel.

COMPTER SES CHEMISES, v. a. Vomir,--dans l'argot des marins et du peuple.

Les Anglais ont une expression analogue: _To cast up one's accounts_

(rendre ses comptes), disent-ils.

COMTE DE CARUCHE, s. m. Porte-clés,--dans l'argot des voleurs, qui se

plaisent à occuper leurs loisirs forcés en s'improvisant les Borel

d'Hauterive de leur prison.

COMTE DE GIGOT-FIN, s. m. Beau mangeur,--dans l'argot du peuple, qui ne

craint pas de créer des types comme Molière et d'anoblir des vilains

comme Napoléon.

COMTE DU CANTON, s. m. Geôlier,--dans l'argot des voleurs.

CONDÉ, s. m. Permission de tenir des jeux de hasard,--dans l'argot des

voleurs, qui obtiennent cette permission d'un des _condés_ suivants:

_Grand condé._ Préfet.

_Petit condé._ Maire.

_Demi-condé._ Adjoint.

_Condé franc_ ou _affranchi_. Fonctionnaire qui se laisse corrompre.

Plus particulièrement: Faveur obtenue d'un geôlier ou d'un directeur.

CONFÉRENCIER, s. m. Orateur en chambre, qui parle de tout sans souvent

être payé pour cela.

Mot nouveau, profession nouvelle.

CONFIRMER, v. a. Donner une paire de soufflets.

CONFRÈRE DE LA LUNE, s. m. Galant homme qui a eu le tort d'épouser une

femme galante,--dans l'argot du peuple, trop irrévérencieux envers le

croissant de la chaste Diane.

CONILLER, v. n. User de subterfuges pour échapper à un ennui ou à un

danger, se cacher, disparaître, comme un lapin (_cuniculus_, conil) dans

son trou. Argot du peuple.

CONIR, v. n. Mourir.

CONJUNGO, s. m. Mariage,--dans l'argot du peuple, qui a voulu faire

allusion au premier mot du discours du prêtre aux mariés: _Conjungo_ (je

joins).

CONNAISSANCE, s. f. Maîtresse,--dans l'argot des ouvriers, qui veulent

connaître une fille avant de la prendre pour femme.

CONNAÎTRE LE JOURNAL. Être au courant d'une chose; savoir à quoi s'en

tenir sur quelqu'un. Argot des bourgeois.

Signifie aussi: Savoir de quoi se compose le dîner auquel on est invité.

CONNAÎTRE LE NUMÉRO, v. a. Avoir de l'habileté, de l'expérience,--dans

l'argot du peuple, qui ne se doute pas que l'expression a appartenu à

l'argot des chevaliers d'industrie. «Les escrocs disent d'une personne

qu'ils n'ont pu duper: Celui-là sait le numéro, il n'y a rien à faire.»

(_Les Numéros parisiens_, 1788.)

_Connaître le numéro de quelqu'un._ Savoir ce qu'il cache; connaître ses

habitudes, son caractère, etc.

CONNU! Exclamation de l'argot du peuple, qui l'emploie pour interrompre

les importuns, les bavards--et même les éloquents.

Signifie aussi: C'est usé! Je ne crois plus à ces choses-là!

CONOBRER, v. a. Connaître,--dans l'argot des voleurs.

Ce verbe ne viendrait-il pas de _cognoscere_, connaître, ou de

_cognobilis_, facile à connaître.

CONQUÊTE, s. f. Maîtresse d'une heure ou d'un mois,--dans l'argot des

bourgeois, Alexandres pacifiques.

CONSCIENCE, s. f. Travail spécial, fait à la journée au lieu de l'être

aux pièces. Argot des typographes.

_Être en conscience_, ou _à la conscience_. Travailler à la journée.

CONSCRIT, s. m. Elève de première année,--dans l'argot des

Polytechniciens, dont beaucoup se destinent à l'armée.

C'est aussi l'élève de seconde année à Saint-Cyr.

CONSERVATOIRE, s. m. Grand Mont-de-piété,--dans l'argot du peuple.

CONSOLATION, s. f. Eau-de-vie,--dans l'argot du peuple, qui se console à

peu de frais.

_Débit de consolation._ Liquoriste, cabaret.

CONSOLER SON CAFÉ. Mettre de l'eau-de-vie dedans. Habitude

normande,--très parisienne.

CONSOMME, s. f. Apocope de _consommation_,--dans l'argot des

faubouriens.

CONSTANTE, s. f. Nom que les Polytechniciens donnent à l'élève externe,

parce que l'externe sort de l'école comme il y est entré: il n'a pas

d'avancement; il n'est pas choyé, il joue au milieu de ses camarades le

rôle de la _constante_ dans les calculs: il passe par toutes les

transformations sans que sa nature en subisse aucune variation.

CONTRE, s. m. Consommation personnelle, au café, que l'on joue avec une

autre personne _contre_ sa consommation.

CONTRÔLE, s. m. Flétrissure, marque de fer rouge sur l'épaule des

forçats,--dans l'argot des prisons.

CONTRÔLER, v. a. Donner un coup de talon de botte sur la figure de

quelqu'un. Argot des faubouriens.

On dit aussi _mettre le contrôle_.

CONVALESCENCE, s. f. Surveillance de la haute police,--dans l'argot des

voleurs.

_Être en convalescence._ Être sous la surveillance de la police.

COPAIN, s. m. Compagnon d'études,--dans l'argot des écoliers.

On écrivait et on disait autrefois _compaing_, mot très expressif que je

regrette beaucoup pour ma part, puisqu'il signifiait l'ami, le frère

choisi, celui avec qui, aux heures de misère, on partageait son

pain,--_cum pane_. C'est l'ancien nominatif de _compagnon_.

COPE, s. f. Apocope de copie,--dans l'argot des typographes.

_Avoir de la cope._ Avoir un manuscrit à composer.

COPEAU, s. m. La langue,--dans l'argot des souteneurs de filles.

_Lever son copeau._ Parler, bavarder.

COPIE, s. f. Travail plus ou moins littéraire, bon à livrer à

l'imprimeur,--dans l'argot des gens de lettres, qui écrivent

_copiosissimè_ dans l'intérêt de leur _copia_.

_Faire de la copie._ Écrire un article pour un journal ou pour une revue.

_Caner sa copie._ Ne pas écrire l'article promis.

_Pisser de la copie._ Écrire beaucoup trop, sur tous les sujets.

_Pisseur de copie._ Ecrivain qui a une facilité déplorable et qui en

abuse pour inonder les journaux ou revues de Paris, des départements et

de l'étranger, de sa prose ou de ses vers.

COQ, s. m. Cuisinier,--dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans la

marine, et qui ne savent pas parler si bien latin, _coquus_.

COQUARD, s. m. OEil,--dans l'argot des bouchers.

COQUARD, s. m. OEuf,--dans l'argot des enfants.

COQUARDEAU, s. m. Galant que les femmes dupent facilement,--dans l'argot

du peuple.

Le mot n'est pas aussi moderne qu'on serait tenté de le croire, car il

sort du _Blason des fausses amours_:

«Se ung coquardeau

Qui soit nouviau

Tombe en leurs mains,

C'est un oyseau

Pris au gluau

Ne plus ne moins.»

COQUARDER, v. n. _Alvum deponere._ Argot des faubouriens. (V. _Coquard_

et _Pondre un œuf_.)

COQUER, v. a. Dénoncer,--dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté à

l'argot lyonnais ce mot qui signifie _embrasser_, comme fit Judas

Iscariote pour Jésus.

COQUER, v. a. Donner,--dans le même argot.

_Coquer la camouffle._ Présenter la chandelle.

_Coquer la loffitude._ Donner l'absolution.

_Coquer le poivre._ Empoisonner.

_Coquer le taf._ Faire peur.

COQUEUR, s. m. Dénonciateur.

COQUEUR DE BILLE, s. m. Bailleur de fonds.

COQUILLARD, s. m. Pèlerin,--dans l'argot des faubouriens.

COQUILLE, s. f. Lettre mise à la place d'une autre,--dans l'argot des

typographes.

COQUILLON, s. m. Pou,--dans l'argot des faubouriens, qui se rappellent

sans doute qu'on donnait autrefois ce nom à un capuchon qui se relevait

sur la tête.

CORBEAU, s. m. Frère de la Doctrine chrétienne,--dans l'argot des

faubouriens, qui ont été frappés de l'analogie d'allures qu'il y a entre

ces honnêtes instituteurs de l'enfance et l'oiseau du prophète Elie.

CORBEAU, s. m. Employé des pompes funèbres,--dans le même argot.

CORBUCHE, s. f. Ulcère,--dans l'argot des voleurs.

_Corbuche-lof._ Ulcère factice.

CORDER, v. n. Fraterniser, vivre avec quelqu'un _toto corde_,--dans

l'argot du peuple.

CORDON BLEU, s. m. Cuisinière émérite. Argot des bourgeois.

CORNARD, s. m. Galant homme qui a épousé une femme galante,--dans l'argot

du peuple, impitoyable pour les malheurs ridicules et pour les martyrs

grotesques.

CORNEAU, s. m. Bœuf,--dans l'argot des voleurs.

_Corneaude._ Vache.

CORNER, v. a. Publier une chose avec éclat; répéter une nouvelle, fausse

ou vraie,--dans l'argot du peuple.

_Corner une chose aux oreilles de quelqu'un._ La lui répéter de façon à

lui être désagréable.

CORNER, v. n. Puer,--dans l'argot des faubouriens, qui font probablement

allusion à l'odeur insupportable qu'exhale la corne brûlée.

CORNET, s. m. Estomac,--dans le même argot.

_Se mettre quelque chose dans le cornet._ Manger.

_N'avoir rien dans le cornet._ Être à jeun.

CORNET D'ÉPICES, s. m. Capucin,--dans l'argot des voleurs.

CORNICHE, s. f. Chapeau. Argot des faubouriens.

CORNICHON, s. m. Veau. Argot des voleurs.

CORNICHON, s. et adj. Nigaud, homme simple, qui respecte les

femmes,--dans l'argot de Breda-Street; parfois imbécile,--dans l'argot au

peuple, qui juge un peu comme les filles, ses filles.

CORNIÈRE, s. f. Étable.

CORNIFICETUR, s. m. Galant homme qui a épousé une femme galante et qui le

regrette tous les jours.

CORSER, v. a. Multiplier les péripéties,--dans l'argot des gens de

lettres; augmenter la force d'un liquide,--dans l'argot des marchands de

vin.

CORSER (Se). Se compliquer, devenir grave. Argot des gens de lettres.

CORVETTE, s. f. L'Héphestion des Alexandres populaciers,--dans l'argot

des voleurs.

COSSU, adj. Riche,--dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos des

gens et des choses.

COSTEL, s. m. Souteneur de filles,--dans l'argot des voyous.

COSTIÈRES, s. f. pl. Rainures pratiquées dans le plancher d'un théâtre

pour y faire glisser les portants; celles qui avancent sur la scène se

ferment au moyen des trappillons.

On dit des objets perdus ou volés au théâtre qu'ils sont _tombés dans les

costières_.

CÔTE, s. f. Passe difficile de la vie,--dans l'argot des bohèmes, qui

s'essoufflent à gravir le Double-Mont.

_Être à la côte._ N'avoir pas d'argent.

_Frère de la côte._ Compagnon de misère.

CÔTE-DE-BOEUF, s. f. Sabre d'infanterie,--dans l'argot du peuple.

COTE G, s. f. Objet de peu de valeur innocemment détourné, en vertu d'un

usage immémorial, par les clercs inventoriant une succession. Ce bibelot,

ne figurant à aucune cote de l'acte, passe à la _cote G_, qui me fait

l'effet d'être un jeu de mots (cote _j'ai_).

CÔTELARD, s. m. Melon à _côtes_,--dans l'argot des faubouriens.

CÔTELETTE DE PERRUQUIER, s. f. Morceau de fromage de Brie,--dans l'argot

du peuple, qui suppose que les garçons perruquiers n'ont pas un salaire

assez fort pour déjeuner à la fourchette comme les gandins.

On dit aussi _Côtelette de vache_.

Les ouvriers anglais ont une expression du même genre: _A welsh rabbit_

(un lapin du pays de Galles), disent-ils à propos d'une tartine de

fromage fondu.

CÔTELETTES, s. f. pl. Favoris larges par le bas et minces par le

haut,--dans le même argot.

COTERIE, s. f. Compagnon,--dans l'argot des maçons.

COTILLON, s. m. Fille ou femme,--dans l'argot du peuple.

_Aimer le cotillon._ Être de complexion amoureuse.

_Faire danser le cotillon._ Battre sa femme.

COTON, s. m. Douceur,--dans le même argot.

_Elever un enfant dans du coton._ Le gâter de caresses.

COTON, s. m. Coups échangés,--dans l'argot des faubouriens, dont la main

dégaine volontiers.

_Il y a eu_ ou _il y aura du coton_. On s'est battu ou l'on se battra.

COTON, s. m. Travail pénible, difficulté, souci,--dans le même argot.

_Il y a du coton._ On aura de la peine à se tirer d'affaire.

COTRETS, s. m. pl. Jambes,--dans l'argot des faubouriens.

On dit aussi _fumerons_.

COTTE, s. f. Pantalon de toile bleue,--dans l'argot des ouvriers, qui ne

le mettent que pour travailler, par-dessus un autre pantalon.

COUAC, s. m. Prêtre,--dans l'argot des voyous, fils des faubouriens, qui,

en croyant dire une plaisanterie et faire une allusion au cri du corbeau,

prononcent sérieusement _quaker_.

COUCHER, s. m. Homme qui s'attarde volontairement dans une maison où il

ne devrait jamais même mettre les pieds.

COUCHER A LA CORDE, v. n. Passer la nuit dans un de ces cabarets comme il

en existait encore, il y a quelques années, assis et les bras appuyés sur

une corde tendue à hauteur de ceinture.

COUCHER BREDOUILLE (Se). Se coucher sans avoir dîné.

COUCHER DANS LE LIT AUX POIS VERTS, v. n. Coucher dans les champs, à la

belle étoile.

COUCHER EN CHAPON (Se), v. réfl. Se coucher repu de viande et de

vin,--dans l'argot du peuple.

COUCOU, s. m. Cocu,--par antiphrase.

_Faire coucou._ Tromper un homme avec sa femme.

On dit aussi _Faire cornette_, quand c'est la femme qui est trompée.

COUCOU, s. m. Montre,--dans l'argot des voleurs, qui confondent à dessein

avec les horloges de la Forêt-Noire.

Ils disent mieux _Bogue_.

COUDE, s. m. Permission,--dans l'argot des voyous.

_Prendre sa permission sous son coude._ Se passer de permission.

COUENNE, s. et adj. Imbécile, niais, homme sans énergie,--dans l'argot

des faubouriens, qui pensent comme Emile Augier (dans _la Ciguë_), que

«les sots sont toujours gras».

COUENNE, s. f. Chair,--dans l'argot du peuple.

_Gratter la couenne à quelqu'un._ Le flatter, lui faire des compliments

exagérés.

COUENNE DE LARD, s. f. Brosse,--dans le même argot.

COUENNES, s. f. pl. Joues pendantes.

COULE, s. f. Les dégâts, les petits vols que commettent les employés, les

ouvriers, les domestiques d'une maison, et spécialement les garçons de

café, parce que c'est par là souvent qu'on _coule_ une maison.

On dit aussi _Coulage_.

_Veiller à la coule._ Veiller sur les domestiques, avoir l'œil sur les

garçons de café et autres, pour empêcher la dilapidation.

COULE (Être à la). Être d'un aimable caractère, d'un commerce agréable,

doux, _coulant_,--dans l'argot du peuple.

Signifie aussi: Savoir tirer son épingle du jeu; être dupeur plutôt que

dupé; préférer le rôle de malin à celui de niais, celui de marteau à

celui d'enclume.

COULER (En). En conter aux gens crédules, dans le même argot.

COULER DOUCE (Se la), v. réfl. Vivre sans rien faire, sans souci d'aucune

sorte,--dans l'argot du peuple, qui ne serait pas fâché de vivre de cette

façon-là, pour changer.

COULEUR, s. f. Menterie, conte en l'air,--dans l'argot du peuple, qui

s'est probablement aperçu que, chaque fois que quelqu'un ment, il rougit,

à moins qu'il n'ait l'habitude du mensonge.

_Monter une couleur._ Mentir.

Au XVIIe siècle on disait: _Sous couleur de_, pour _Sous prétexte de_.

Or, tout prétexte étant un mensonge, il est naturel que tout mensonge

soit devenu une _couleur_.

COULEUR, s. f. Opinion politique. Même argot.

COULEUVRE, s. f. Femme enceinte,--dans l'argot des voyous, qui,

probablement, font allusion aux lignes serpentines de la taille d'une

femme en cette «position intéressante».

COULIANT, s. m. Lait,--dans l'argot des voleurs.

COULOIR, s. m. Le gosier,--dans l'argot des faubouriens, qui en lavent

les parois à grands coups de vin et d'eau-de-vie, sans redouter

l'humidité.

_Chelinguer du couloir._ Fetidum halitum emittere.

COUPAILLON, s. m. Coupeur maladroit, inexpérimenté. Argot des tailleurs.

COUP D'ARROSOIR, s. m. Verre de vin bu sur le comptoir du cabaretier.

Argot des faubouriens.

COUP DE BOUTEILLE, s. m. Rougeur du visage, coup de sang occasionné par

l'ivrognerie,--dans l'argot du peuple. COUP DE CANIF, s. m. Infidélité

conjugale,--dans l'argot des bourgeois.

_Donner un coup de canif dans le contrat._ Tromper sa femme ou son mari.

COUP DE CASSEROLE, s. m. Dénonciation,--dans l'argot des voleurs.

COUP DE CHASSELAS, s. m. Demi-ébriété,--dans l'argot du peuple. _Avoir un

coup de chasselas._ Être en état d'ivresse.

COUP DE CHIEN, s. m. Traîtrise, procédé déloyal et inattendu,--dans le

même argot.

COUP DE FEU, s. m. Moment de presse.

COUP DE FEU DE SOCIÉTÉ, s. m. Dernier degré de l'ivresse,--dans l'argot

des typographes.

COUP DE FOURCHETTE, s. m. Déjeuner. Argot des bourgeois.

_Donner un coup de fourchette._ Manger.

COUP DE FOURCHETTE, s. m. Vol à l'aide de deux doigts seulement.

COUP DE FOURCHETTE, s. m. Coup donné dans les deux yeux avec les deux

doigts qui suivent le pouce de la main droite. Argot des faubouriens.

COUP DE GAZ, s. m. Coup de vin. Argot des faubouriens.

COUP DE PIED DE JUMENT, s. m. Maladie désagréable,--dans l'argot du

peuple.

COUP DE PIED DE VÉNUS, s. m. «Trait empoisonné lancé par le fils de

Cythérée au nom de sa mère»,--dans l'argot des bourgeois, qui connaissent

leur mythologie.

COUP DE PISTOLET, s. m. Opération isolée et sans suite, mais destinée

cependant à faire un peu de bruit.

_Coup de pistolet dans l'eau._ Affaire ratée.

COUP DE POING DE LA FIN, s. m. Mot ironique ou cruel, qu'on lance à la

fin d'une conversation ou d'un article. Argot des gens de lettres.

COUP DE RAGUSE, s. m. Traîtrise, acte déloyal, trahison,--dans l'argot

des ouvriers, chez qui le souvenir de la défection de Marmont est

toujours vivant. C'est pour eux ce qu'est le _coup de Jarnac_ pour les

lettrés.

COUP DE RIFLE, s. m. Ivresse,--dans l'argot des typographes.

COUP DE SOLEIL, s. m. Demi-ébriété,--dans l'argot des faubouriens, que le

vin _allume_ et dont il _éclaire_ le visage.

COUP DE TAMPON, s. m. Coup de poing. Argot du peuple.

COUP DE TORCHON, s. m. Baiser,--dans l'argot des faubouriens, qui sans

doute, veulent parler de ceux qu'on donne aux femmes maquillées, dont

alors les lèvres _essuient_ le visage.

COUP DE TORCHON (Se donner un), v. réfl. Se battre en duel ou à coups de

poing, comme des gentilshommes ou comme des goujats.

C'est une façon comme une autre d'_essuyer_ l'injure reçue. Même argot.

COUP DE TRENTE-TROIS CENTIMÈTRES, s. m. Coup de _pied_. Argot

calembourique des faubouriens.

COUP DE VAGUE, s. m. Vol improvisé.

COUP DU LAPIN, s. m. Coup féroce que se donnent parfois les voyous dans

leurs _battures_. Il consiste à saisir son adversaire, d'une main par les

testicules, de l'autre par la gorge, et à tirer dans les deux sens:

celui qui est saisi et tiré ainsi n'a pas même le temps de recommander

son âme à Dieu. (V. la _Gazette des Tribunaux_, mai 1864.)

COUP DU LAPIN, s. m. Coup plus féroce encore, que la nature vous donne

vers la cinquantième année, à l'époque de l'âge _critique_.

_Recevoir le coup du lapin._ Vieillir subitement du soir au lendemain; se

réveiller avec des rides et les cheveux blancs.

Signifie aussi au figuré: Coup de grâce.

COUP DU MÉDECIN, s. m. Le verre de vin que l'on boit immédiatement après

le potage,--dans l'argot des bourgeois, qui disent quelquefois: «Encore

un écu de six francs retiré de la poche du médecin!» Mais dans ce cas,

quelque convive prudent ne manque jamais d'ajouter: «Oui... et jeté dans

la poche du dentiste!»

COUP DUR, s. m. Obstacle imprévu; désagrément inattendu,--dans l'argot du

peuple.

COUPE, s. f. Misère,--dans l'argot des voleurs, qui y tombent souvent par

leur faute (_culpa_).

COUPE-CHOUX, s. m. Sabre de garde national,--dans l'argot du peuple, qui

suppose cette arme inoffensive et tout au plus bonne à servir de

sécateur.

COUPE-CUL (A), adv. Sans revanche,--dans l'argot des faubouriens.

COUPE-FICELLE, s. m. Artificier,--dans l'argot des artilleurs.

COUPELARD, s. m. Couteau,--dans l'argot des prisons.

COUPER, v. a. Passer devant une voiture,--dans l'argot des cochers, qui

se plaisent à se blesser ainsi entre eux.

COUPER (La), v. a. Etonner quelqu'un désagréablement en lui enlevant sa

maîtresse, son emploi, n'importe quoi, au moment où il s'y attendait le

moins.

Le mot date de la maréchale Lefebvre.

Dictionnaire de la langue verte · 第 43 / 143 题