SCENE I

Produced by Daniel Fromont

[Transcriber's note: Max du Veuzit (pseudonyme d'Alphonsine Vavasseur-Acher

Mme François Simonet) (1876-1952), _L'aumône_ (1909)]

L'AUMONE

Comédie en un Acte

PAR

Max du VEUZIT

PRIX: 1 Franc

1909

Tous droits de traduction et de reproduction réservés

pour tous pays

PERSONNAGES:

UN VAGABOND

MORAND

JEANNE

MADAME SERVOIS

GERTRUDE

DECOR

INTERIEUR VILLAGEOIS

Une cuisine de gens aisés à la campagne, au bord de la route.

Au fond: à droite, une fenêtre; à gauche, porte sur la route.

Au milieu de la scène: une table et des tabourets de paille.

A gauche: vaste cheminée et porte donnant sur chambre.

A droite: un buffet et une porte vitrée qui laisse apercevoir un

jardin.

Madame Servois et Jeanne cousent assises près de la cheminée. Gertrude

achève de ranger dans le buffet la vaisselle qui est encore sur la

table.

SCENE I

JEANNE, MADAME SERVOIS, GERTRUDE

JEANNE

Pauvre père Mathurin!

GEETRUDE

Il n'a pas de veine!

JEANNE

Mais comment cet accident lui est-il arrivé?... Ce n'était pas la

première fois qu'il conduisait un attelage.

GERTRUDE

Sûr! Voici plus de dix ans qu'il est charretier chez les Bredel... il a

l'habitude des chevaux!

MADAME SERVOIS

Bah! Il suffit d'une fois.

GERTRUDE

Et puis... une supposition... peut-être qu'il avait pris un coup de

trop.

MADAME SERVOIS

Oh, c'est bien possible.

JEANNE

On dit qu'il boit plus souvent qu'à son tour.

GERTRUDE

Oui, malheureusement.

MADAME SERVOIS

Enfin, j'ai promis à sa pauvre femme d'aller lui porter quelques

provisions.

GERTRUDE

Ca mettra du beurre dans leur soupe qui ne doit pas être bien grasse en

ce moment?

MADAME SERVOIS

Nous irons ensemble, Gertrude, quand vous aurez fini.

GERTRUDE

Je n'en ai plus pour bien longtemps.

JEANNE, regardant sa mère avec tendresse

Ma bonne maman!... Tu penses toujours aux malheureux.

MADAME SERVOIS, soupirant

C'est que je n'ai pas toujours été heureuse moi-même... moi aussi, j'ai

connu la misère... autrefois...

GERTRUDE, familièrement

Du temps de votre premier mari.

MADAME SERVOIS, même ton

Oui... Avec lui, j'ai eu bien du malheur.

GERTRUDE

Il buvait aussi.

MADAME SERVOIS, lentement

Et quand il avait bu, il était méchant et brutal... Il criait; il

cassait tout; il frappait fort!... Il passait tout son temps au

cabaret.

GERTRUDE, avec conviction

C'était un fainéant.

MADAME SERVOIS, soupirant

Et le reste, donc!...

GERTRUDE

Pourtant... au commencement? dans les premiers temps?

MADAME SERVOIS

Oh! Ca a toujours été la même chose! Quand nous nous sommes mariés nous

avions une petite maison, un gentil mobilier, quelques économies; six

mois après, notre pauvre argent était mangé et nous en étions réduits à

vendre nos meubles... J'avais à peine dix-neuf ans, toute jeune mariée,

que déjà il me délaissait...

JEANNE

Oh!

MADAME SERVOIS, à Jeanne

Tu étais à peine née qu'il fuyait le logis sous prétexte qu'un enfant

était une charge trop lourde pour lui...

GERTRUDE

Si c'est point honteux!

MADAME SERVOIS

Quand j'essayai de le retenir auprès de moi, de le raisonner, il

répondait à mes supplications par des injures, à mes larmes par des

coups.

GERTRUDE

Quel gueux!

JEANNE

Pauvre mère!

GERTRUDE

Elle était toute petite, Jeanne, elle ne souvient pas. Moi, je me

rappelle...

MADAME SERVOIS

Enfin tout cela est bien loin.

JEANNE

Il ne faut plus y penser, maman.

MADAME SERVOIS

Non... Je suis heureuse à présent.

GERTRUDE

Avec monsieur Servois ce n'est pas la même chose.

MADAME SERVOIS

Celui-ci, c'est un brave homme!

JEANNE

Oh, oui! papa est bon!

MADAME SERVOIS

Je ne croyais plus guère au bonheur quand je l'ai rencontré... l'autre

m'avait abandonnée... j'étais toute seule avec ma petite Jeanne...

découragée!... Quand je pense que je refusais de l'épouser... parce

qu'il fallait d'abord que je divorce.

GERTRUDE

Eh, bien!

MADAME SERVOIS

Le divorce! Ce mot-là me faisait peur à cause du mariage religieux

qu'on ne peut pas briser. Et puis, il fallait un tas de formalités! (à

Jeanne) Je ne savais même pas ce qu'était devenu ton père.

JEANNE, riant

Tu ne le sais même pas encore.

MADAME SERVOIS, geste d'indifférence

Non, mais à présent!... (Elle se lève et plie son ouvrage) Allons,

Gertrude; c'est fini?

GERTRUDE, qui achève de balayer

Voilà! Ca y est!

MADAME SERVOIS

Je vais m'apprêter (Elle se dirige vers l'appartement de gauche).

Mettez dans le panier le pain tout entier qui est au bas du buffet.

GERTRUDE

Bien.

MADAME SERVOIS

Il faudra prendre aussi les oeufs et le morceau de lard que j'ai

préparés.

(Elle sort)

L'Aumone · 第 1 / 7 章