Un curieux mouvement, qui s'inspire des idées de liberté nationale si
chères au coeur des Suisses, vient de se produire à Genève, à Berne, à
Lausanne, et dans toutes les grandes villes de la Confédération, contre
le projet de convention du Gothard actuellement soumis aux Chambres
fédérales.
Ce projet, que le Conseil fédéral a signé avec l'Allemagne et l'Italie,
étend à l'ensemble des chemins de fer helvétiques le régime de faveur
qui avait été accordé à ces deux nations, par les traités de 1869 et de
1878, pour la seule ligne du Gothard; dorénavant, elles bénéficieraient
de tarifs commerciaux privilégiés sur la totalité des réseaux, sans que
la réciprocité soit consentie à la Suisse sur les chemins de fer
allemands et italiens. Dans cette nouvelle convention, nos voisins, en
très grande majorité, voient une atteinte à leur indépendance
économique, à leurs règles de neutralité. Et, à quelque parti qu'ils
appartiennent, ils ont protesté contre elle en de nombreuses assemblées
populaires, que l'on ne peut manquer de suivre, en France, avec un
particulier intérêt.
A Genève, dimanche dernier, une grande manifestation, qui se déroula
dans un calme impressionnant, réunissait sous les marronniers séculaires
de la Treille, la plus ancienne promenade de la cité de Calvin, des
milliers de citoyens, comme au temps où le peuple délibérait, dans les
occasions solennelles, sur les affaires publiques. En tête de la
proclamation qui les avaient convoqués, on lisait cette phrase extraite
du message adressé en 1511 par le Conseil de Genève au duc de Savoie:
«Nous aimons mieux vivre dans une pauvreté couronnée de toutes parts de
liberté que de devenir plus riches et vivre dans la servitude.» Et le
rappel de cette fière parole accentuait encore le caractère traditionnel
de la réunion.
La foule entendit deux orateurs, l'un appartenant au parti conservateur,
M. Gustave Ador, l'autre au parti radical, M. Besson. Puis, à mains
levées, elle vota contre l'adoption du projet de convention, et ne se
sépara qu'après avoir chanté, gravement, le «Cantique suisse».
[Illustration: L'impératrice. LES FÊTES DU TRICENTENAIRE DES
ROMANOF.--Réception, au Palais d'hiver, des dames de l'aristocratie
russe, par l'impératrice douairière.--_Phot. C. E. de Hahn._]
Ce numéro est complété par une gravure en taille-douce remmargée: LE
PRINTEMPS, avec texte sur feuille de garde.
[Illustration: MIGNONNE, VOICI L'AVRIL, par Henriot.]