LA LEÇON DE TANGO

«Tanguez-vous?» C'est la question qui s'est posée dans les bals, cet

hiver, d'abord un feu timidement, avec un sourire qui excusait d'avance

la réponse négative, puis d'un ton plus assuré et n'admettant pas de

défaite, comme si l'on s'informait de la chose la plus naturelle du

monde... Il a donc fallu apprendre le tango, et chacun s'est précipité

avec entrain aux cours des professeurs à la mode, afin d'y recevoir les

bons principes. Bien avisées, des maîtresses de maison ont organisé chez

elles de petites réunions, où jeunes gens et jeunes filles s'initient

aux secrets chorégraphiques qu'ils brûlent de connaître. Et ce sont, le

soir, pour le cercle d'amis qui forment l'intimité de céans, de

charmantes leçons, données par une dame experte en l'art d'enseigner les

pas difficiles dont se compose la danse nouvelle, le «corte», le

«paseo», la «média luna». Groupés autour d'elle, ses élèves l'écoutent,

la suivent des yeux, tandis que d'autres, au son de l'infatigable piano,

s'essaient à appliquer les règles qu'ils viennent d'apprendre... Le

tango qui s'introduit ainsi dans les salons parisiens n'a rien du tango

espagnol, dont le nom évoque les «ferias» désordonnées. Argentin

d'origine, à peine modifié pour avoir traversé les mers, il se présente

comme une marche à deux, aux mouvements lents et souples, très rythmés

par la musique. Remplacera-t-il, dans la faveur mondaine, le double et

le triple «boston», comme ceux-ci taraient emporté sur la valse? Pour le

moment, il fait fureur, et on ne le trouve pas plus osé que ses

devanciers. Mais où sont les danses d'antan?...

L'Illustration, No. 3657, 29 Mars 1913 · 第 16 / 44 题