Les deux dames, restées seules, gardèrent un instant le silence.
Tout à coup Pauline, rassemblant son courage, dit à brûle-pourpoint à
la châtelaine:
--Le baron Pottemain serait-il par hasard le mari que vous me
destinez?
--Pourquoi pas? répliqua tranquillement Mme de Guermanton.
--C'est aller un peu vite, hasarda Pauline, car enfin la réputation
du baron et le portrait que vient d'en faire M. de Charaintru...
--Que dites-vous? répliqua vivement Jeanne. Quelle réputation a-t-il?
Le connaissez-vous? Que son aïeul ait été un ogre, quelle influence
cela peut-il exercer sur son caractère? Et de quel droit un bavard
inutile, qui parle de tout à tort et à travers, vous imposerait-il
une opinion toute faite, lui qui jamais n'a pu s'en faire une
raisonnable sur quoi que ce soit? Quant au physique..., je prétends
pour ma part que ces questions de figure, dont vous faites si grand
cas, n'ont pas l'importance qu'on leur prête... Pour ma part, je
reprocherai toujours à Bossuet d'avoir fait dépendre le sort de
l'empire romain du nez de Cléopâtre... Pour un théologien, c'était
outrager la Providence. On gagnerait gros, si l'on connaissait
toujours l'humeur et la position des gens avant leur visage et l'on
apprendrait plus à causer avec un inconnu pendant six mois à travers
une porte qu'à le prendre pour mari sur la foi de la frisure, des
gants glacés et des bottes vernies d'une première entrevue...
--Cependant, dit Pauline, l'impression première qu'on ressent à la
vue de quelqu'un trompe rarement...
--Ces impressions s'évanouissent à l'user, dans la pratique de la
vie... On finit par ne plus voir les figures. Le caractère lui-même
s'en va aussi en fumée. Il ne reste de tout cela que des conditions
générales plus ou moins bonnes d'existence commune. Le bien-être
devient plus cher que les personnes, et le sentiment du devoir
accompli éclipse l'amour...
--Me ferez-vous croire, madame, s'écria Pauline, que l'on ne se marie
jamais en somme qu'en vue de se créer un avenir? Me ferez-vous croire
que vous, à qui le ciel a départi le meilleur, le plus beau et le
plus chevaleresque des époux, vous n'ayez vu en lui que la jonction
de deux fortunes? Laissez-moi penser que vous avez commencé par le
préférer à tous et par l'aimer!
--Je comprends, riposta ironiquement Mme de Guermanton, que vous
préjugiez mal du baron sans le connaître. Règle générale, vous
trouvez tous les hommes moins bien que mon mari!
--Je ne préjuge de rien, fit Pauline blessée par cette allusion, et
j'ai hâte de me rencontrer avec le châtelain de Bois-Peillot, afin
de me former une idée de son mérite extraordinaire. J'ai le cœur si
libre, ajouta-t-elle avec hauteur, que si votre homme n'est pas un
monstre, et à supposer qu'il soit exact que je lui plaise, je vous
promets de l'épouser avec le plus grand empressement.
--A la bonne heure, dit Mme de Guermanton.
--Seulement, poursuivit Pauline, comme je me défie de mon propre
jugement en cette grave matière, plutôt que de causer avec lui
pendant six mois à travers une porte, j'essaierai de me faire une
opinion sur son compte dans un plus bref délai et en le voyant, à
l'œil nu, s'il se peut.
L'annonce d'un événement aussi inattendu et sa conversation avec la
châtelaine avaient profondément troublé Pauline Marzet.
L'idée qu'on prêtait au baron Pottemain d'épouser une institutrice
qu'il avait à peine entrevue, lui semblait à ce point invraisemblable
qu'elle se demandait si tout ceci n'était pas le résultat des
intrigues de Jeanne, qui voyait là assurément une occasion de
l'éloigner définitivement de Guermanton.
Pour en avoir le cœur net, elle conçut le projet d'interroger M. de
Guermanton.
L'occasion de l'entretenir seule à seul se présenta le lendemain dans
l'après-midi.
Elle donnait au fond du parc une leçon de botanique à Berthe et à
Georges, lorsque subitement Jacques apparut au détour d'une allée.
Elle s'approcha et aborda carrément la question.
Était-ce bien sérieusement que, depuis la veille, Mme de Guermanton
lui parlait de mariage comme d'une chose possible?
Quelle espèce d'intérêt pouvait bien avoir la châtelaine à
l'entretenir d'un projet aussi invraisemblable, elle qui n'était
qu'une orpheline pauvre?
Comme Jacques gardait le silence:
--Parlez-moi franchement, reprit-elle, vous qui ne m'avez jamais
trompée. Servez-moi une dernière fois, vous que j'ai toujours
loyalement servi! Dans quel dessein un homme aussi riche pourrait-il
se décider à épouser une fille pauvre? Comment même y a-t-il pu
songer? Et y songe-t-il seulement?
M. de Guermanton, tout en affectant dans sa marche lente et régulière
de jouer avec les cheveux d'or de sa petite fille, se contenta de
répondre:
--Vous me demandez un conseil? Eh bien, en conscience, si vous
trouvez à vous marier, je vous conseille de vous marier.
--C'est bref, fit Pauline avec dépit. Depuis quelque temps vous me
parlez beaucoup moins qu'à l'ordinaire. Je puis à peine vous arracher
un mot sur les sujets qui me touchent le plus.
--Pauline, vous me faites beaucoup de peine! fit M. de Guermanton sur
un ton d'affectueux reproche.
Pauline tressaillit et leva les yeux avec inquiétude. Elle vit que
Jacques la regardait avec une fixité pleine de tendresse.
--Je vous en supplie, reprit-elle, expliquez-moi ce que je dois
faire... et pourquoi je dois le faire.
--S'il le faut, je vous répondrai, repartit résolument M. de
Guermanton, mais ce ne sera point devant mes enfants.
--Soit... il est aisé de les éloigner.
--Oh! non, pas à présent, dit Jacques avec une intention prudente, un
peu plus tard, en présence de Mme de Guermanton.
--Mais Mme de Guermanton me hait! s'écria Pauline.
--Laissez-moi vous assurer que vous vous méprenez sur ses
sentiments... Ils sont tout autres... Quant à l'explication que vous
désirez, vous l'aurez, je vous le promets...
Elle eut en effet lieu, le soir après dîner, entre Jacques, la
châtelaine et Pauline. Elle fut assez vive, mais concluante.
--En résumé, dit Jacques, après quelques escarmouches entre les deux
dames, un veuf riche qui passe pour avoir rendu sa première femme
heureuse, pense à vous, ne pouvant prétendre à trouver à la fois
chez une seconde femme et les grâces que vous avez et la fortune que
vous avez perdue. Je comprends, si vous voulez, que la proposition
vous surprenne, car un veuf riche, sans enfants, trouve toujours à
épouser la fortune en secondes noces. Mais il ne lui est pas défendu
de préférer vos mérites à une seconde fortune qui lui est superflue.
C'est donc affaire à votre modestie. Vous vous dites:
--La préférence de cet homme n'est pas justifiée.
Pour moi je ne la trouve que trop justifiée par les qualités que
je vous reconnais et je m'explique facilement sa préférence. Ah! si
c'était le contraire, si c'était vous qui eussiez songé la première
à ce mariage, c'est lui qui aurait le droit de se défier. Car, soit
dit entre nous, qu'y a-t-il de plus venimeux que la politique des
filles pauvres? Mais vous qu'injustement, et depuis votre naissance,
le destin a ruinée, vous qui, par tradition, saurez demain être
riche sans que la tête vous tourne, je ne vois pas ce que vous
appréhendez... Maintenant, Pauline, qu'il ne soit plus question entre
nous de ce mariage... Je ne l'ai pas inventé, moi! Du moment que vous
nous quittez, je n'accepte pas la responsabilité de votre bonheur. Et
croyez pourtant qu'il m'est aussi cher que le mien...
--Une seule question, dit simplement Pauline. Vous qui me le
souhaitez pour époux, le choisiriez-vous pour ami? Et encore des amis
qui ne se conviennent plus peuvent se quitter, mais des époux...
--Je vous le dirai dans deux jours, quand nous l'aurons vu, fit avec
hésitation le châtelain que cette question semblait embarrasser.
V
La partie de chasse projetée fut organisée deux jours après.
M. de Guermanton et M. de Charaintru partirent de grand matin, à
pied, le fusil sur l'épaule.
Un break devait un peu plus tard conduire les deux dames et les
enfants à une ferme située à la limite des deux communes de Besson et
de Souvigny.
Vers quatre heures, Mme de Guermanton décida de se porter à la
rencontre des chasseurs.
La petite troupe se mit en marche, côtoyant, par un sentier plein
d'herbe, le saut-de-loup qui, pendant un quart de lieue, séparait du
domaine de Bois-Peillot la propriété de M. de Guermanton.
Parvenue à un petit pont de bois rustique qui enjambait le
saut-de-loup et donnait accès dans un vallon boisé, Jeanne fit
signe aux enfants de s'arrêter et montra du doigt à Pauline un
groupe de quatre personnes qui s'avançait de leur côté en causant
tranquillement.
--Papa et M. le curé! s'écria Georges en reconnaissant M. de
Guermanton.
Mais Jeanne imposa d'un geste impérieux silence au petit garçon.
C'étaient, en effet, M. de Guermanton et M. de Charaintru
qu'accompagnaient le curé de Besson, rencontré fortuitement, et un
inconnu.
Un de ces coups décisifs que la destinée fait entendre au seuil de
l'existence comme pour nous avertir, sinon pour nous éclairer, vint
retentir de la tête au cœur de la jeune fille.
Ce profil qu'elle apercevait à peine, dans lequel elle n'avait
encore rien lu, cette silhouette inconnue, c'était le baron Pottemain.
Le baron était de taille moyenne et semblait d'une force athlétique.
Il avait le type aquilin, l'œil à fleur de tête comme les Slaves,
le front bas, très bombé, le menton droit et saillant, la lèvre
supérieure très courte, à peine estampée par une moustache claire. Il
était bien rasé et il avait donné aux broussailles de ses favoris le
dernier coup que les jardiniers savent donner aux pelouses après la
fauchée. Le nez était un peu gros; l'air de tête marquait l'audace et
le regard la curiosité et ce genre d'inquiétude des gens qui veulent
tout voir et ne se laissent pas regarder. Il était vêtu d'un élégant
costume de chasse et il y avait en lui une recherche de formes qui
veut corriger une brutalité native. Ses mains étaient puissantes et
courtes, ses doigts carrés, mais son pied était cambré et petit.
Aucun de ces détails n'échappa à Pauline que le baron étonna en somme
un peu par sa tenue et sa bonne façon.
Le curé de Besson était un vénérable vieillard aux longs cheveux
blancs floconneux, sorte d'abbé Constantin à la physionomie fine et
souriante.
M. de Guermanton et le baron marchaient en tête et, bien que, ne
s'étant qu'entrevus autrefois, ils causaient avec cette familiarité
du grand monde qui laisse toute latitude aux réticences, au fil même
d'une conversation animée. M. de Guermanton qui était approchant du
même âge que M. Pottemain paraissait plus jeune et en même temps plus
franc.
Mais c'était là une impression de Pauline pouvant se rattacher à sa
prédilection pour Jacques.
A dix pas du pont, ces messieurs aperçurent les deux dames. A leur
aspect, le baron se découvrit et mit au jour une de ces calvities qui
trompent souvent sur leurs causes, étant portées par les viveurs et
les penseurs.
Le groupe n'était pas formé que déjà une étrange opposition entre
l'aspect du baron et le miel de sa parole avait frappé la jeune fille.
Elle ne saisit pas précisément le sens du compliment qu'il lui
adressa, même elle y entrevit quelque chose d'ingénieux et de
spirituel, débité sur le ton d'une simplicité presque bonhomme.
--Nous avons, dit Jacques, rencontré M. le curé qui venait de visiter
ses malades, et nous l'avons forcé de se détourner de son chemin pour
nous accompagner.
--Croyez, madame, fit le prêtre, que M. de Guermanton n'a pas eu
beaucoup à insister.
--Dans tous les cas, déclara le baron, mon voisin a parfaitement
fait. Nous avons, monsieur le curé, un compte très vieux à régler
ensemble... Je suis bien en retard avec vous. Eh bien, tenez,
j'entends profiter de l'occasion qui nous rassemble pour vous
confier un grand intérêt et mériter votre faveur par un acte de vrai
paroissien.
--Voyons donc, fit le prêtre.
--Il y a deux écueils dans la vie, poursuivit le baron, le mal qu'on
fait sans le vouloir et le bien que l'on pourrait faire et que l'on
ne fait pas. Depuis trop longtemps je me suis désintéressé de
toutes choses. Je ne veux plus laisser languir ma propriété entre
mes mains. L'abandon d'un élément de richesse est aussi funeste que
l'avarice. Il vaudrait bien mieux que les bûcherons gagnassent leurs
journées à tailler mes arbres que de les laisser oisifs ou occupés
à piller mon bois vert avec mon bois mort. Tout souffre chez moi.
Il faut y faire pénétrer l'activité, la chaleur, la lumière; mais
seul, ajouta-t-il avec une nuance exquise de sentiment, qu'a-t-on le
courage d'entreprendre?
--Je ne comprends pas où vous voulez en venir, fit le prêtre.
--C'est bien simple, fit le baron.
Il fit une pause, puis désignant Pauline par un sourire discret:
--Vous voyez, poursuivit-il, cette aimable jeune personne. J'ai
arrêté le projet de lui offrir la suzeraineté de Bois-Peillot. Mais
pour toutes sortes de causes, il pourrait bien advenir qu'elle
la refusât. Mon extérieur n'est guère séduisant et, quant à mes
qualités, je n'en ai vraiment pas grande idée. Avant de commencer
ma cour, il faut que j'obtienne naturellement la permission de la
faire. J'ai besoin d'un avocat. J'ai donc pensé à vous, mais comme
vous ne devez guère m'aimer, je suis obligé de commencer par vous
corrompre. Le mot est lâché! oui, mais comment s'y prendre pour
corrompre un juge de votre sorte? Votre religion ne doit pas être
aisée à surprendre. Moi, je ne pratique malheureusement point, comme
on l'entend. Je ne suis donc point digne de votre intérêt. Et il me
faut pourtant le mériter. Comment faire?
--Y aurait-il beaucoup d'ouvrage pour vous convertir? demanda le
prêtre de son air le plus simple.
--Oui. Pourquoi?
--Parce que le meilleur moyen de me subjuguer serait de remplir votre
devoir pascal, fût-ce à la Toussaint.
--La proposition est tentante, dit le baron, mais j'avais songé à
remplacer le clocher de votre église. Ce moyen de vous agréer me
semblait très édifiant.
--Rien ne serait plus édifiant que votre conversion, répliqua le
prêtre avec un recueillement grave.
--Vous l'aurez peut-être pour le bouquet. Voyons, suis-je assez
coulant?
--Vous voudriez que je le fusse davantage, dit le curé. Maintenant,
si je résiste, c'est que je ne suis pas M. de Foy. A chacun sa
profession. Je confesse les gens qui se marient, je console les mal
mariés en leur conseillant la patience, mais conclure les mariages
n'est pas mon affaire. Et je ne pousse personne à se lier, n'ayant
que peu d'exemples à citer aussi beaux que celui de la famille de
Guermanton. L'apôtre n'a-t-il pas dit:
«--Mariez-vous, vous ferez bien! Ne vous mariez pas, vous ferez
encore mieux! Ce que vous disant, je vous épargne!»
C'est donc épargner les gens, ajouta le curé en regardant Pauline,
que de leur parler comme je fais. C'est leur éviter peut-être des
épreuves cruelles, des déceptions inattendues, des détresses, des
naufrages!...
--Mais un clocher! insista le baron, sans se déconcerter. Un curé
peut-il faire mépris d'une offre pareille? Cherchez bien autour de
vous un particulier même pratiquant, même généreux, qui vous fasse
venir à ses frais de Paris un clocher en zinc, agrémenté, neuf, et
muni de son coq et de son paratonnerre. Je vous dis que vous ne le
trouverez point.
--Sous la Terreur, objecta le prêtre, on disait la messe avec ferveur
dans une grange ou dans une chambre; il n'y avait point de clocher
alors. On avait fondu les cloches et on en avait fait des canons: la
dévotion sincère n'y perdait rien.
--Tenez, dit bonnement le baron, vous aurez une cloche neuve
par-dessus le marché.
Puis, se tournant vers Pauline qui, troublée mais souriante,
assistait à cette lutte:
--Ce qui me perd, ajouta le Normand, c'est que personne ici ne jette
le moindre petit mot dans la balance...
--M. le curé, dit finement Jacques, pense peut-être qu'une plaidoirie
en votre faveur serait superflue.
--Ah! s'il en était ainsi, soupira le baron, en regardant Pauline.
Mais il n'y a pas de procès, fût-il bon, où l'on puisse se passer
d'un avocat, fût-il mauvais, dit-il en riant.
--Si vous êtes sûr de rendre mademoiselle heureuse, dit gaiement le
prêtre, nous vous prêterons main-forte.
--Cela peut-il se demander, s'exclama le baron. Et, ajouta-t-il avec
une nuance de tristesse, quel autre dessein pourrait-on prêter à un
homme de mon âge et de ma position qui, franchement, n'est plus à
faire.
--Voyons, dit Jeanne de Guermanton, si j'essayais, moi qui n'ai rien
dit jusqu'à ce moment, de vous mettre tous d'accord. Premièrement, le
baron fera ses Pâques; deuxièmement, M. le curé demandera pour lui la
main de Mlle Pauline; troisièmement, Mlle Pauline autorisera le baron
à lui faire la cour; quatrièmement, le clocher se bâtira pendant ce
temps-là; cinquièmement, il sera fini pour la cérémonie du mariage.
--Soit! répliqua le prêtre. Eh bien, si le pacte est conclu,
commençons tout de suite. Vous croyez en Dieu, monsieur le baron?
--Si Dieu n'existait pas, a dit Voltaire, il faudrait l'inventer.
A cette saillie, gravement débitée par le baron Pottemain, Jacques
dit:
--L'inventeur serait difficile à trouver, car alors nous ne serions
là ni les uns ni les autres pour procéder à l'invention.
--Je suis sur la sellette, dit le baron, ne me troublez pas, je vous
en prie!
--Récitez maintenant votre _Credo_, poursuivit le curé.
--Inutile, dit le baron; je voulais rire en vous laissant dans
le doute au sujet de mes sentiments religieux; s'il ne sont point
corrects, ils trouveront dans la compagnie d'une vraie croyante les
amendements nécessaires. Et si mademoiselle voulait accepter cette
délicate mission?
--De grand cœur, si j'en étais capable! dit Pauline avec ardeur.
Mais en serais-je capable? Voilà la question.
--Merci toujours! dit le baron Pottemain, feignant l'attendrissement.
De cette façon, je ne risque plus de mourir dans l'impénitence.
Il sembla à la jeune fille qu'elle s'était avancée un peu trop
vivement. Mais comment s'en dédire?
--Si mademoiselle se charge de la conversion, dit en riant
l'ecclésiastique, je me charge volontiers du mariage et j'accepte
aussi le clocher.
--A la bonne heure, dit vivement le baron.
Il y eut un silence que Mme de Guermanton rompit la première.
--Vous savez, messieurs, dit-elle aux chasseurs en désignant la ferme
voisine, qu'une collation vous attend.
Le baron et le curé, sur un signe de Mme de Guermanton, s'engagèrent
les premiers sur le petit pont rustique.
Dès qu'ils furent éloignés de quelques pas:
--Comment trouvez-vous votre prétendu? demanda Jeanne à son
institutrice avec un air de triomphe.
--Presque charmant, repartit Pauline.
--En conséquence, prononça Jacques avec une nuance de mélancolie,
voilà mademoiselle presque baronne!