LA TRANSLATION DE SAINT RÉMY

(1er octobre)

Rémy convertit au Christ le roi et toute la nation des Francs. Le roi

avait une femme nommée Clotilde qui, très fervente chrétienne,

s’efforçait en vain de convertir son mari à sa foi. Or, Clotilde, ayant

mis au monde un fils, obtint du roi, à force d’instances, de le faire

baptiser. Mais l’enfant, dès qu’il fut baptisé, mourut. Et le roi Clovis

lui dit: «Tu vois toi-même, maintenant, quel misérable dieu est ton

Christ, puisqu’il ne peut même pas garder en vie un enfant qui, lui

ayant été consacré, aurait, plus tard, imposé son culte à tout le

royaume!» Mais Clotilde: «Au contraire, je vois là une grande preuve

d’amour de la part de mon Dieu, qui, recueillant le premier fruit de mon

ventre, a daigné lui accorder son royaume infini, bien supérieur au

tien!» Plus tard, elle conçut de nouveau et, enfanta un autre fils

qu’elle parvint également à faire baptiser. Et, de nouveau, l’enfant

tomba malade au point qu’on désespérait de sa vie. Et Clovis dit à sa

femme: «Quand même tu enfanterais mille fils, ils périraient tous si tu

les baptisais!» Pourtant ce second enfant guérit; et ce fut lui qui,

dans la suite, succéda à Clovis.

Celui-ci finit par se convertir à la foi chrétienne, ainsi que nous

l’avons raconté dans un chapitre précédent, qu’on trouvera tout de suite

après celui de l’Epiphanie. Après sa conversion, il dit à saint Rémy:

«Je vais faire ma sieste; et toi, tout le terrain que ta pourras

parcourir jusqu’à mon réveil, tu le prendras pour ton église!» Et ainsi

fut fait. Mais il y avait, sur ce terrain, un meunier qui ne voulut

point permettre à saint Rémy de traverser son moulin. Et le saint lui

dit: «Mon ami, tu consentiras bien à partager ce moulin avec nous?» Et

comme le meunier s’obstinait à n’y point consentir, soudain la roue du

moulin se mit à tourner en sens contraire. Sur quoi le meunier,

rappelant saint Rémy: «Serviteur de Dieu, reviens, et que le moulin vous

appartienne comme à moi!» Mais Rémy: «Non, il n’appartiendra plus ni à

toi ni à moi!» Et en effet, aussitôt la terre s’ouvrit et engloutit le

moulin.

La fête qu’on célèbre en ce jour ne commémore point la mort de saint

Rémy, mais bien sa «translation» Car, comme on transportait le corps du

saint à l’église des saints Timothée et Appolinaire, voici qu’en passant

devant l’église de Saint-Christophe la châsse se mit tout à coup à peser

si lourd qu’aucune force humaine ne pouvait la soulever. Alors les

porteurs prièrent Dieu de leur faire voir par un signe s’il voulait que

le corps fût déposé dans cette église de Saint-Christophe, où se

trouvaient déjà conservées d’innombrables reliques de saints. Et

aussitôt la châsse se laissa soulever comme un fétu de paille; et on la

déposa solennellement dans cette église, où elle fit force miracles.

Plus tard, on agrandit cette église, et l’on construisit une crypte,

derrière l’autel, pour recevoir le corps de saint Rémy. Mais, de

nouveau, la châsse qui contenait ce corps se trouva si lourde qu’on dut

renoncer à la transporter. Et voilà que, le lendemain matin, qui était

le premier jour d’octobre, on vit que la châsse de saint Rémy avait été

transportée par des anges dans la crypte. Et, plus tard encore, les

restes du saint furent transportés dans une autre crypte plus belle, où

ils reposent aujourd’hui dans une châsse d’argent.

La légende dorée traduite du latin d'après les plus anciens manuscrits, avec une introduction, des notes, et un index alphabétique · 第 300 / 371 题