PARIS.--IMPRIMERIE ÉMILE MARTINET, RUE MIGNON, 2.

L’âge me presse. Et aussi le déclin du siècle, si rapide depuis vingt

ans, qu’on dirait qu’il se précipite.

En regardant l’Europe, je vois, ici et là, quelques exceptions

éclatantes. Car l’aplatissement commun semble avoir rehaussé de grands

courages, qui font d’autant mieux ressortir la plaine et le désert à

l’entour.

* * * * *

Ce troisième volume donne le monde, surtout la France et Bonaparte, de

1800 à 1815, c’est-à-dire aux années sanglantes qui énervèrent le siècle

dès l’origine, qui commencèrent des haines séculaires, et firent que la

France, entraînée à des entreprises qu’en majorité elle repoussait,

devint l’objet d’une défiance générale.

J’eus le malheur de naître et de grandir à cette époque funeste, et je

puis dire que la France ne fut jamais dupe qu’à moitié de Bonaparte.

Tous, en suivant des yeux le grand prestidigitateur dans les nuages où

il se balançait, disaient toujours: «Cela finira mal.»--Même la grande

armée le disait, en le suivant par honneur militaire.

La France, qui sous lui paraissait annulée d’esprit, existait pourtant

en dessous. Et dès qu’il disparut (même sous le sot gouvernement qui

suivit), elle se révéla avec une fécondité et un éclat inconcevables

dans l’industrie, dans l’art, dans la littérature[1].

[1] Ce livre a été fait en partie de mes souvenirs. Mais je puis dire

que le monde y a contribué, par l’obligeance de mes amis, depuis

l’Angleterre jusqu’à la Russie. Que de remercîments je dois à MM.

les bibliothécaires de Paris, Lausanne, Genève, Toulon, et

spécialement à une bibliothèque trop peu connue, la Bibliothèque

polonaise de Paris (île Saint-Louis, quai d’Orléans 6), dirigée par

un grand artiste, M. Zaleski, auteur du bel Atlas des steppes

tartares, où lui-même a vécu.

Histoire du XIXe siècle (volume 3/3) · 第 2 / 108 题