SAINTS COME ET DAMIEN, MARTYRS

(27 septembre)

I. Come et Damien étaient frères. Ils naquirent dans la ville d’Egée,

d’une pieuse mère, nommée Théodote. Ayant appris la médecine, ils

reçurent de l’Esprit-Saint une telle faveur qu’ils purent guérir toutes

les maladies, non seulement des hommes, mais même des chevaux; et jamais

ils n’admettaient qu’on les payât de leurs soins. Or une dame, appelée

Palladie, qui avait déjà dépensé en frais de médecins tout ce qu’elle

avait, vint trouver les deux frères, qui la guérirent aussitôt. Elle

offrit alors à Damien un petit présent, que, d’abord, il refusa

d’accepter, mais que, cependant, il accepta enfin, non point par

cupidité, mais par égard pour le zèle et la bonne volonté de la pauvre

femme qui le lui offrait. Et Come, dès qu’il le sut, ordonna qu’après sa

mort ses restes fussent ensevelis à part de ceux de son frère. Mais, la

nuit suivante, le Seigneur lui apparut, et excusa Damien de

l’acceptation du présent.

Entendant leur renommée, le proconsul Lysias les fit venir, et leur

demanda quels étaient leurs noms, leur patrie, leur fortune. A quoi les

saints répondirent: «Nos noms sont Come et Damien, et nous avons encore

trois autres frères qui s’appellent Antime, Léonce et Euprépie; notre

patrie est l’Arabie; et quant à la fortune, c’est chose que les

chrétiens ne connaissent pas.» Alors le proconsul fit aussi venir leurs

frères; puis, sur leur refus de sacrifier aux idoles, il leur fit percer

de clous les pieds et les mains. Comme ils se raillaient de ces

supplices, il les fit ensuite charger de chaînes et précipiter dans la

mer; mais aussitôt un ange les retira des flots, et ils se retrouvèrent

devant le proconsul. Et celui-ci: «Vous êtes de puissants sorciers, pour

faire de telles choses! Enseignez-moi donc vos sortilèges, au nom de mes

dieux!» Aussitôt deux démons s’emparèrent de lui et le frappèrent

durement au visage. Et lui, se tournant vers les deux saints: «Par

pitié, mes amis, priez pour moi votre Dieu!» Ils prièrent, et les démons

s’enfuirent. Alors Lysias: «Voyez-vous combien mes dieux sont irrités de

ce que j’aie eu la pensée de les abandonner! Aussi, désormais, ne vous

permettrai-je plus de les blasphémer!» Alors il les fit jeter dans un

grand feu; mais la flamme ne leur fit aucun mal, et brûla seulement un

grand nombre de païens, qui se tenaient à l’entour.

Attachés sur un chevalet, un ange les préserve de toute souffrance, et

la fatigue des bourreaux met un terme au supplice. Alors le proconsul

fait conduire en prison les trois frères de Come et de Damien; et quant

à ceux-ci, il les fait mettre en croix et lapider. Mais les pierres

qu’on leur lance rejaillissent sur ceux qui les lancent, et en blessent

un grand nombre. Alors le proconsul, furieux, fait ramener les trois

autres frères, et ordonne que les deux saints, sur leur croix, soient

percés de flèches; mais les flèches, au lieu d’entrer dans leurs chairs,

se retournent contre ceux qui les lancent. Enfin le proconsul, confus de

sa défaite, les fait décapiter tous les cinq, au lever du jour.

Les chrétiens, se rappelant la parole de Come, voulurent alors enterrer

Damien à part de ses frères; mais soudain on entendit un chameau qui,

prenant voix humaine, ordonna d’ensevelir ensemble les cinq martyrs.

Cela se passait sous le règne de Dioclétien.

II. Un paysan s’était endormi dans son champ, après la moisson,

lorsqu’un serpent lui entra dans la bouche. Réveillé, le paysan revint

chez lui sans rien sentir; mais, vers le soir, il fut pris de

souffrances atroces. Il invoqua alors saints Come et Damien, se rendit

dans leur église; et, dès qu’il y fut arrivé, voici que le serpent lui

sortit de la bouche comme il y était entré.

III. Un homme qui partait pour un long voyage recommanda sa femme aux

saints Come et Damien; après quoi il lui indiqua un signe qui, lorsqu’on

le ferait devant elle, signifierait qu’on vient de sa part et pour

l’appeler. Or le diable, l’ayant vu indiquer ce signe, va trouver la

femme, et lui dit qu’il vient la chercher de la part de son mari. Et

elle, hésitant: «Je reconnais bien le signe; mais je ne te croirai que

si tu me le jures, au nom des saints martyrs Come et Damien, à qui mon

mari m’a recommandée!» Le diable le lui jura, et elle le suivit. Mais

bientôt, quand ils arrivèrent dans un lieu écarté, elle s’aperçut que

son guide voulait la jeter à bas de son cheval, pour la tuer. Alors elle

s’écria: «Saints Come et Damien, secourez-moi, car c’est en me fiant à

vous que j’ai suivi cet homme!» Et aussitôt les deux saints accoururent

à son secours, avec une troupe toute vêtue de blanc, et forcèrent le

diable à s’enfuir honteusement.

IV. Le pape Félix fit construire à Rome une grande église en l’honneur

des deux saints. Cette église avait pour gardien un homme qui avait une

jambe toute rongée par un cancer. Et voici que, dans son sommeil, le

pieux gardien vit saints Come et Damien lui apparaître avec des

onguents. Et l’un des deux saints dit à l’autre: «Où trouverons nous des

chairs fraîches, pour mettre à la place des chairs pourries que nous

allons couper?» L’autre saint répondit: «On a enterré aujourd’hui un

Maure dans le cimetière de Saint-Pierre aux Liens; prenons une de ses

jambes et donnons-la à notre serviteur!» Et les deux saints firent

ainsi; après quoi ils donnèrent au gardien la jambe du Maure, et

rapportèrent dans le tombeau de celui-ci la jambe du malade. Et

celui-ci, à son réveil, se voyant guéri, raconta à tous sa vision, et le

miracle qui l’avait suivie. On courut alors au tombeau du Maure: on

découvrit qu’une de ses jambes manquait, et que, à sa place, se trouvait

la jambe malade du gardien.

La légende dorée traduite du latin d'après les plus anciens manuscrits, avec une introduction, des notes, et un index alphabétique · 第 292 / 371 题