(4 octobre)
[14] Ce chapitre ne figure pas dans les plus anciens manuscrits, ou
n’y figure qu’en appendice, parmi les _Legendæ a quibusdam aliis
superadditæ_. Son style et les défauts de sa composition
suffiraient, du reste, à le distinguer des chapitres «compilés» par
Jacques de Voragine. La rivalité des ordres dominicains et
franciscains aura, évidemment, empêché le vénérable Frère Prêcheur
d’admettre dans sa _Légende_ le Pauvre d’Assise.
François, serviteur et ami du Très-Haut, naquit dans la ville d’Assise,
et fut d’abord marchand. Jusqu’à vingt ans, il mena une vie dissipée;
mais Dieu, l’ayant touché de l’aiguillon de la maladie, le transforma
subitement en un tout autre homme.
Etant allé à Rome en pèlerinage, il se dépouilla de ses vêtements,
revêtit ceux d’un mendiant, et s’assit parmi les pauvres devant l’église
de Saint-Pierre. Il serait resté avec eux si ses amis ne l’en avaient
empêché. Le diable, pour le détourner de ses saintes intentions, lui
montra un jour une femme d’Assise qui était bossue, et lui dit que, s’il
persistait dans son projet, il deviendrait pareil à cette femme. Mais le
Seigneur le réconforta en lui disant: «François, si tu veux me bien
connaître, fais ta douceur des choses amères, et méprise-toi toi-même!»
Rencontrant un lépreux, dont tous avaient horreur, il s’approcha de lui
et le baisa sur la bouche: et aussitôt le lépreux disparut. Alors
François se rendit à la léproserie, et, baisant les mains des habitants,
il leur distribua tout ce qu’il avait.
Un jour qu’il était entré, pour prier, dans l’église de Saint-Damien,
l’image du Christ lui parla miraculeusement et lui dit: «François, va
réparer ma maison, car, comme tu vois, elle tombe en ruine!» Et, dès ce
moment, son âme se fondit de tendresse, et la compassion du Christ se
grava dans son cœur. Dans son désir de réparer l’église, il vendit tout
ce qu’il possédait. Et comme le prêtre à qui il offrait son argent
refusait de le prendre, par crainte de ses parents, il jeta cet argent
comme de la poussière. Puis, son père lui en ayant fait reproche, il se
dépouilla encore de ses vêtements et s’offrit, tout nu, au Seigneur.
Après quoi, pour détruire l’effet des malédictions de son père, il
demanda à un simple d’esprit de devenir son père et de le bénir.
Un de ses frères, le voyant à peine vêtu, pendant l’hiver, et transi de
froid, dit à un passant: «Demande donc à François de te vendre pour
quelques sous de sa sueur!» Mais François, l’ayant entendu, répondit
gaîment: «Je ne puis, car je l’ai déjà vendue au Seigneur!» Une autre
fois, entendant lire les paroles que le Seigneur avait dites à ses
disciples sur leur mission, il résolut de devenir le serviteur des
pauvres, ôta la chaussure de ses pieds, revêtit un manteau grossier, et
se ceignit d’une corde. Traversant un bois, par un temps de neige, il
fut pris par des voleurs qui lui demandèrent qui il était. Et comme il
leur répondit qu’il était un héraut de Dieu, ils le renversèrent dans la
neige en lui disant: «Gis donc en paix, héraut de Dieu!»
Cependant une grande foule d’hommes, nobles et manants, clercs et
laïques, rejetant la pompe du siècle, s’attachèrent à lui. Il leur
enseigna la perfection évangélique, qui consiste à vivre dans la
pauvreté et la simplicité. Il écrivit, en outre, pour eux, une règle
évangélique, que le pape Innocent confirma. Et, dès lors, il se mit à
semer avec une nouvelle ardeur la semence de la parole divine,
parcourant sans arrêt les villes et les villages.
Il y avait alors un frère qui, à ne voir que les actes, faisait l’effet
d’un saint, mais qui avait cette singularité qu’il poussait la règle du
silence jusqu’à ne pas vouloir ouvrir la bouche pour se confesser. Et
comme les autres frères faisaient son éloge, François leur dit: «Mes
frères, ne louez pas trop, chez lui, une conduite qui n’est peut-être
pas exempte d’un peu de diablerie! Que ce frère consente à se confesser
au moins une fois par semaine! Et, s’il ne le fait pas, c’est donc que
sa soi-disant vertu n’est que pour nous tromper!» Mais le frère, invité
à se confesser, mit un doigt sur sa bouche, et hocha la tête en signe de
refus. Et le fait est que, peu de temps après, il se pervertit et finit
sa vie dans la dissipation.
Un jour, comme François chevauchait sur un âne, en compagnie de frère
Léonard, qui était d’une famille noble d’Assise, celui-ci, qui marchait
à pied, se dit tout à coup: «Ce n’est point mes parents qui auraient
consenti à se laisser ainsi traiter par les siens!» Et aussitôt
François, descendant de son âne, dit à Léonard: «Ce n’est point chose
convenable que toi, qui es noble, tu ailles à pied tandis que je
chevauche!» Sur quoi Léonard, confus, se jeta à ses pieds et lui demanda
pardon.
Une autre fois, une femme noble accourut au-devant de lui; et, toute
haletante de sa course, elle lui dit: «Prie pour moi, père, car mon mari
m’empêche de mener la vie que je voudrais, et s’oppose à ce que je serve
pieusement le Christ!» Et lui: «Va en paix, ma fille, et dis à ton mari,
de ma part, que le temps du salut est arrivé!» Elle redit la chose à son
mari; et celui-ci, aussitôt, changea, et s’engagea à la laisser vivre
dans la continence.
Il aimait à ce point la pauvreté qu’il l’appelait sa maîtresse, et que,
quand il rencontrait un plus pauvre que lui, il se sentait tout honteux.
Un jour qu’un pauvre passait près de lui, il dit à son compagnon: «Otons
vite nos manteaux, donnons-les à cet homme, et, nous prosternant à ses
pieds, proclamons-nous coupables!» Une autre fois, il rencontra trois
femmes, exactement pareilles l’une à l’autre, qui le saluèrent en
disant: «Bienvenue soit Madame la Pauvreté!» Puis, elles disparurent, et
jamais on ne les revit.
Etant venu à Arezzo et y ayant trouvé la guerre civile, il dit à frère
Sylvestre, son compagnon: «Va devant la porte de la ville, et, de la
part Dieu, ordonne aux démons de sortir de la ville!» Et à peine
Sylvestre eut-il obéi que les citoyens d’Arezzo se réconcilièrent.--Ce
même Sylvestre, pendant qu’il n’était encore que prêtre séculier, vit en
songe une croix d’or qui sortait de la bouche de François, et dont les
bras embrassaient toute la terre. Aussitôt il renonça au monde pour
imiter l’exemple de l’homme de Dieu.
Pendant que François était en prière, trois fois le diable l’appela par
son nom. Et, chaque fois, François lui répondit; après quoi il ajouta:
«Il n’y a point de pécheur au monde qui ne puisse espérer de Dieu son
pardon s’il se convertit!» Alors le diable, voyant qu’il ne pouvait pas
le tenter de cette manière, lui envoya une cruelle tentation de la
chair. Et François, ayant enlevé son manteau, se frappait avec sa
ceinture en disant: «Hélas, mon frère âne, voilà comment il faut que tu
subisses le fouet!» Puis, comme la tentation persistait, il se roula
dans la neige; et, ayant fait sept petits tas de neige, il dit à son
corps: «Regarde, voici ta femme, voici tes deux fils et tes deux filles,
et voici ton serviteur et ta servante! Hâte-toi de les vêtir, car ils
meurent de froid! Et si tu trouves trop difficile de t’occuper d’eux, ne
t’occupe donc que de servir ton maître!» Aussitôt le diable, tout
confus, s’en alla; et François, glorifiant Dieu, rentra dans sa cellule.
Un frère, compagnon du saint, ayant été ravi en extase, vit les trônes
du ciel, et, parmi eux, un trône plus haut et plus brillant que les
autres. Et une voix lui dit: «C’était le siège d’un des archanges
déchus; et maintenant nous le préparons pour l’humble François.» Alors,
s’éveillant, le frère demanda à François ce qu’il pensait de lui-même.
Et François: «Je m’apparais comme le plus grand des pécheurs.» Aussitôt
l’Esprit-Saint dit à l’oreille du frère: «Reconnais combien était vraie
ta vision; car ce siège, perdu par l’orgueil, sera gagné par
l’humilité!»
Une autre fois, François lui-même, étant ravi en extase, vit au-dessus
de sa tête un séraphin crucifié, qui lui imprima si profondément les
signes de la crucifixion que ce fut comme si François avait été vraiment
crucifié. Et désormais le saint porta sur ses mains, ses pieds, et son
côté, les stigmates de la croix; mais, dans son humilité, il les cachait
avec tant de soin, que peu d’hommes les virent avant sa mort, où, au
contraire, tous purent les voir. Et la réalité de ces stigmates
s’attesta encore par de nombreux miracles, parmi lesquels nous nous
bornerons à citer les deux suivants:
1º Dans la Pouille, un homme appelé Roger, étant devant une image de
saint François, se demanda si le miracle des stigmates était vrai, ou si
ce n’était pas une pieuse illusion, ou même une supercherie des frères.
Et aussitôt, il entendit comme le bruit d’une flèche, et il se sentit la
main gauche traversée, sous son gant; et en effet, quand il eut ôté le
gant, il vit que sa paume était grièvement blessée. Mais comme il se
repentait, et se jurait qu’il ne cesserait plus désormais de croire aux
stigmates de saint François, sa blessure disparut peu de temps après.
2º Dans le royaume de Castille, un homme, qui se rendait en pèlerinage à
une église de saint François, tomba dans un piège préparé pour un autre
homme, et fut mortellement blessé. Or, au milieu de la nuit, comme la
cloche des frères sonnait pour les matines, la femme du mort se mit à
crier: «Mon mari, lève-toi, et va aux matines, car la cloche t’appelle!»
Et aussitôt le mort fit un signe de la main comme pour demander qu’on
retirât l’épée qui lui traversait la gorge; et une main invisible retira
cette épée et le mort se releva, entièrement guéri. Et il dit: «Saint
François, venu à mon secours, a apposé ses stigmates sur mes blessures,
et, par leur contact, les a miraculeusement guéries. Puis, comme il
voulait repartir, je lui ai fait signe de retirer l’épée que j’avais
dans la gorge, et qui m’empêchait de parler!»
Saint François et saint Dominique, ces deux flambeaux du monde, se
rencontrèrent à Rome devant l’évêque d’Ostie, qui devint plus tard
souverain pontife. Et l’évêque leur dit: «Pourquoi ne ferions-nous pas
de vos frères des évêques et des prélats, puisqu’ils dépassent les
autres frères par le savoir comme par l’exemple?» Il y eut alors entre
les deux saints une longue lutte d’humilité, car chacun d’eux voulait
laisser à l’autre l’honneur de répondre le premier. Enfin l’humilité de
François l’emporta, car ce fut Dominique qui parla le premier; et
l’humilité de Dominique l’emporta elle aussi, car ce fut par obéissance
qu’il consentit à parler. Donc il dit: «Seigneur, mes frères sont élevés
déjà à un rang assez haut, par le seul fait de leur titre de frères; et
je ne saurais permettre, quant à moi, qu’ils acceptassent une autre
marque de dignité.» Puis François, à son tour, répondit: «Seigneur, mes
frères portent le nom de _mineurs_, précisément afin qu’ils n’aient pas
la présomption de se croira _majeurs_!»
Avec sa simplicité de colombe, saint François exhortait toutes les
créatures à l’amour de Dieu. Il prêchait aux oiseaux, qui l’écoutaient,
se laissaient prendre par lui, ne s’envolaient qu’avec sa permission. A
la Portioncule, tout près de sa cellule, une cigale chantait; il étendit
la main vers elle et lui dit: «Ma sœur la cigale, viens ici!» Aussitôt
la cigale grimpa sur sa main. Et lui: «Chante, ma sœur la cigale, et
loue ton Créateur!» Il se refusait à souffler les lampes et les
chandelles, ne voulant point profaner la lumière en y touchant. Il ne
marchait qu’avec égard sur les pierres, en considération de l’esprit
qu’il voyait en elles; il retirait de la route les vermisseaux, par
crainte qu’ils ne fussent foulés aux pieds des passants; il faisait
apporter du miel et du vin aux abeilles dans les rigueurs de l’hiver. La
vue du soleil, de la lune et des étoiles, le remplissait d’une joie
ineffable; et il ne manquait jamais de les inviter à l’amour du
Créateur. Un jour, traversant les marais de la Vénétie, il trouva une
grande multitude d’oiseaux qui chantaient; et il dit à son compagnon:
«Voici nos sœurs les avettes qui louent leur Créateur! Allons au milieu
d’elles pour chanter nos heures!» Mais comme le chant des oiseaux
l’empêchait d’entendre sa voix et celle de son compagnon, il leur dit:
«Chères sœurs, chantez moins fort, jusqu’à ce que nous ayons fini notre
office!» Et les oiseaux obéirent; et, quand il eut achevé ses laudes, il
leur donna de nouveau la permission de chanter à leur aise. Une autre
fois, rencontrant sur la route une troupe d’oiseaux, il les salua
tendrement et leur dit: «Mes frères les oiseaux, vous avez bien des
raisons de louer votre créateur, qui vous a revêtus de plumes, vous a
donné des ailes pour voler, a fait pour vous la pureté de l’air, et
gouverne votre vie sans vous en imposer le souci!» Aussitôt les oiseaux
commencèrent à tendre le cou vers lui, et l’écoutèrent avec grande
attention. Et pas un seul ne s’envola avant qu’il eût achevé de parler.
Il avait une grave maladie d’yeux, et l’aggravait encore par ses larmes.
Et comme ses frères l’engageaient à moins pleurer, pour épargner sa vue,
il leur dit: «Comment pourrais-je, par amour pour la lumière terrestre,
qui nous est commune avec les mouches, renoncer au spectacle de la
lumière éternelle?»
Il préférait s’entendre blâmer que louer; et il avait demandé à un de
ses frères que, dès que le peuple faisait l’éloge de sa sainteté, ce
frère lui répétât dans l’oreille les pires injures. Et comme ce frère,
bien malgré lui, le traitait de rustre inutile et stupide, François tout
joyeux, lui disait: «Que Dieu te bénisse, car ce que tu dis là est bien
vrai, et voilà les choses que je mérite d’entendre!» Ce parfait
serviteur de Dieu préférait aussi servir que commander, obéir
qu’ordonner. Il s’était constitué un gardien, à la volonté duquel il se
soumettait aveuglément. Au frère qui l’accompagnait dans sa route, il
avait toujours soin de promettre obéissance; et c’était toujours lui qui
le servait.
Un jour qu’il passait par la Pouille, il trouva, à terre, une bourse qui
paraissait gonflée de deniers. Son compagnon voulait la ramasser, pour
en distribuer le contenu aux pauvres, mais François lui dit: «Mon cher
fils, nous n’avons pas le droit de prendre le bien d’autrui!» Cependant,
comme le frère insistait, François lui permit de prendre la bourse et de
l’ouvrir; et ils virent qu’au lieu d’argent elle contenait une grosse
vipère. Sur quoi le saint dit: «L’argent, pour les serviteurs de Dieu,
n’est jamais autre chose qu’une vipère venimeuse.»
Etant l’hôte d’un habitant d’Alexandrie, en Lombardie, cet homme lui
demanda que, pour observer le précepte de l’évangile, il consentît à
manger tout ce qu’on lui servirait. Le saint promit; et l’hôte lui fit
servir un magnifique chapon. Ce qu’apprenant, un impie se présenta
devant eux, pendant qu’ils mangeaient, et leur demanda l’aumône au nom
de Dieu. Saint François lui fit aussitôt donner une part du chapon; et
l’impie, au lieu de la manger, la garda avec soin; puis, le lendemain,
pendant que le saint prêchait, il montra le morceau en disant: «Tenez,
voici de quoi se nourrit cet homme, que vous honorez comme un saint! Car
c’est lui-même qui m’a donné, hier soir, ce reste de sa table!» Et il
montrait le morceau de chapon, mais la foule ne voyait qu’un morceau de
poisson, et l’on traitait de fou l’accusateur du saint. Et quand
celui-ci s’aperçut du miracle, tout honteux il demanda pardon; et
aussitôt la viande reprit sa forme première.
François voulait qu’on traitât avec un respect tout particulier les
mains des prêtres, qui ont le pouvoir de transformer le pain en le corps
de Dieu. Et il disait souvent: «Si je rencontrais ensemble un grand
saint du ciel et un pauvre petit prêtre, je courrais d’abord baiser les
mains du prêtre, et je dirais au saint: «Attends-moi un instant, saint
Laurent, car les mains de cet homme produisent le Verbe vivant, et il
faut d’abord que je leur fasse ma révérence!»
Innombrables sont les miracles qu’il opéra pendant sa vie. Le pain même
qu’on lui apportait à bénir guérissait les malades. Il changeait l’eau
en vin, et tout malade qui goûtait de ce vin recouvrait la santé. Et
quand, après une longue maladie, il sentit la mort s’approcher, il se
fit déposer sur la terre nue, bénit tous ses frères, et, en souvenir de
la Cène, partagea entre eux une bouchée de pain. Il invitait la mort
elle-même à louer Dieu avec lui, la saluant avec joie, et lui disant:
«Bienvenue est ma sœur la mort!» C’est ainsi qu’il s’endormit dans le
Seigneur.
Un frère nommé Augustin, qui cultivait le jardin du couvent, tomba
malade et perdit la parole. Mais tout à coup il s’écria: «Attends-moi,
mon père, attends-moi! Je viens avec toi.» Et comme ses frères lui
demandaient ce qu’il voulait dire, il répondit: «Ne voyez-vous pas notre
père François, qui marche dans le ciel?» Et aussitôt, s’endormant dans
le Seigneur, il rejoignit son maître.
Une femme, qui avait une piété spéciale pour saint François mourut,
pendant que le clergé célébrait ses obsèques, soudain elle se redressa
sur son lit, et dit à l’un des prêtres: «Mon père, je veux me confesser.
J’étais morte, et j’allais être condamnée à la prison éternelle, car
j’avais sur la conscience un péché dont je ne m’étais confessée à
personne. Mais saint François a daigné prier pour moi, et a obtenu que
je revinsse à la vie pour révéler mon péché et en recevoir mon pardon.»
Elle se confessa, reçut l’absolution et s’endormit dans le Seigneur.
Un paysan de Vicera, à qui des frères franciscains demandaient une
charrue, leur répondit: «Plutôt que de vous donner ma charrue,
j’aimerais mieux vous écorcher, et votre saint François avec vous!» Peu
de temps après, le fils de cet homme tomba malade et mourut. Et son
père, se roulant à terre, invoquait saint François: «C’est moi qui ai
commis le péché, c’est moi que tu devais punir! Grand saint, rends à un
pieux suppliant ce que tu as enlevé à l’impie blasphémateur!» Et
aussitôt le fils, ressuscité, lui dit: «Quand je suis mort, saint
François m’a conduit par un chemin long et sombre jusque dans une belle
prairie; et puis il m’a dit: «Retourne maintenant chez ton père, mon
cher enfant, je ne veux pas te retenir plus longtemps!»
Un pauvre demandait à un riche de lui prolonger le crédit d’une dette,
par amour pour saint François. A quoi le riche répondit; «Je
t’enfermerai dans un lieu où François lui-même ne pourra pas te venir en
aide.» Et il le fit jeter en prison. Mais, le soir même, saint François
apparut au prisonnier, brisa ses chaînes et le ramena dans sa maison.
Un soldat, après avoir déprécié les miracles de saint François pendant
qu’il jouait aux dés, s’écria: «Si François est saint, que ces deux dés
amènent donc le total 18!» Aussitôt l’un des deux dés se trouva porter
12 au lieu de 6, et neuf fois de suite ce miracle se renouvela. Mais le
soldat, aggravant son ancienne folie d’une folie pire encore, s’écria:
«Si ce François est vraiment un saint, je veux que mon corps tombe
aujourd’hui percé d’une épée!» Et, dès que la partie fut finie, le neveu
de cet homme, s’étant pris de querelle avec lui, tira son épée et lui en
transperça le ventre, ce dont il mourut sur-le-champ.
Un homme qu’une paralysie empêchait de se mouvoir invoquait saint
François, en disant: «Secours-moi, saint François, en souvenir de ma
dévotion et des services que je t’ai rendus; car autrefois je t’ai porté
sur mon âne, j’ai baisé tes pieds et tes mains; et voici que je meurs
dans de cruelles souffrances!» Aussitôt le saint, lui apparaissant, lui
toucha les jambes avec un bâton qui avait la forme du T grec. Et le
malade recouvra la santé, mais le signe du T grec resta à jamais gravé
sur sa peau. Or c’était de ce signe que saint François avait coutume de
signer ses lettres.
Dans la ville de Pomereto, en Pouille, une mère, ayant perdu sa fille
unique, invoquait en pleurant l’aide de saint François. Celui-ci lui
apparut et lui dit: «Ne pleure pas, car la lumière de sa lampe, que tu
crois éteinte, va se rallumer sur mon intercession!» La mère, donc, ne
permit point qu’on emportât le corps de sa fille et bientôt, prenant
celle-ci dans ses bras, elle la releva saine et sauve. Une autre fois, à
Rome, l’intercession du saint rendit la vie à un petit garçon qui
s’était tué en tombant de la fenêtre d’un palais. A Suze, saint François
ressuscita de la même façon, pour répondre aux prières d’une mère, un
jeune homme qui était mort sous les décombres d’une maison, et qu’on se
préparait déjà à ensevelir.
Le frère Jacques de Riéti, traversant un fleuve avec d’autres frères, se
noya au moment où ses compagnons descendaient déjà sur le rivage. Les
survivants invoquèrent l’aide de saint François, et le noyé lui-même,
déjà à demi mort, l’invoquait de son côté. Et voici que ses compagnons
le virent marcher sur les vagues comme sur du sable, et ramener jusqu’au
rivage le bateau submergé. Et ils virent même que ses vêtements étaient
secs, au point que pas une goutte d’eau ne les avait mouillés.