Fantôme qui nous dois dans la tombe enfermer,
Mort dont le nom répugne et dont l'image effraie,
Mais qu'à force de crainte on finit par aimer,
Puisque la vie est vaine et que toi seule es vraie;
Ô Mort, qui fais qu'on vit sans but et qu'on est las,
Et qu'on rejette au loin la coupe non goûtée,
Mort qu'on maudit d'abord et dont on ne veut pas,
Mais qu'on appelle enfin quand on t'a méditée;
Ô la peur et l'espoir des âmes, bonne Mort
Dont le souci nous trouble un temps, et puis nous aide,
Mystérieux écueil où se blottit un port,
Et poison merveilleux où se cache un remède;
Ô très bonne aux vaincus et très bonne aux vainqueurs
Qui sur leurs fronts à tous baises leurs cicatrices,
Ô des douleurs des corps ou de celles des coeurs
La sûre guérisseuse et la consolatrice!
Puisque tant de ferveur pour toi s'élève en lui,
Qu'il veut te préférera tout, même à l'Aimée,
Sois clémente à l'enfant qui t'invoque aujourd'hui,
Bien qu'il t'ait méconnue et qu'il t'ait blasphémée.
Ma haine s'est changée en un amour profond:
Voici croître en mon coeur guéri de ses chimères
L'ennui des voluptés dont on touche le fond
Et le morne dédain des choses éphémères.
Vivre dans l'instant n'est que trembler et souffrir.
Songe à l'horrible attente et fais-toi moins tardive!
Il suffit que tu sois pour qu'on veuille mourir:
Le temps laissé par toi ne vaut pas qu'on le vive.
Donne-moi le Repos et l'Oubli, les seuls biens!
Endors-moi dans la paix de ta couche glacée!
Mais avant le moment où tu clôras les miens,
Ferme les yeux par qui mon âme fut blessée!
Périsse avant moi l'Être éphémère et charmant,
Apparence flottant parmi les apparences,
Dont la grâce a troublé mon coeur profondément,
Et par qui j'ai connu de si dures souffrances!
Car, dût-elle aussitôt disparaître à son tour
De ce monde où tout n'est que mirage et que leurre,
Quand même pour la vie elle n'aurait qu'un jour,
Et quand pour le plaisir elle n'aurait qu'une heure,
Cette heure-là, rien que cette heure, en vérité,
Quand j'y songe un instant, m'est à ce point cruelle,
Que je n'en conçois plus même la vanité,
Et qu'à mon coeur jaloux elle semble éternelle,
Janvier 1888.
]
[21: Voir sur cette phrase l'article suivant intitulé _la Rame
d'Ulysse_.]
[22: _Blaise Pascal_, par Joseph Bertrand, de l'Académie française,
secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, 1 vol. in-8°.--_Le
dogmatisme et la foi dans Pascal_, par Sully-Prudhomme (dans la _Revue
des Deux Mondes_ du 15 octobre 1891).]
[23: 1 vol. in-18. Perrin édit.]
[24: _La fin du paganisme, étude sur les dernières luttes religieuses en
Occident au quatrième siècle_, par Gaston Boissier, 2 volumes
in-8°.--Hachette, édit.]
[25: _Cicéron et ses amis_, 1 vol.; _Promenades archéologiques, Rome et
Pompéï_, 1 vol.; _Nouvelles Promenades archéologiques, Horace et
Virgile_, 1 vol.; l'_Opposition sous les Césars_, 1 vol.; la _Religion
romaine, d'Auguste aux Antonins_, 2 vol.]
[26: À propos du livre étudié dans le précédent article: _La Fin du
paganisme. Étude sur les dernières luttes religieuses en Occident, au
IVe siècle_, par Gaston Boissier, 2 vol. in-8°.]
[27: _Une Passionnette_, 1 vol. in-8°, Calmann Lévy, éditeur.]
[28: Les grands écrivains: _Madame de La Fayette_, par le comte
d'Haussonville. 1 vol. in-18. Hachette éditeur.]
[29: Dans la préface de l'édition Conquet, in-8°.]
[30: Un poète breton. Charles Le Goffic. (_Amour breton_), 1 vol.
in-18.]
[31: _Coeur double_, avec une préface, 1 volume.]
[32: Cette date est prise dans l'acte de décès que Jal a publié dans son
dictionnaire. Il y est dit que madame de la Sablière décéda rue aux
Vaches, dite aussi rue aux Vachers et actuellement la rue Rousselet.
Mais d'une étude destinée au journal le _Temps_ et dont l'auteur, M.
Georges Villain, a bien voulu me communiquer les épreuves, il résulte
que madame de la Sablière est morte dans l'appartement qu'elle occupait
aux Incurables, tout contre la chapelle.]
[33: _Mithridate Eupator, roi de Pont_, par Théodore Reinach, 1 vol.
in-8°.]