(16 septembre)
Euphémie, fille d’un sénateur, voyant les supplices infligés aux
chrétiens sous le règne de Dioclétien, se rendit auprès du juge Priscus
et confessa publiquement le Christ. Ce juge ordonnait que les chrétiens
fussent mis à mort l’un après l’autre, et que les survivants
assistassent au martyre de leurs compagnons, espérant par là les
épouvanter et les détourner de leur foi. Or Euphémie, à chaque nouvelle
exécution qui se faisait en sa présence, pleurait et se désolait comme
si elle-même avait été suppliciée; ce dont le juge se réjouissait,
pensant qu’elle consentirait à sacrifier aux idoles. Il lui demanda
enfin de quoi elle se plaignait. Et elle: «Etant de race noble, je me
plains de ce que tu me préfères des inconnus et des gens de rien, et de
ce que tu leur permettes d’arriver avant moi à la gloire promise!» Sur
quoi le juge, furieux de sa déception, la fit jeter en prison, mais sans
la charger de chaînes. Le lendemain, amenée de nouveau devant le juge,
elle se plaignit de nouveau de ce que, contrairement à la loi, elle
seule n’eût pas été chargée de chaînes. Le juge la fit remettre en
prison, après avoir ordonné qu’elle fût souffletée; et l’ayant suivie
dans la prison, il voulut assouvir sur elle sa concupiscence; mais, à la
prière de la vierge, la force divine paralysa le bras qu’il levait sur
elle. Et Priscus, croyant à un sortilège, envoya vers elle un de ses
fonctionnaires pour lui promettre toute sorte de faveurs si elle
consentait à devenir sa maîtresse. Mais l’envoyé trouva la prison
fermée, de telle sorte qu’il ne put ni l’ouvrir avec ses clés ni en
briser la porte à coups de hache. Et il fut possédé d’un démon, qui le
contraignit à se déchirer les chairs de ses propres mains.
Le juge décida ensuite que la sainte eût à être placée sur une roue dont
les rayons étaient remplis de charbons ardents; et l’auteur de cette
roue s’entendit avec les bourreaux pour que, sur un signe de lui, la
flamme, sortant des rayons, consumât le corps d’Euphémie. Mais Dieu fit
en sorte que ce fût cet homme lui-même qui fut consumé tandis
qu’Euphémie, délivrée par un ange, apparut debout, saine et sauve, dans
les airs. Alors un certain Appellien dit au juge: «Le pouvoir de ces
chrétiens ne peut être vaincu que par le fer. Je te conseille donc de la
faire décapiter!» On éleva alors un échafaud; mais le premier homme qui
voulut étendre la main sur Euphémie, pour l’y faire monter, eut aussitôt
la main paralysée et fut emporté à demi mort. Un autre, nomme Sosthène,
arrivé près d’elle, se convertit tout de suite, lui demanda pardon et,
tirant son épée, déclara au juge qu’il se tuerait lui-même plutôt que de
toucher à celle que défendaient les anges.
Désespérant de la tuer par ce moyen, le juge dit à son chancelier de
mander auprès d’elle les jeunes gens les plus vigoureux et les plus
ardents de la ville, afin qu’ils usassent de son corps jusqu’à la faire
mourir. Mais le premier qui entra dans la prison aperçut une troupe de
vierges resplendissantes qui priaient autour d’Euphémie; et aussitôt il
devint chrétien. Alors le juge la fit suspendre par les cheveux, puis,
devant l’inefficacité de ce nouveau supplice, la condamna à être privée
de nourriture et à être pressée comme une olive entre d’énormes pierres.
Elle resta ainsi pendant sept jours, nourrie par un ange; et, au bout de
sept jours, les quatre grosses pierres se trouvèrent réduites en une
fine cendre.
Honteux d’être vaincu par une jeune fille, le juge la fit plonger dans
une fosse où se trouvaient trois bêtes d’une férocité effroyable. Mais
ces bêtes accoururent près d’elle pour la caresser, et, joignant leurs
queues, lui firent comme un trône où le juge la vit s’asseoir. Enfin un
bourreau, entrant dans la fosse, perça d’un glaive le côté de la sainte,
qui acheva ainsi les épreuves de son martyre. Pour le récompenser, le
juge le revêtit d’un manteau de soie et lui ceignit les reins d’une
ceinture dorée; mais, au moment où cet homme sortait de la fosse, un
lion s’élança sur lui et le dévora, ne laissant que le manteau, la
ceinture et quelques ossements. Quant au juge Priscus, il en vint à se
dévorer lui-même, et rendit son âme au démon. Sainte Euphémie fut
ensevelie à Chalcédoine, l’an du Seigneur 280; et, par ses mérites, tous
les Juifs et païens de Chalcédoine se convertirent au christianisme.