SAINTE MARGUERITE, VIERGE

(8 octobre)

Marguerite était une vierge très belle, très noble et très riche. Elle

fut élevée par ses parents dans un tel amour des bonnes mœurs et de la

pudeur qu’elle s’efforçait, autant que possible, de se dérober aux

regards des hommes. Elle fut enfin demandée en mariage par un jeune

noble; et, comme les deux familles consentaient à cette union, le jour

des noces fut décidé. Mais, ce jour-là, pendant que toute la noblesse de

la ville célébrait joyeusement la fête nuptiale, la jeune fiancée,

prosternée à terre et toute en larmes, songea avec épouvante à l’ordure

qu’étaient toutes les joies de cette vie en comparaison de la perte de

sa virginité. Aussi se refusa-t-elle aux caresses de son mari; et, quand

celui-ci se fut endormi, elle coupa ses cheveux, prit un vêtement

d’homme, et s’enfuit. Après avoir longtemps marché, elle se réfugia dans

un monastère où elle devint moine sous le nom de Frère Pélage. Et telle

fut la sainteté de ses mœurs que, sur l’ordre de son abbé, et malgré sa

résistance, elle dut se résigner à devenir le supérieur d’un couvent de

nonnes. Alors le diable, jaloux d’elle, chercha un moyen de la perdre.

Il poussa une des religieuses à commettre le péché de chair; et quand la

coupable se trouva forcée d’avouer sa grossesse, religieuses et moines,

consternés, furent unanimes à considérer comme son séducteur le Frère

Pélage, celui-ci étant le seul homme qui vécût auprès d’elle. Marguerite

fut donc chassée ignominieusement du monastère et enfermée dans une

grotte, où on lui apportait, de temps à autre, un pain d’orge et une

cruche d’eau. Mais elle, supportant cette épreuve avec patience, ne

cessait point de rendre grâces à Dieu. Enfin, lorsqu’elle se sentit sur

le point de mourir, elle écrivit à l’abbé et aux moines: «De naissance

noble, je portais dans le siècle le nom de Marguerite; mais j’ai pris le

nom de Pélage parce que j’ai traversé la plage des tentations. Je

demande maintenant que mes saintes sœurs m’ensevelissent, afin que les

femmes reconnaissent une vierge en celle que les calomniateurs ont fait

passer pour un débauché!» Au reçu de cette lettre, les religieuses

coururent à la grotte de l’ermite; elles reconnurent que le Frère Pélage

était une femme, une pure vierge; et elle fut ensevelie avec honneur

dans le couvent de femmes qu’elle avait dirigé; et religieuses et moines

firent pénitence de l’injuste traitement qu’elle avait subi.

La légende dorée traduite du latin d'après les plus anciens manuscrits, avec une introduction, des notes, et un index alphabétique · 第 308 / 371 题